Chapitre 6 : Le Rat, héros malgré lui

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Précédemment dans « Les Mizer Heroïks » :

15 ans plus tôt, l'armée française a mangé la poussière lors de la bataille de Waterloo. Pour la première fois de leur existence, la Garde Républicaine rencontrait un adversaire à la hauteur de ses super pouvoirs.

Qu'est-il arrivé à l'héroïque Cheval Jean ? Et l'infâme Rat, a-t-il empoché le pactole promis par le duc de Wellington ? A-t-il également été anobli comme convenu ?


Le Rat aurait dû s'en douter. C'était trop beau pour être vrai. Ces fichus Anglais lui ont promis la lune mais ne lui offrent en réalité que l'obscurité d'un cachot et le confort qui va avec : de pain sec et de l'eau croupie...

Certes, quand les soldats roi Georges III ont envahi le GQG français, ils ont été surpris de trouver la longue bâtisse du Caillou déserte. Ils espéraient, comme convenu, y ferrer Napoléon, pas Le Rat en train de vider les coffres de la République. Mais comment un traître sans patrie pouvait résister à la tentation ? Contre une sacoche de francs germinal, il a aidé le PDG de la France Sans Frontière à monter en selle, afin qu'il s'éloigne au plus vite du champ de bataille et échappe à l'ennemi. Cette louable initiative n'a pas été du goût de Wellington, qui a failli le faire fusiller sur le champ.

Heureusement, Le Rat a su déployer des trésors d'émotions et de pathos et attendrir le cœur inflexible du Commandant en chef de la CEE. L'irréductible voleur a pu quitter la tente avec son larcin. Néanmoins, sa tête et son costume de Républicain n'ayant guère de valeur aux yeux des vainqueurs, il s'est mis aussitôt en tête de changer d'apparence. Il a été facile de dénicher un mort de l'armée victorieuse et lui voler son visage et ses vêtements.

Vêtu désormais d'un uniforme et d'une physionomie d'Anglais, Le Rat s'estime hors de danger. Le voilà à circuler sur ce sinistre champ de ruine qu'est devenu la plaine de Waterloo. Le bon sens voudrait qu'il s'enfuie au plus vite de cette zone tombée sous le contrôle de la CEE. C'est mal connaître le caractère du prodigieux rongeur. Le Rat est un être qui a peur du sang et de la mort, certes, mais, sa soif d'or et d'argent est la plus forte. Comment peut-il résister à la tentation de réclamer ce qui lui appartient ? Ces fichus Anglais n'ont pas versé le solde qui lui revenait. Lui, qui a commis le sacrifice de trahir un compatriote et même la nation entière. Puisqu'il ne peut obtenir des vainqueurs son salaire, peut-être que les vaincus, ce que la mort a fauché peuvent se cotiser pour lui verser son dû ?...

Le Rat erre parmi les cadavres. En bon charognard, il les observe, il les inspecte, il les fouille et les dépouille de tout ce dont ils n'ont plus besoin. Des babioles qui peuvent avoir de la valeur pour les survivants.

— Bien malheureux de mourir avec toutes ces décorations sur le poitrail. C'est pas ça qui fera qu'on aura une meilleure place en dessous.

Le traître se penche sur le cadavre d'un capitaine de hussard français et lui enlève ses médailles, sa chevalière, sa bague de mariage.

— Le ciel, le paradis, les anges, tout ça c'est des fables de curé. Et c'est pas à ce vieux rongeur comme moi qu'on va apprendre à mentir, hein...

Il vide ensuite la cartouchière du défunt et s'empare d'un magnifique médaillon en argent. Il ouvre la coque ovale et regarde le portrait qu'elle renferme : une jolie dame, habillée comme une bourgeoise. Probablement la femme du malheureux hussard.

— Pas mal ta veuve, mon capitaine... Je me proposerai bien de la consoler mais je suis moi aussi engagé. Ah, ma souris est pas aussi classe que la tienne, mais c'est la mienne. Je l'aime et elle m'aime.

Le Rat oublie de préciser à son interlocuteur que sa "souris" ressemble plus à un chat. Le Rat tremble de tout son corps quand sa "souris" montre les crocs et les griffes, qu'elle feule, hérisse ses poils et sa queue... Étonnement, Le Rat aime avoir peur de celle qu'il aime. Et sa "souris" aime effrayer celui qu'elle aime. Étrange pacte amoureux, mais il en est ainsi. Le Rat, créature fuyante et inconstante, est toutefois fidèle en amour.

Le cadavre du capitaine n'ayant plus rien à offrir d'intéressant aux yeux du charognard, celui-ci continue son petit travail. Il remplit sa besace de quelques kilos de billets, d'or, d'argent, de bagues, de broches, de bracelets, de décorations diverses...

— Tiens, un autre gradé. Voyons ce qu'il peut me raconter de beau, celui-là.

Le Rat s'approche du corps d'un colonel de la Garde Républicaine.

— Bigre ! Il a morflé le lascar ! Il a la jaquette trouée de balles ! Espérons que les plombs n'ont pas trop abîmé la marchandise.

Le traître s'agenouille et commence à palper le cadavre.

— Crache-moi donc ce que tu caches, mon colonel. Maintenant que t'es mort, ça te sert plus à rien. Et puis, si c'est pas moi, c'est un autre qui te fera les poches...

Le Rat lui dérobe une médaille en or : la Légion d'Honneur, la plus haute distinction de la République.

— Bigre ! T'es pas juste un colonel, t'es un prince d'Égypte...

Le voleur va pour la jeter dans sa besace, quand la main du mort agrippe son poignet...

— Merde, il est pas encore cuit ! Je fais pas dans la charcuterie quand même.

Les doigts du mourant se resserrent. Pris dans un terrible étau, le traître ne sait plus quoi faire.

— Qui a gagné... articule une voix venue d'outre-tombe.

— La CEE, siffle le Rat paniqué

— Sainte Marianne... Mère de France... priez pour nous, parvient à bafouiller l'officier.

— Pouvez relâcher ma main ? lâche le larron.

La prise se desserre. Le Rat réussit à se dégager et glisse aussitôt le bijou dans sa besace.

— La vie... Vous m'avez sauvé... affirme l'inconnu, qui sent ses forces revenir.

— C'est-à-dire que...

— Je... vous... reconnaissant... éternellement...

— Si vous le dites.

— Votre nom ?

— Hein ?!

— Cheval Jean. Et vous ?

— Heu... Té.. Térat... Tératdier. non... Tétardier, non plus... Ténardier.

— Comment ?

— Thénardier. Voilà. Thénardier, c'est comme ça que je m'appelle désormais.

— Je ne vous oublierai pas, lui confie Cheval Jean.

Le Rat se satisfait de son nouveau patronyme : original et facile à mémoriser. Une chose est sûre, plus question de revendre la légion d'honneur du colonel. Ce serait du gâchis. Cette jolie médaille lui servira un jour ou l'autre, quand le besoin se fera sentir. Il se rappellera au bon jour de ce Cheval Jean...

À suivre...

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