Chapitre 2

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Jonathan


Mon sac sur l'épaule, ma valise roulant derrière moi, je suivis les pas pressés de mon nouveau camarade. Nous passâmes ainsi les portes de verre de la gare pour nous retrouver face à l'immense tour qui nous surplombait. Nous ne nous y attardâmes pas. L'inconnu fit marche avant et m'entraîna sur la gauche où nous rejoignîmes le boulevard de Vaugirard étouffant sous le beau soleil de juin.

À partir de là, je n'avais aucune idée de notre destination, ni même si nous allions devoir marcher longtemps. Je me réjouissais simplement de constater qu'il ne m'emmenait pas en direction du métro. Je gardais de trop mauvais souvenir de mon dernier passage à la station Vaneau pour dépasser la peur phobique qui me saisissait depuis déjà dix jours et je n'aurais su comment lui expliquer. Une peur plutôt handicapante, quand on habite une ville de cette taille où tout passe par ce moyen de transport si on n'a pas son permis de conduire. Il faut dire que j'avais vécu un cauchemar que je me gardais bien de revivre en souvenir. Ce soulagement passé, je fixai mon attention sur le paysage urbain des bâtiments blancs s'articulant le long de la grande voie.

Autour de nous, j'assistai à un beau bordel. Entre les motocycles et les voitures garées au beau milieu de cet axe et les véhicules qui s'enchaînaient les uns après les autres dans ce qu'il restait de place, le boulevard paraissait trop encombré. Certains conducteurs impatients n'hésitaient pas à klaxonner leurs semblables. Il y avait foule, sur le trottoir. Et lorsque nous dépassâmes les terrasses bondées de plusieurs cafés, j'en éprouvai une sorte de vertige car cette agitation me renvoyait aux vagues de doutes qui déferlaient dans mon esprit. J'en fus d'autant plus perturbé que je ne connaissais pas bien ce côté du quartier. Je n'y avais que rarement mis les pieds.

Quelques minutes plus tard, nous arrivâmes à un très grand carrefour auquel se rejoignaient de nombreuses rues. Ce large espace ouvert me rappela que je plongeais totalement dans l'inconnu. Là, nous traversâmes en direction du trottoir jusque-là opposé au nôtre puis effectuâmes deux mètres sur notre droite afin de venir nous poster devant un passage piéton où nous attendîmes que le feu soit vert pour nous engager. Lorsque les voitures s'arrêtèrent pour nous autoriser à passer, nous nous rendîmes en face pour y trouver le boulevard Pasteur. J'osai demander :

— Tu habites loin ?

J'avais peur de l'ennuyer en demandant quelques précisions mais il se montra relativement coopératif.

— Non. On a déjà fait presque la moitié du chemin.

Il ne s'étendit pas davantage en informations. Je décidai de me taire et de le suivre sagement.


Maël


L'air était étouffant. Je crevais de chaud. L'inconnu sur mes talons, je ne cessais de me dire que je faisais une grosse connerie mais je n'étais pas du genre à revenir sur ma parole une fois celle-ci donnée. En revanche, j'étais si furieux contre moi-même que je décidai de presser encore le pas sans me soucier le moins du monde de la vitesse de mon camarade. Je m'en fichais. Si je l'avais perdu en cours de route, ça m'aurait même arrangé. Je n'aspirais qu'à regagner mon petit chez moi afin de me jeter sur une bière bien fraîche. Quoi qu'à la réflexion, je ne savais même pas s'il m'en restait encore. Bah ! Nous verrions bien une fois arrivé. Dans le pire des cas, j'étais certain d'y trouver des panachés frais.

Durant le chemin, je gardai les yeux rivés au sol. Loin de moi l'idée de me soucier de ce qui m'entourait. Je connaissais le trajet par cœur et préférais m'enfermer dans mon petit monde. Les bruits de circulation, les embouteillages, les gens que nous croisions, rien n'aurait pu m'empêcher de sombrer dans mes pensées. J'avais, en effet, matière à ruminer. Au-delà de devoir me soucier de la rencontre que je venais de faire, je savais déjà quelle serait ma corvée en rentrant : l'envoi de courriers qui revêtaient une importance capitale pour moi, pour mon avenir. Je voulus néanmoins reléguer cette pensée dans un coin de ma tête pour chasser les pensées pénibles que cela réveillait en moi. Chaque problème en son temps.

À fleur de peau (M/M - Boy's Love)Lisez cette histoire GRATUITEMENT !