Prologue

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L'être humain a cette particularité qu'il a réussi à évoluer et à être totalement maître de ses pensées et de ses actes. Il ne fonctionne plus seulement poussé par ses instincts animaux, mais guidé par la raison, l'éducation et la société, cette merveille qu'il a lui-même créée.

Mais il est complexe, sans cesse tiraillé entre l'instinct et l'esprit, dirigé par des sentiments qu'il ne contrôle pas, la conscience de ce qui est juste ou non, des envies et des besoins à assouvir.

Il mène un combat incessant contre lui-même, luttant contre le mal pour rester dans ce droit chemin qu'on lui a appris à chérir.

Mais en créant la société, il a également crée le pouvoir, les classes sociales, l'argent, la pauvreté. Et alors qu'il aurait pu écouter les sentiments nobles qu'il est capable d'éprouver, il choisit bien souvent de n'écouter que les plus violents.

La rivalité, la jalousie, la haine, l'envie. L'Homme veut, de l'argent, du pouvoir, des possessions. Il finit par confondre l'envie et le besoin et n'est plus guidé que par une chose. Avoir plus. Toujours plus. Encore plus.

Et petit à petit, il oublie ce qui fait de lui un être humain, il oublie ces millénaires d'évolution, il oublie qu'il a le choix. L'empathie disparaît, la bienveillance déserte, l'amour de son prochain fuit. L'Homme s'acharne à détruire tout ce qu'il touche sous prétexte de réussites et de conquêtes.

Et il ne s'arrête pas. Le temps passe, les décennies défilent, et tout dégénère, tout s'accélère. Les riches deviennent plus riches, les pauvres deviennent plus pauvres, les clivages s'aggravent, faisant disparaître les classes moyennes et annihilant au passage les droits fondamentaux de chacun d'accéder à des soins corrects ou de manger à sa faim.

Au fil du temps le paysage urbain change. Les campagnes se vident, leurs habitants mourrant de faim, et les villes se gorgent de monde, croulant sous une population désespérée. Les centres villes se ferment peu à peu, afin de protéger les plus riches et des milices sont créées, se permettant les pires bassesses, pour faire respecter les droits de ceux qui ont les moyens de les payer. Et cette haute société commet, elle aussi, des crimes odieux en toute impunité, sans jamais en être inquiétée.

Le peuple, lui, n'a personne pour le défendre. Il se retrouve piégé dans son rôle de victime. Personne ne s'inquiète pour lui. Il est seul face à lui-même, face à la vie qui ne l'épargne pas. Et il se tue à la tâche pour une miette de pain, il produit pour le compte de personnes qui se moquent de lui et qui l'utilisent sans vergogne, ne lui laissant jamais l'opportunité de profiter du fruit de son labeur et le faisant crouler sous les charges et les impôts sans que rien ne lui soit jamais rétrocédé.

Plutôt que d'avancer, l'humanité recule, réinstaurant des privilèges pourtant abolis depuis longtemps, réinventant une société moyenâgeuse et les injustices qui l'accompagne.

Le paysan travaille pour le roi. Le roi s'engraisse. Le paysan se meurt.

Les Hommes oublient toutes les leçons apprises par les guerres, qu'ils les aient gagnées ou non. Ils oublient ce qu'ils ont été, ce pourquoi ils se sont battus il n'y a pas si longtemps. Or, une humanité sans mémoire est une humanité qui se perd, une civilisation qui se meurt. Mais faisant fi de tout ce qu'il a construit, l'Homme décide de faire comme il veut, sans se soucier de rien d'autre que de son nombril, ne pensant qu'à lui et exterminant tout ce qui le gêne.

Il n'y a plus de cause. Il n'y a plus de justice.

Il n'y a plus que l'Homme et cette chose qui se cache en lui, plus ou moins profondément.

Une laideur, bien enfouie, et toujours prête à sortir les griffes.

Et quelques personnes pour tenter d'y résister.

***



Le chant des oiseauxLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant