«Tue-les tous, sauf Michel»

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Tous restèrent glacés un moment. Michel retenait son souffle et chercha une arme à feu dans les mains des Pénitents. Il n'en trouva aucune. Le coup avait été tiré à l'extérieur. Personne ne semblait avoir été touché.

« Arrêtez! »

La voix venait de la rue déserte. Une voix d'homme, inconnue, marquée par un accent subtil. Suisse, peut-être?

Mani retrouva ses esprits et se précipita pour fermer la porte. Une deuxième détonation retentit. Cette fois, des éclisses de bois volèrent de la charpente, et Mani arrêta son geste.

Les Pénitents commençaient à s'animer. « Qui est-ce, Mani? La police? »

Mani fit signe que non. Il regarda Michel. « Avez-vous amené quelqu'un avec vous? »

Michel ne savait que répondre. L'occasion était belle pour un bluff, mais rien ne lui venait. S'il parlait de police, les Pénitents voudraient sans doute les prendre en otage. D'ailleurs, ça ne ressemblait pas aux procédures de la gendarmerie. Pas de porte-voix, pas de gyrophares, pas de projecteurs braqués sur la maison...

Presque par réflexe, il sortit de sa poche sa bague marquée de l'enceinte triangulaire. Il la brandit devant Mani.

« Qu'est-ce que c'est que ça?

— Nous ne sommes pas la police, nous ne sommes pas l'Inquisition. Vous ne nous intéressez pas. Relâchez-nous, et vous aurez la vie sauve et la liberté. Vous allez seulement sauter un repas. »

Mani l'écoutait avec attention. Ses adeptes l'imploraient du regard. L'idée d'être abattus à leur tour, sans avoir de possibilité de se défendre, les terrifiait.

« Qui est ce "nous"?

— Nous étions là au début de l'histoire. Nous avons inventé l'écriture et appris aux hommes à lire les astres. Nous avons bâti Babel et, depuis, nous grandissons.

— Il n'est pas improvisé, votre petit discours. C'est une sorte de litanie? J'en ai quelques-unes aussi. » Mani se redressa et étendit ses bras vers la rue sombre. « Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ta houlette et ton bâton me rassurent. Tu dresses devant moi une table, en face de mes adversaires... »

Trois détonations retentirent, extrêmement rapprochées. Mani tomba comme un sac. Il se tourna vers Michel et tenta de prononcer une parole, mais sa bouche se remplit de sang.

Michel se releva, glacé. La panique s'était emparée des Pénitents et ils se précipitèrent pour sortir par l'arrière. Il avait presque envie de les accompagner. Il n'avait aucune idée de ce qui pouvait se trouver à l'extérieur, de qui il servait ou de ses intentions. Il y avait peut-être vingt vampires dans la cité qui voulaient exterminer la secte; l'un d'eux s'était peut-être décidé à envoyer des hommes de main faire le ménage. Sortir par la porte de devant n'était certainement pas très prudent.

Hélène était allée chercher Guenièvre. La jeune fille avait de toute évidence perdu beaucoup de sang. Elle tenait à peine debout, mais se traînait avec courage. Michel s'appuya contre le mur, près d'une fenêtre condamnée, et risqua un œil entre les fentes. Sa vision nocturne avait baissé quand l'ichor de Grimaldi l'avait abandonné. Il ne voyait que la silhouette des arbres tracée au fusain sur un ciel d'encre. Mais une voix sourde grésillait à travers les lamentations des Pénitents et les râles que poussait encore Mani.

« Tue-les tous. Tous sauf Michel. Obéis et tu auras la vie éternelle. »

Dans l'embrasure de la porte, un homme en imperméable noir apparut, un pistolet à la main. Il portait une oreillette; de là, sans doute, venaient les ordres que Michel avait entendus. Il ne semblait pas commode. Il hésitait sur le palier. Cherchant autour de lui, son regard tomba sur Michel; ses yeux s'agrandirent, comme s'il le reconnaissait. Il tendit son arme vers les Pénitents et respira trois ou quatre fois, lentement. Son doigt joua un moment avec la gâchette.

Myriam et le Cercle de ferLisez cette histoire GRATUITEMENT !