Chapitre 2

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La cour du manoir se remplissait lentement de journalistes invités au discours du comte. Ce dernier avait annoncé ce rendez-vous la veille. Le brouhaha régnait. La présence du dirigeant fit soudain tomber un silence de plomb. Digne d'un chef d'État, il était flanqué de quatre gardes du corps à sa suite pendant qu'il s'approchait du microphone sur l'estrade, vêtu d'un costume haute couture et de chaussures en cuir. Le regard de De Lacour balaya l'assemblée avant de prendre la parole en direct, face aux téléspectateurs français.

— Citoyennes, citoyens. Il y a deux jours, la prison a subi une attaque terroriste revendiquée par la Résistance, mentit-il. Certains des coupables ont été faits prisonniers tandis que d'autres ont pu s'échapper. Tous sont activement recherchés. La Résistance devient un problème majeur de notre département, et je m'emploie à tout mettre en œuvre afin de l'arrêter. Les prisonniers résistants seront exécutés. Il est temps de mettre fin à leurs agissements.

Il prit une pause, laissant les vautours lutter afin d'être choisis pour pouvoir poser leurs questions. Le comte désigna une femme d'une quarantaine d'années, brune et portant de grosses lunettes rondes.

— Vous pensez que cela suffira ? Ne croyez-vous pas que cela les rendra plus dangereux encore ?

— Ils le sont déjà. Les meurtres se multiplient, et ils viennent de nous attaquer ouvertement. Je déclare donc sans réserve que chaque résistant est un ennemi, et qu'il sera traqué et exécuté ! Je serai cependant clément envers celles et ceux qui décideront de leur tourner le dos et de les dénoncer, déclara-t-il.

Cette fois-ci, il donna la parole à un homme serrant son écharpe autour de son cou, en raison du temps frais de la fin de journée.

— Monsieur De Lacour, qu'en est-il de votre fille ? Les rumeurs disent qu'elle a rejoint la Résistance après l'attentat du Conseil princier.

Jonathan De Lacour hésita avant de répondre, comme s'il réfléchissait. Un court silence s'installa, et quelques murmures s'élevèrent. Le journaliste dut répéter sa demande, craignant malgré tout que le comte refusât de donner plus d'informations. Ce fut finalement avec fermeté qu'il reprit la parole :

— Son sort ne sera pas différent d...

Gabriel serra la main de Charlotte dans la sienne. Il la sentait désespérée, abattue par le comportement de son père, surtout pour les autres. La jeune femme ne s'habituerait jamais à ce caractère dédaigneux qui la frappait chaque fois, bien qu'elle fût née dans ce mépris. Charlotte n'était pas le fruit d'un amour défendu qui aurait pu la reléguer au rang de bâtarde, mais le comte avait toujours désiré un fils pour prendre sa place ainsi que préserver son nom. Pour lui, le rôle d'une femme se cantonnait à s'occuper de la maison et des enfants. Sa conjointe sut pourtant faire de leur héritière une personne forte, combative et fière, tout en demeurant humble. Charlotte avait prouvé chaque jour sa capacité à devenir comtesse le moment venu, et son père ne l'avait jamais toléré. Cependant, la distance et la froideur de celui-ci envers sa fille la rendirent plus téméraire. Conscient du fait qu'elle était de plus aimée de tous pour sa bonté et sa générosité, Jonathan De Lacour comprit très vite qu'il perdrait son peuple si elle échappait à son emprise.

Or, penser avoir le contrôle sur son enfant était une erreur, et il empira la situation en la déshéritant. Éventuellement, le peuple pourrait lui restituer sa place, quand bien même les conservateurs risqueraient de poser beaucoup de problèmes. Souhaitant éviter les difficultés, Charlotte se servirait de la loi à son avantage dans le but de préserver ses droits ; une astuce qu'elle déploierait au moment opportun. Trop d'ennemis tournaient autour des siens, inutile donc de créer des complications supplémentaires.

Skryta'lian : T1 - ExtinctionLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant