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Jane courrait, ses pieds nus battant le sol recouvert de neige, avec force. Ses mains retenaient avec peine ses vêtements déchirés, ne recouvrant plus qu'à moitié sa poitrine meurtrie. Ses cuisses étaient exposées, elles aussi, sa jupe n'étant plus qu'un lambeau désastreux, un vulgaire haillon qu'une certaine cendrillon aurait refusé de porter.

Du sang, preuve de la violence qu'elle venait de subir, se frayait un chemin de la chaleur de son corps vers le froid extérieur, pour couler doucement le long de ses jambes fines.

Jane courrait. Elle fuyait l'horreur. Elle essayait de s'éloigner de l'acte barbare qu'elle venait de subir. L'acte que l'homme, guidé par la laideur qu'il a en lui, avait commis.

L'envie de possession avait encore frappé. Et cet homme n'avait écouté que cela. Rien n'aurait pu le faire changer d'avis. Il avait voulu Jane. Il l'avait eue. Les cris, les supplications, les pleurs, les coups... rien n'avait arrêté le monstre qu'il cachait en lui.

Il avait pris de force ce qu'il avait tant voulu, se perdant dans le plaisir malsain, charnel, sexuel, violent... se nourrissant de chaque hurlement de désespoir, de douleur de la jeune femme. Se repaissant du malheur qu'il infligeait. Jouissant sans honte à l'apogée de son acte affreux.

Jane courrait. Elle ne savait même pas vers où elle allait. Le but n'était que de s'éloigner. Aller le plus loin possible, le plus vite possible. Fuir la bête pour ne surtout pas qu'elle recommence.

Le froid envahissait son corps blessé petit à petit. La force qu'elle avait puisée dans son désespoir la quittait au fur et à mesure des centaines de mètres qu'elle parcourait. Ses larmes brouillaient sa vue. Son souffle se coinçait dans sa poitrine. Son esprit perdait toute rationalité.

Elle tomba. Son corps se figea dans la neige. Elle voulait mourir. Il ne lui restait plus que ça qu'elle puisse contrôler.

Mais le sort en avait décidé autrement. Elle entendit des pas, des murmures, des voix d'hommes. Elle sentit des mains sur elle. Et elle fut soulevée, emmenée.

L'homme était revenu. Et il n'était pas seul.

*

- Tu crois qu'elle va se réveiller quand ? murmura une petite voix fluette d'enfant.

- Je n'en sais rien Tom, lui répondit une voix plus âgée. Je te le répète depuis trois jours.

- Mais elle dort beaucoup quand même. Elle va finir par avoir faim.

- Et bien la faim la réveillera. Sors de là. Allez, oust ! Vas-t-en !

Tom fit volte face en soufflant puis partit de la pièce en courrant, son esprit d'enfant déjà accaparé par autre chose que cette étrangère fainéante.

La femme qui venait de renvoyer le petit garçon se leva de sa chaise et se rendit au lavabo, dans un coin de la petite pièce, afin de préparer une bassine d'eau chaude pour laver un peu la jeune femme étendue sur ce lit depuis trois longues journées. Elle était assez grande, ses cheveux gris étaient ramenés en un chignon soigné, et, même si son corps était marqué par le temps et les difficultés de la vie, sa stature reflétait une certaine dignité, qui contrastait avec ses vêtements plus que modestes.

Lorsqu'elle se retourna vers le lit, elle se retrouva face à deux grands yeux sombres, dans lesquels n'étaient visibles que la souffrance et la peur.

- Oh, vous êtes enfin réveillée ? Je suis...

Elle ne put dire un mot de plus. Jane se mit à hurler. La bassine tomba par terre dans un grand fracas, l'eau se répandant partout sur le vieux plancher. Jane sortit du lit mais ne fut pas capable de faire plus de deux pas. Elle s'écroula sur le sol, ses muscles n'étant plus habitués à la porter.

Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant