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- Moi c'est Tom et voici Scott, Matt, Damien et Dino. Bon ben... on y va ?

- On vous suit !

On marche longtemps, très longtemps au bord de cette route sinueuse bordée de cycas et d'éoliennes à transports.

- Je dois récupérer des trucs chez Damien ce ne sera pas long. Montez !

Nous suivons ces cinq mecs, nous montons deux étages d'escalier carrelé, Damien tend le bras sans aucune crainte, aucun étonnement malgré les grosses mouches noires qui virevoltent devant nous. Il passe sa main sur le cercle digital qui se trouve au milieu de sa porte, on entre.

Lorsqu'on fait un premier pas dans son collabiochor, une odeur malsaine nous monte aux narines : une odeur putride, une odeur de renfermé, de crasse, de folies, de sexe et d'alcool. On essaie de faire abstraction, d'êtres polis, on veut repartir d'ici dans de bonnes conditions. On suit donc Tom -qui ne semble pas inquiété par la brume qui nous accueille- en silence.

- Faites comme chez vous, ce collabiochor est mon foyer : j'y passe le plus clair de mon temps.

Pendant qu'ils marchent et que nous les suivons, je demande :

- Pourquoi tu ne viens pas habiter là ?

- ... J'aime mon intimité et puis ma maison est près de la fac alors...

- Ah.

J'ai essayé de me remémorer les quartiers près de la fac. Je n'ai jamais vu une seule maison, seulement des collabiochors fait de contenaires.

- Ne marchez pas sur mes œuvres.

Regardant à terre, je l'interroge :

- Tu es artiste ?

Au sol, il y a des toiles peintes ou en cours, certaines cornées, d'autres lisses.

Chaque pièce est dans un désordre indescriptible.

Le tabac tombé par terre pourrait se confondre avec la poussière : iels ont la même épaisseur.

- Je me détends avec mes tubes de peinture et mes souples mouvements du poignet; je gagne rien avec ça, je n'ai pas vendu une seule de mes œuvres.

Je ne réagis pas.

Pauline rit, je vois bien que c'est nerveux.

Plus on avance, plus on est dépités : mon regard désabusé voit celui de Pauline, de Boris. Je constate qu'ils sont les mêmes, que nos faces à tou.te.s les trois ont la même expression dépitée.

Lorsque l'on se sent observé.e.s, notre expression change et de faux sourires se créent sur nos visages bientôt illuminés. Je crois que les terroristes, un an avant ma naissance ont utilisé des masques aussi. Les gens que je croise l'utilisent encore, à d'autres fins, mais c'est la même chose. Et voilà que nous en faisons usages également.

Il y a des tables de différentes tailles dans tout le collabiochor et au-dessus d'elles, il y a des cachets, des poudres, des verres, des pochons, des miettes, des traces de peinture...

Sur le peu de meubles qu'ils possèdent, tous endommagés et pervertis, se trouve des dizaines d'oranges creusées. Dans la peau, une forme d'œil ainsi qu'une toque de chef.fe apparaissent.

Aux murs, il y a des tableaux de Dali, des affiches de femmes nues, des capsules de bière.

Au plafond, il y a des tâches brunes, jaunes, rouges et différents fanions de couleurs sombres, aux logos étranges.

Scott et Dino quittent la chaîne humaine, Damien et Matt font de même peu de temps après. Le premier binôme s'affale dans un des canapés rembourrés, le moins sale, même si tous sont minablement enfouis sous des montagnes de vêtements plus ou moins hautes. Quant au deuxième, il se dirige vers la cuisine.

- On vous laisse suivre Tom, nous on restera là. Nous exprime Scott, en compagnie de Dino.

On sourit furtivement. La gêne est très présente. Nos pas suivent ceux de Tom et je vois que l'on fait volontairement un détour par la cuisine. Damien et Matt sont dans la cuisine et se déshabillent.

Tom nous propose un verre, nous refusons tou.te.s les trois poliment. Je regarde mes ami.e.s, iels sont mitigé.e.s et ne savent pas si iels doivent rire ou paniquer. J'imagine que mon expression faciale ressemble à la leur.

Tom s'arrête ensuite devant un escalier de cubes de bois imbriqués, regarde en haut et nous dit :

- Attendez-moi là, je suis à vous dans une minute.

Héliosexuel [TERMINÉE]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !