Chapitre 5 : Fantine, fille-mère

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Précédemment dans « Les Mizer Heroïks » :

Le temps a passé, le calendrier indique désormais l'an de grâce 1825. Vaincu à Waterloo, Napoléon a été exilé avec ses fidèles sur l'île de Sainte Hélène. Surveillé par une armée d'automates, l'ex PDG de la France Sans Frontière est piégé comme un mulot corse.

En France, le roi Louis Dit-Oui-bis s'est rassis sur le trône. La CEE a usé de sa force militaire pour imposer le retour de la monarchie. La 2e république de Napoléon II n'est plus qu'un lointain souvenir...

Fantine n'a jamais eu de chance dans sa vie. Elle est née dans une famille pauvre, très pauvre, d'esprit comme de moyens. Fantine a longtemps cru au Père Noël et croit encore aux contes de fées. Comme si sa naïveté ne suffit pas, elle a eu le malheur de s'embellir comme une rose à l'adolescence. Autant dire que la grâce de cette magnifique fleur de printemps a attiré la convoitise de nombreuses mouches à miel. Toutes désireuses de butiner le nectar de cette plante si fraîche et si pure.

L'une d'entre-elles, un majestueux papillon des faubourgs dénommé Félix Lamalice, est parvenu à convaincre la belle qu'entre eux, ce serait « pour toujours et à jamais », qu'ils allaient vivre heureux et auraient plein d'enfants. Si Félix a fait fondre le cœur de Fantine, c'est qu'il ne manque pas de ressources ni d'à-propos. Cependant, il n'a jamais brillé par sa constance. Aussi, le jour où Fantine lui a annoncé que l'enfant, qu'elle portait dans son ventre, était le fruit de leur amour inconditionnel. C'était trop d'émotion et surtout de responsabilité pour notre papillon épris de liberté et d'irresponsabilité. Celui-ci a déménagé à la cloche de bois et a disparu de la vie de Fantine comme de cette histoire.

Voilà notre Fantine abandonnée, désœuvrée, enceinte et inconsolable... Et surtout sans le sou. Non seulement, la malheureuse fille-mère va devoir élever seule son enfant mais elle se retrouve avec une montagne de dettes de jeu que le Félix a oublié d'honorer avant de s'enfuir comme un voleur... Fantine n'a d'autre choix que de partir de son logis et de quitter Paris du jour au lendemain. Seule solution pour échapper à la rage des créanciers de son amant, qui l'ont menacée de mort, elle et son bébé, si elle n'honorait pas les dettes de son amant.

Voilà, notre Fantine sur la route avec son jeune bébé : une petite fille du nom de Cosette. L'épreuve est trop difficile pour elle et son enfant. Elle se résigne à la confier aux bons soins d'un couple d'aubergistes chez lesquels elle s'arrête en chemin : les Thénardier... Cependant, Fantine qui n'a plus un sou en poche et guère de jugeote n'imagine pas qu'elle sacrifie sa fille au Diable. Si elle savait que ces démons vont presser mère et fille jusqu'à l'os, elle agirait autrement. Et la tragédie qui va suivre ne serait qu'un mauvais rêve...

Voilà notre Fantine, qui échoue à Montreuil-sur-mer, sympathique bourgade du nord de la France. Elle trouve rapidement du travail comme couturière dans un atelier. Jusque-là, tout va bien. Avec la modeste paye qu'elle reçoit, elle peut payer et son loyer et les frais de garde que les Thénardiers lui réclament, de plus en plus souvent.

Mais comme la misère colle à Fantine, comme l'étron à la semelle du malheureux, cette parenthèse de bonheur relatif prend fin brutalement. L'une de ses collègues, plus âgée et plus bigote, apprend que Fantine a une fille, mais pas de mari. Dans cette société redevenue chrétienne et morale, avec le retour de la monarchie, il est inconcevable qu'une femme élève son enfant en dehors des liens sacrés du mariage. Il n'y a que les prostituées qui vivent ainsi dans le péché. Cette brave dame répand rapidement cette rumeur, infondée nous le savons, que Fantine est une catin. La semaine d'après, voila notre fille-mère renvoyée de son travail. Elle tente alors d'ouvrir une petite affaire de couturière à domicile, mais la ville est trop petite et la rumeur trop forte, personne ne l'embauche.

Les retards de loyer s'accumulent et surtout, les exigences de Thénardiers se font plus pressantes. Fantine commence par revendre tout ce qui n'est pas nécessaire : les quelques babioles qu'elle s'étaient offertes, sa modeste garde-robe, ses belles nattes aussi blonds que l'or... Mais cela ne suffit pas. Elle monnaye à l'occasion son sang d'un beau rouge vermeil, mais les véritables vampires n'existent pas et les besoins hospitaliers se font rares. On ne transfuse que les blessés sur le champ de bataille. Et la France n'est plus en guerre depuis le retour de Louis Dit-Oui-bis sur le trône.

Fantine finit par se retrouver dos au mur. Elle n'a plus d'argent, plus de travail, plus de logis, plus d'espoir... La brave femme songe un moment au suicide, mais ce serait condamner son enfant, sa fille. Que va devenir Cosette sans elle ? Fantine morte, les Thénardiers pourraient décider de jeter Cosette à la rue. La pauvre fille... Quelle horrible mère accepterait ça ?...

À suivre...

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