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La neige s'était remise à tomber à gros flocons pendant la nuit. Le petit Tom était dans le jardin et jouait comme n'importe quel enfant de son âge, ne se rendant absolument pas compte de ce qui se tramait à l'intérieur de la maison.

Dans la cuisine, debout devant la porte fenêtre, Isabel le surveillait en écoutant le silence lourd qui s'était installé depuis maintenant plusieurs minutes. Elle avait les bras croisés sur sa poitrine, ses grands yeux clairs étaient humides des larmes qu'elle retenait. Ses cheveux blonds tombaient en cascade jusqu'au milieu de son dos. Elle portait sur elle la grâce des familles riches de Manhattan mais aussi la fatigue et la lassitude d'une existence déjà durement vécue.

Du haut des ses 27 ans, elle avait traversé tant de choses, tant de difficultés, que l'espoir qui naissait dans son cœur et dans son ventre à l'entente de la discussion qui avait eu lieu un peu plus tôt, dans cette même pièce, lui faisait mal.

Espérer c'est avoir l'envie de se battre et de vivre.

Espérer c'est prendre le risque de tomber de haut, d'être infiniment déçu, et de ne pas pouvoir se relever.

Chuter une fois de plus, une fois de trop.

Isabel aimait son fils et son mari du plus profond de son cœur, mais elle n'oubliait pas ce qu'on lui avait fait subir. Elle imaginait souvent ce qu'aurait été sa vie si elle n'était pas partie de chez elle. L'opulence, la richesse, la facilité. Et puis elle regardait son petit garçon et son homme et elle se disait qu'ils étaient tout ce qu'elle voulait.

Elle aurait juste voulu en arriver là autrement, prendre un chemin différent, pour parvenir jusqu'à eux.

- Vous êtes fous. Souffla la voix fatiguée de Rob.

Isabel se tourna vers sa famille, quittant des yeux son fils qui construisait un semblant de château de neige. Son mari était debout, appuyé contre le meuble dans lequel la vieille vaisselle était rangée. Son air était grave, il avait, lui aussi les bras croisés sur son torse et ses muscles bandés indiquaient à quel point il était nerveux. Son regard passait de son frère à Jane, qui lui faisaient face.

Hanet avait coupé le feu de la gazinière, laissant la préparation du repas, sentant que la discussion allait prendre du temps et que manger serait le dernier des soucis de la petite maisonnée dans l'heure à venir.

- Peut-être mais on essaie de trouver des solutions pour se sortir de cette misère.

- Mais ça... c'est pas une solution Orry, c'est se plonger dans d'autres ennuis. Et comment voulez-vous faire ?

- On n'en sait rien, c'est pour ça qu'on a besoin d'aide. On va avoir besoin de monde avec nous.

- C'est dément. C'est complètement insensé.

- Je ne pense pas que ce soit insensé Rob. Souffla doucement Isabel.

Rob se tourna vers son épouse et ouvrit la bouche pour répliquer mais elle leva la main vers lui.

- Je ne pense pas que ce soit infaisable, mais je ne pense pas que ce soit faisable non plus. En fait je pense qu'il faut y réfléchir sérieusement. Partir ailleurs et construire une nouvelle communauté me semble compliqué mais... mieux organiser la nôtre et devenir suffisant, ça peut se faire.

Les autres la regardèrent, attendant la suite. Isabel avait l'air de savoir de quoi elle parlait... et en effet, elle savait.

- Je viens d'un milieu aisé, je sais comment fonctionnent les affaires, je sais comment notre travail remplit les poches des riches de Manhattan et j'ai une vague idée de comment on peut stopper cela. La communauté dans laquelle j'ai vécu avant d'arriver ici était presque autosuffisante. Et même si son fonctionnement reposait sur de mauvaises valeurs, certains aspects sont tout de même bons à prendre.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant