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Les semaines suivantes, plusieurs voisins s'étaient présentés à la maison des Horner pour rejoindre le projet. Chacun proposait ses services, comme s'il s'agissait d'un entretien d'embauche. Jane les recevait tous, secondée d'Hanet lorsque les autres étaient à l'usine. Le soir, c'est Orry qui l'aidait. Ils recevaient les doléances de toutes ces personnes, unies par l'espoir d'une vie meilleure.

Orry et Jane portaient le projet ensemble, comme un véritable binôme. Ils passaient de plus en plus de temps ensemble, parlant de tout et de rien, échangeant leurs points de vue sur le plus petit détail de la vie quotidienne. C'est côte à côte qu'ils préparaient les repas, faisaient la vaisselle ou montaient se coucher, avant de se séparer sur le seuil de leurs chambres.

Ils s'apprivoisaient doucement. Jour après jour Orry montrait à Jane, grâce aux diverses attentions qu'il lui portait, que tous les hommes n'étaient pas les mêmes et qu'elle pouvait avoir confiance en lui. Et ses efforts fonctionnaient car la jeune femme était étrangement à l'aise avec lui, alors qu'avec Rob elle était plus sur ses gardes.

Orry dégageait cette chose que certains ont en eux. Il était apprécié et respecté par les personnes qui le fréquentaient, et il faisait preuve de beaucoup de respect en retour. Il était travailleur et donnait de son temps pour les autres. Il était le fils cadet mais s'était positionné en tête de ce projet et le portait avec détermination causant la fierté de sa famille. Et ça se voyait.

Mais ce qui avait décidé Jane à baisser sa garde, c'est la relation d'amitié qui le liait à Maggie. Il n'avait jamais un geste déplacé envers elle, ne la traitait pas comme un être inférieur. Il se comportait comme Jane avait imaginé que les hommes se comportaient avec les femmes, avant, lorsqu'elle n'avait pas encore subi la barbarie de son agresseur. Elle ne voyait qu'une relation saine et intelligente, d'égal à égal. Et cela semblait si naturel que ça en devenait presque désarmant.

La petite maisonnée avait accueilli sa nouvelle habitante et avait fait d'elle un membre de la famille, à part entière. Hanet voyait cette relation s'épanouir d'un œil tendre, heureuse de voir son fils cadet ouvrir son cœur petit à petit, même s'il restait extrêmement pudique et secret. Rob et Isabel étaient tout aussi contents de la tournure que prenaient les événements, tout en se doutant que rien ne serait simple. Mais ils voulaient y croire, pour Orry... et également pour Jane.

Les semaines passaient encore et tout s'organisait, sur le papier, parce que concrètement rien n'avançait vraiment. Rob, Orry, Josef et quelques autres avaient prévu de partir repérer les lieux où ils pourraient s'installer. Il fallait également choisir un itinéraire sûr, afin de ne pas faire de mauvaises rencontres dans Brooklyn. Le jour approchait et les questions et doutes persistaient. Rien n'était sûr. Tout pouvait s'effondrer du jour au lendemain, en un claquement de doigts. Tout était si fragile.

Malgré ces doutes, la future communauté paraissait vivre dans une utopie qui risquait de la rattraper un jour, de la pire des manières, violemment.

Mais ça permettait à tous de mieux supporter la vie qui était la leur.

La veille du départ pour l'endroit tant convoité, Orry frappa deux coups légers à la porte de la chambre de Jane qui l'invita à entrer.

- Je peux te parler ? Demanda-t-il en passant la tête par l'entrebâillement de la porte, comme à son habitude.

- Bien sûr, entre.

Orry entra et s'assit au bout du lit. A chaque fois qu'ils étaient seuls dans la chambre de la jeune femme, il faisait attention à chacun de ses gestes, prenant garde à ne pas faire de mouvements brusques, et il laissait la porte entrouverte. Et ce soir, sachant ce qu'il venait lui demander, il était d'autant plus sur ses gardes. Il paraissait également très gêné.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant