Chapitre 5

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Lundi 12 juin 2017


Maël


Pouvais-je parler de routine ? Quelque chose d'approchant, dans tous les cas, semblait s'être installé pendant ces trois jours écoulés. Les journées s'étaient succédé et s'étaient ressemblé. Moi, à la gare, m'entraînant toujours plus sur mon précieux piano ; Nath', à taper sur mon ordinateur, peaufinant le plan de son prochain roman. Je lui avais donné l'autorisation de le rédiger directement sous format numérique pour lui épargner bien des soucis. Ça ne me dérangeait pas de lui laisser mon vieux coucou, tant qu'il en prenait soin. Je ne doutais d'ailleurs pas qu'il savait être soigneux et envisageais d'autant plus que, si son manuscrit y était conservé, il ne prendrait pas le risque de l'endommager.

Le soir, nous nous retrouvions autour d'une assiette et de quelques épisodes. Cependant, je ne fis plus l'erreur de m'endormir. Loin de moi l'idée de vouloir finir, une nouvelle fois, ma nuit dans l'étreinte de Nath'. Qu'il soit entendu que je n'avais rien contre lui. Il était gentil mais il aurait eu des seins que ça m'aurait moins dérangé car, oui, j'avais du mal à me défaire de l'image que j'avais en tête par la faute de mon frère et de Mathis. Un couple...

Bref ! J'essayai de ne plus penser à eux pour en revenir à cette nouvelle journée qui commençait. Nous étions lundi, début de semaine donc, et, comme à mon habitude, la première chose que je fis en me levant fut de me faire couler un café. J'avais besoin de ça, pour me réveiller le matin, et d'une bonne douche. Sans quoi, je pouvais être certain d'avoir du mal à émerger tout du jour.

Quand je fus prêt, je ne traînai plus pour partir à la gare. Il était 9 heures et je prévoyais de ne pas trop m'attarder sur place. Sans doute ne ferais-je que trois ou quatre chansons. Je voulais être rentré pour midi, horaire vers lequel le facteur passait généralement. J'attendais, en effet, une réponse aux courriers que j'avais envoyé. Je craignais qu'il soit encore peu un tôt pour espérer si vite un retour mais je savais aussi que le directeur de mon ancien établissement ne laissait généralement pas traîner la paperasse. Il avait certainement dû trier toute sa correspondance et pris soin d'y répondre avant même le week-end. Pour cette raison, je me préparais psychologiquement à toutes les possibilités.


Jonathan


Quand je me réveillai ce matin-là, Maël était déjà parti pour la gare. Tant mieux. Après cette prise de conscience relative à mon attachement à son égard, je me réjouissais de le savoir loin de moi car j'étais mort de peur. Je craignais de faire une bêtise, de commettre un lapsus révélateur, de me montrer un peu trop invasif ou d'esquisser un geste de trop à son égard. Je savais qu'il viendrait un moment où toute tentative de contrôle deviendrait obsolète. Quand cela arriverait, j'aurais le choix de tout avouer ou de partir. Mais je préférais ne pas y songer à l'avance. Je pensais même avoir trouvé un bon moyen de détourner mon attention de mon colocataire en me plongeant tout bonnement dans l'écriture de mon roman.

Après un travail de titan nécessaire à ordonner ma pensée, j'avais enfin réussi à établir un plan à priori définitif de mon histoire et trouvé mon rythme de travail. En conséquence, j'avançais relativement vite. D'ailleurs, ça faisait longtemps que je n'avais pas réussi à si bien me concentrer. Il me semblait que mes idées venaient toutes seules, que l'écriture était devenue subitement simple et fluide, que je ne faisais plus qu'un avec mes personnages. J'étais emballé par l'histoire. Je n'existais plus, je voyais à travers les yeux et suivais leurs aventures. Mon attachement à leur égard grandissait et j'avais plaisir à les suivre dans les rues de Manhattan ou dans les jardins de Central Park. Parfois me prenais-je même à les jalouser de pouvoir partager ensemble un café dans un Starbucks alors que je peinais à échanger quelques mots avec Maël autour d'une pizza.

À fleur de peau (M/M - Boy's Love)Lisez cette histoire GRATUITEMENT !