36 : Liens d'amours

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Godwin était plongé dans ses pensées.

Il avait passé la nuit à attendre le jour, empli d'incertitudes. Erling Bjarnason n'était pas revenu, et il n'aurait su dire si cela devait être rassurant ou non.

Godwin avait passé la nuit à se remémorer sa traversée. Ses doigts qui tambourinaient contre le bastingage, avec force, avec rage. Il se souvenait qu'il n'avait pas quitté des yeux l'horizon, attendant avec une ferveur presque démente que les terres ennemies lui apparaissent. Et elles lui étaient apparues. Hostiles, dangereuses. Il se rappelait de son envie de faire demi-tour. D'abandonner Eldrid à son sort, de l'abandonner elle, elle qui n'avait jamais voulu de lui. Son amour avait été plus fort. Son amour, ou son orgueil.

Il se souvenait des quais sombres, d'Eldrid sans doute dissimulée tout près, mais introuvable. Il se souvenait de sa colère, de sa seconde irruption chez le commerçant suédois. Dagomar avait capitulé, si vite. Dès l'instant où Godwin, le glaive dégainé, avait fait un pas en direction de sa femme et de son fils.

L'amour pouvait être une force, une force qui l'avait entraîné jusqu'à Eldrid. C'était aussi une faiblesse. Une arme, pour qui savait s'en servir. Godwin le savait. Mais Erling Bjarnason, lui, était un maître en la matière. Et son cœur froid comme l'acier de sa lame était devenu une forteresse, imprenable pour qui tenterait d'user de cette faiblesse contre lui.

L'unique moyen d'atteindre le cœur du barbare était de le transpercer d'une lame.

Plongé dans ses réflexions, il sursauta lorsqu'Eldrid s'agenouilla devant lui. Il n'y avait aucune sympathie sur ses traits, et il en fut à peine surpris.

Il avait imaginé, tant et tant de fois, l'instant où ils se reverraient. Il avait prévu des paroles acerbes, tout en sachant que son cœur déborderait d'une telle joie qu'il n'aurait d'autre envie que de serrer la jeune femme dans ses bras. Pourtant, la veille, la haine lui avait fait tirer son glaive. Eldrid s'était débattue dans ses bras, et il avait senti son corps si près du sien, si inaccessible. De frustration, de rage, il avait voulu transpercer ce cœur qu'il ne pouvait pas atteindre, lui faire ressentir ce qu'elle n'avait eu de cesse de lui faire ressentir. Il l'aurait fait, si l'autre Danois ne s'était pas interposé.

Et cela, ils le savaient tous deux.

Il avait commis une erreur impardonnable.

— Tu m'aurais tuée ? fit Eldrid comme si elle suivait le cours de ses pensées.

— Tu connais la réponse.

— Peut-être. Mais je veux te l'entendre dire.

Il l'observa un instant, ses yeux glissant malgré lui vers la plaie qui traçait une ligne rougeâtre sur son cou.

— Oui, fit-il. Mais je ne suis pas le seul.

Les doigts de la jeune femme remontèrent jusqu'à son cou, se suspendirent à quelques centimètres de sa blessure. Elle haussa les épaules.

— Tu lui as déjà pardonné ? railla Godwin.

Il s'attendait à ce qu'elle réponde par l'affirmative, pourtant un long silence s'écoula. Elle le regarda d'un air grave, s'approchant de lui si près qu'il put sentir son souffle sur sa peau. Il se plongea dans son regard brun-vert, contempla le moindre trait de son visage qu'il avait désespéré revoir un jour. Dieu qu'il l'aimait. Elle était si proche de lui. Si proche, que se frustration se réveilla à la vue de cet être aimé et inaccessible. Si proche qu'il la haït de toute son âme lorsqu'elle prononça dans un murmure :

— Ni à lui, ni à toi.

— Ce doit être les premières paroles sensées que tu prononces depuis que je te connais.

Thraell 2 : Jusqu'à ce que sonne GjallarhornLisez cette histoire GRATUITEMENT !