Chapitre 4

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Vendredi 9 juin 2017


Maël


Une drôle de surprise m'attendait au réveil. Sur le coup, je ne compris pas pourquoi j'avais mal à la mâchoire. L'explication me fut donnée lorsque je réalisai que je m'étais assoupi dans le canapé, avachi sur Nath', la joue écrasée contre son épaule.

Ma réaction ne se fit pas attendre. Dans un sursaut, je me redressai. Bordel ! Comment en étions-nous arrivés là ? Pourquoi Nath' ne m'avait-il pas réveillé ? S'était-il endormi avant moi sans que je ne le remarque ? Je n'en aurais pas mis ma main à couper mais il me semblait pourtant qu'il était encore conscient quand mes yeux commencèrent à papillonner. Bon, je pouvais comprendre qu'il ait eu des scrupules à me secouer les puces mais c'était pour le moins dérangeant. Nous étions deux mecs ! Or, d'un point de vue extérieur, j'étais persuadé qu'on aurait presque dit un couple d'amants endormis l'un contre l'autre. D'autant que, durant son sommeil, il m'avait agrippé le bras. Je pouvais le dire car sa main ne me lâchait pas.

J'en éprouvai soudain un malaise car cette situation m'en rappelait une autre, bien que je ne l'avais pas vécue personnellement. Je me souvenais avoir vu mon aîné, dans cette position, partageant ainsi un moment de complicité avec sa moitié. Sa moitié qui était... un homme ! Le fait que je sois au courant de l'homosexualité de mon frère ne m'avait pas préservé du choc de ce lien dont je pus être témoin lorsque je les surpris ainsi, si innocemment endormis, Mathis et lui, à la veille de son départ. J'avais beau ne pas être opposé à leur relation, je n'étais pas spécialement à l'aise de me retrouver en présence d'un couple gay. Je ne savais pas comment me comporter avec eux.

Quoi qu'il en soit, là que je me retrouvais plus ou moins à leur place, à jouer leurs rôles, je crus étouffer. Je n'étais pas comme Nicolas. J'étais normal ! Pas que j'affirmais que mon frère ne l'était pas mais... Certains disaient que c'était contre-nature. Je ne pouvais pas leur donner raison tout comme je ne pouvais pas leur donner tout à fait tort. À mes yeux, chacun était libre d'aimer qui il voulait mais je me figurais que si la nature avait créé deux sexes différents, ce n'était pas pour rien. En d'autres termes, je ne jetais pas la pierre mais je ne cautionnais pas forcément. Peut-être mon ouverture d'esprit était-elle limitée, ça restait mon opinion.

Opinion qui n'avait pas spécialement plu à Nicolas, d'ailleurs. Il s'attendait à tout mon soutien, il ne l'eut qu'en demi-teinte. De même, j'avais eu du mal à me montrer sympa avec Mathis. Je crois bien que je lui en voulais. Je lui attribuais la responsabilité du « changement de bord » de Nico' comme s'il s'était s'agit d'une sorte de corruption. Des reproches qu'il ne méritait pas. C'était un type cool avec beaucoup de qualités. Assez pour me pardonner mon étroitesse d'esprit. Je savais qu'il m'appréciait, malgré tout. Et c'était peut-être, ça, le pire ! Moi, je passais pour un mouton noir parce qu'ils avaient été là pour moi, après ma rupture avec Virginie, allant jusqu'à me proposer de me prendre sous leur aile. Pour la gratitude qu'ils en avaient reçu...

Qu'est-ce que je pouvais être con, parfois ! Je n'allais pas m'en cacher. Dans tous les cas, s'il y avait un point sur lequel j'insistais, c'était celui-ci : j'étais hétéro et je voulais le rester ! Alors, cette petite scène avec Nath' me faisait froid dans le dos. Il fallait que je me dégage de là au plus vite.

Je fis vite à lui rendre sa main et à le couvrir du plaid pour combler la perte de chaleur que mon absence allait engendrer. Il me fallut ensuite relativiser pour reprendre mon calme. Ce n'était qu'un accident. Ça ne voulait strictement rien dire ! Nath' lui-même ne devait pas avoir eu conscience de l'incongruité de notre situation. Il se réveillerait sans la moindre idée de ce à quoi j'avais assisté. En ce sens, pouvions-nous faire comme s'il ne s'était rien passé ? Évidemment, puisque rien ne s'était passé ! Je me faisais des films, juste à cause de quelques souvenirs qui m'avaient marqué. Je ne pouvais en aucun cas en tenir rigueur à mon colocataire. Notre nouvelle relation était tout ce qu'il y avait de plus platonique. Alors, s'il ne me reparlait pas de cette nuit passée l'un contre l'autre, je n'avais aucune raison de revenir là-dessus.

À fleur de peau (M/M - Boy's Love)Lisez cette histoire GRATUITEMENT !