Chapitre VI - Partie 3

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23 Septembre 2177 après Theobran

Zuzzakk sortit du palais en se frottant les mains. La lourde bourse donnée par Qe'ti tintait dans sa poche. Il parvint à sortir de l'enceinte de la demeure sans croiser aucun des autres participants au débat, tous jaloux de lui. A peine eut-il franchi les portes massives qu'il bifurqua vers le sud-ouest et s'enfonça dans la broussaille sèche entourant le château. Bien que l'automne ait débuté depuis plus d'une semaine, les plantes demeuraient ocres et sans vie.

Très vite, Zuzzakk rejoignit un gros buisson, dans lequel il pénétra discrètement. Le massif végétal dissimulait un escalier sablonneux qui s'enfonçait dans le sol. Il l'emprunta et parcourut ensuite un couloir sombre et humide tournant régulièrement à droite ou à gauche. Malgré les plis de sa toge ocre, il se mouvait aisément et gracieusement dans cet espace. Après une vingtaine de minutes de marche, le sol s'éleva petit à petit pour déboucher à l'air libre, dans un petit bâtiment frais et confortable en périphérie de Joiniaburg. Il dépoussiéra sa tunique d'un geste et se redressa.

Zuzzakk n'aimait pas les grandes routes comme celle qui menait au palais. Ça le mettait mal à l'aise d'être constamment exposé, à la vue e tous. Il sortit alors du bâtiment par la porte de derrière et se dirigea vers une grande bâtisse excentrée. Lorsqu'il s'approcha de la porte, il fut arrêté par un serviteur en pagne qui le conduisit vers une porte dérobée. Zuzzakk n'était pas peu fier de ce  mécanisme : toutes les trois heures, son bureau se déplaçait dans le bâtiment et la porte changeait de place. Il glissa une petit pièce au serviteur et lui murmura à l'oreille. Le garçonnet acquiesça et courut vers la ville. Quelques minutes plus tard, on frappa à sa porte et Zuzzakk laissa entrer un solide gaillard.

Ce dernier était grand et plutôt maigre. Son tient halé contrastait avec ses cheveux clairs. IL avait un air astucieux et ne cessait de triturer un collier de pierres. Zuzzakk prit la parole d'une voix doucereuse :

"Bonjour Boqzi, comment vas-tu ?

- Très bien monsieur

- Est-tu prêt à remplir tes poches mon petit ?

- Évidemment monsieur, Répondit le dénommé Boqzi d'un air malicieux, que voulez-vous que je fasse cette-fois-ci ?

- Les tykatys... Tu vas devoir te faire passer pour l'un deux et te renseigner sur leurs défenses, leurs armées et tout ce qui pourrait nous avantager en cas de conflit. Est-ce bien compris ?

- Bien monsieur...

- Passe au rez-de-chaussée, Ilvraq te fournira ton déguisement."

Zuzzakk sourit en le laissant partir. "Il est jeune, malin et fort" pensa-t-il "Bien qu'il soit complètement dérangé mentalement, je lui ait appris à se maîtriser. Il n'hésiteras pas à faire tout ce qui sera nécessaire"

*

26 Septembre 2177 après Theobran

Trois jours plus tard, Boqzi arpentait une fine piste effacée traversant la Grande Plaine Fertile tykaty. La journée touchait à sa fin et les portes d'Effrê ne se trouvaient plus très loin. Alors qu'il pensait que ce serait une petite bourgade sous-développée, Boqzi se retrouva face à un gigantesque mur de terre cuite, de roche et de mosaïque. Il s'approcha des gardes qui bloquaient l'accès à un escalier décoré.

"Déclinez votre identité.

- Evresh. Je suis parti il y à trois jours. J'me suis perdu dans la montagne.

- En effet, entre."

Le jeune espion se dit que tuer ce roturier et lui voler son identité n'avait pas été si stupide. Il gravit l'escalier tout en mémorisant les dimensions de la muraille. Une fois parvenu au sommet de celle-ci, il découvrit avec stupéfaction un large fossé rempli d'eau et de crocodiles en tous genre. Un pont rouge et or franchissait le bassin et permettait d'accéder à la muraille intérieure. Boqzi descendit dans la ville comme s'il savait où aller. En réalité, il avait repéré la femme d'Evresh. Sa femme en somme, puisque c'était sa nouvelle identité.

"Comment réagirais-je si elle découvre la subterfuge... J'ai déjà eu de la chance d'entendre leur discussion... Ainsi j'ai pu apprendre toute leur situation familiale. Ah !"

Boqzi se cacha dans l'ombre et attendit que sa femme d'usurpation entre chez eux. Lorsqu'il entra, il tenta de son mieux d'imiter la voix du mineur :

"Chérie, je suis rentré !

- Coucou Evresh, répondit une voix venant de la pièce mitoyenne, tu n'as pas eu trop mal à ta blessure, on avait oublié de mettre ton bandage quand tu es parti ?"

Boqzi pensa : "Blessure ?! Quelle blessure ?!" Puis il se résigna : "Bon... J'ai pas faim mais faudra bien cacher le corps quelque part..." Sur ce, le jeune homme saisit sa dague d'améthyste, et se lécha les babines. Son ventre émit un gargouillis de satisfaction. Il se contenta de répondre :

"Tout s'est bien passé chérie... Et tout se passera bien !"

*

23 Septembre 2177 après Theobran

Mâel réunit ses généraux dans sa tente. Pendant ce temps, le camp grouillait de gobelins. Ils avaient trouvé un village primitif de ces artificiers et la Mâ avait permis de les asservir. Il ne se lassait pas de voir ces inventeurs de génie travailler sous ses ordres. Lorsque tous les nains furent assis face à lui, Mâel commença :

"Donc... Vous m'avez suivi jusqu'ici et vous m'avez bien servi. Mais c'est le moment de me prouver votre dévotion. Nous allons passer à l'action, leur prouver notre force et déstabiliser leur société. Vous n'avez pas besoin d'en savoir plus. Ukhund, occupe toi de la reconnaissance. Va observer tout le territoire au nord et à l'est d'ici.

- Bien Maître.

- Kimur, réunit les gobelins et organise l'artillerie

- Bien Mâel.

- Reikher, assure-toi de nos défenses

- Entendu.

- Fobrin, je veux que tu intercepte tout message qui viens de, ou qui va vers, Kaher-Logias. Il faut qu'ils soient isolés !

- Bien sur, Mâel.

- Fokot, assure toi que tout se passe bien, tu es le moins bête, prouve-le.

- D'accord."

Une fois tous partis Mâel pensa :

"Tout se passe tellement bien... D'ici peu ils seront perdus, et je pourrais enfin les écraser et régner sur mon héritage. Ah, Octe-Darl mon ancêtre... Il y a si longtemps que tu as été défait. Par Vär-Gul lui même ! Mais cette fois-ci la Mâ m'aidera à vaincre. Enfin nous atteindrons notre but."

Mâel se leva doucement et contempla les gobelins s'activant de partout. Il descendit dans une grotte plus lointaine et s'y installa en tailleur. Il était temps de parler à la Mâ. De parler de... l'après. Le spectre rouge se forma devant Mâel et prit la forme d'un homme à la foi beau, fort, et rusé. Il dit :

"Tu te débrouilles pas trop mal... Mais tu va devoir régler le problème de ton fils au plus vite si tu ne veux pas subir mon courroux.

- Ne t'inquiète pas, répondit timidement Mâel, sa mère s'en charge. Fjek est sous ses ordres et la créature tuera Gaerald. Ne vous inquiétez pas.

- Ta sœur ?! S'en occuper ?! S'indigna le spectre et prenant l'aspect d'un monstre effroyable, elle est incompétente et charmeuse. Faible, si faible... Rappelle-toi que le gosse à le talisman et que la chaman peut lui apprendre à maîtriser sa puissance.

- Mais ne peut tu pas le tuer directement avec... tout ça ?

- Mâel... soupira le spectre en prenant la forme d'une vieillarde, tu oublies que je tire mon pouvoir du sang, de la haine, de la souffrance. C'est pour cela que j'ai encore besoin de pions pour déclencher me rennaissance. Pour déclencher l'apocalypse.

- Ah oui, dit Mâel en se faisant tout petit, excusez-moi.

- Connais-tu Ragen.

- Non, maître.

- C'était ma plus belle création. Mes envoyés ont bien failli réussir... Mais il y avait ces foutus Tykatys, avec leur Dieu païen, qui m'ont affaiblie.  Cette fois, ne laisse personne me bloquer la route Mâel. Suis ton rôle, ou tu subiras mon courroux, et tu regretteras de ne pas être mort."

Chroniques de la Mâ - Partie 1/Les paladins de BhaldërusLisez cette histoire GRATUITEMENT !