Chapitre 4 : Cheval Jean

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Les obus pleuvent comme des grêlons sur la tête des grognards. Malgré leur don, leurs capacités exceptionnelles, ils ne sont pas immortels. Nombre d'entre eux tombent pour ne plus se relever.

— La Garde avance mais ne recule pas ! En route pour la victoire ! Pour la France, la République et la vierge Marianne !

Cheval Jean claque la bride et force son cheval à garder le pas. L'orage de poudre qui s'abat sur la troupe épouvante l'animal. Quant à Jean, s'il conserve sa fierté, il a un peu perdu de son panache. Plusieurs éclats d'obus ont lacéré son costume, heureusement, ils n'ont fait qu'érafler sa peau. Une cuirasse plus épaisse que le marbre.

Courageux et impressionnés par la bravoure de leur chef, les grognards maintiennent les rangs. Ils parviennent enfin à portée des Éléphanks, ces pachydermes de métal conçus par les ateliers de Georges III, roi d'Angleterre et d'Irlande. La Garde Républicaine n'a jamais connu la défaite. Ce ne sont pas ces démons fabriqués par l'homme qui vont les terroriser.

— Grognards ! Il est temps de frapper ! tonne Cheval Jean.

C'est le moment qu'attendaient les meilleurs prodiges pour entrer en action. Du moins, ceux qui ont survécu à la canonnade. Le grognard à la peau marron qui se fait appeler « Putois » disparaît alors dans un nuage de gaz nauséabond pour réapparaître, toujours dans enveloppé d'une fumée infecte, au sommet d'un autre Éléphank. Armé de son pistolet et de son sabre, il surgit au milieu des artilleurs anglais. La surprise est double : les monarchistes ne s'attendaient pas à la venue de Putois, mais ce dernier s'attendait à combattre des humains, pas des machines, des automartilleurs...

Dans le même temps, un autre Miraculé : « Albatros », maintenu à couvert par ses camarades, étend ses bras avant de les battre en rythme. Il s'écoule une minute avant qu'il se décide à courir. Le bouclier de grognards qui le protégeait des tirs ennemis se fend alors pour le laisser passer. Balançant ses bras en cadence, Albatros s'élance sur la plaine. Il bondit une première fois. Une deuxième fois un peu plus haut. Une troisième fois.... C'est au bout de la sixième fois que l'homme-oiseau parvient à décoller du sol. Il s'élève lourdement dans les airs, gagne suffisamment d'altitude avant de fondre sur un Éléphank.

Putois comprend qu'il doit vaincre ces automates fabriqués pour et par l'armée anglaise. Il vise le plus proche et lui colle une balle dans la tête. Le trou créé par le projectile laisse toute la vapeur s'échapper du crâne de l'automartilleur. Privé de force, celui-ci finit par s'effondrer. La suite de l'affrontement est plus difficile. Putois n'a pas le temps de recharger son arme. Il doit se battre au sabre contre 5 automates belliqueux. Putois joue au chat et à la souris avec eux. Il disparaît ici pour réapparaître là-bas. Il parvient à éliminer deux autres ennemis. Malheureusement, la lame de son épée ne résiste pas au choc qu'elle endure en tapant contre ces peaux en métal. Elle finit par briser. Putois s'évapore une nouvelle fois, ne laissant derrière lui qu'une poche de gaz répugnant.

Albatros atterrit sur la tour d'artillerie d'un autre Éléphank. Il extirpe de sa sacoche le long bâton de poudre qu'il portait sur le dos. Il le pose à terre délicatement avant de planter une mèche qu'il allume aussitôt. Heureusement pour lui, les automartilleurs sont simples d'esprit. Ils ont été programmés pour réagir à une agression. Comme Albatros ne les attaque pas directement, ils mettent un temps avant de remarquer sa présence. Un temps qui n'est pas infini. Albatros remarque les automates l'ont repéré, ils se rapprochent désormais de lui. Il doit s'enfuir à l'instant, sans avoir le temps de préparer son décollage. Albratos tente le tout pour le tout. Il grimpe sur la balustrade et se jette dans le vide. Le prodige a beau battre rapidement des bras, 15 mètres est une hauteur insuffisante pour prendre son envol. Albatros parvient à redresser sa course, mais c'est insuffisant. Albatros se crache dans la gadoue de Waterloo, se brisant les ailes, ou plutôt les bras. C'est alors qu'un des automartilleurs se saisit du bâton de poudre, mais celui-ci lui explose à la figure ainsi qu'aux autres automates, tous proches de la zone d'effet maximum...

Putois, qui s'est téléporté dans le carré des grognards pour se réapprovisionner, réapparaît dans la tour de l'Éléphank. Armé cette fois de deux pistolets, il descend un quatrième puis un cinquième automate. Le dernier adversaire surprend Putois : le robot lui enfonce sa lame rétractile dans le dos ! Le prodige hurle de douleur mais garde son sang-froid. Il se retourne et, ignorant la suée de sang jaune qui s'écoule de sa plaie béante, agrippe fermement son adversaire. Putois emmène l'automate avec lui : ils disparaissent tous les deux dans un nuage pestilentiel. Et réapparaissent au milieu d'un groupe de grognards, qui se font un malin plaisir de frapper, percer, éventrer, déboulonner cette saloperie de machine. Satisfait d'avoir accompli sa mission, Putois se laisse glisser dans une torpeur froide qui finit par couvrir son esprit d'un rideau de ténèbres...

Le grognard connu sous le nom de « Celsius » ferme les yeux afin de se concentrer. Sa peau rougit et se couvre d'une épaisse couche de sueur, trempant ses vêtements comme s'ils avaient été mis dans un bac rempli d'eau. Un autre Éléphank ralentit son pas. Une épaisse fumée grise s'échappe de la carcasse en métal. Le monstre d'acier finit par s'immobiliser, ses canons cesse de tonner. Puis, une forte déflagration secoue son ventre. Un torrent d'eau chaude et de vapeur explose la paroi de l'abdomen et se déverse au sol. Celsius parvient à détruire deux autres blindés avant de s'effondrer à son tour. La peau brûlante et noircie par l'effort, les cheveux blanchis, les lèvres retroussées et sèches, le corps déshydraté.

La bataille de Waterloo est un nouveau théâtre à la gloire des héros de Napoléon. Malgré la canonnade incessante, les pertes, la désertion des troupes ordinaires, les gardiens de la République finissent par abattre un à un les blindés du roi Georges III. Le prix pour cette prouesse est très élevé. Les meilleurs éléments y laissent la vie. Quand les autres régiments ennemis convergent vers ce dernier carré de résistance... La Garde Républicaine se retrouve encerclée, cernée par des milliers de baïonnettes, de lance et de sabres.

Bon gagnant, Wellington envoie une estafette au général Cambronne.

— Dans sa royale et impériale mansuétude, le roi Georges III et ses partenaires européens, vous propose de vous rendre sans condition et ainsi d'échapper à la mort inévitable qui vous attend si vous persistez à vous battre.

Cambronne, vétéran de nombreuses guerres napoléoniennes, hésite. Avant de donner sa réponse, il prend le temps d'enlever le bout de lame qu'il a dans la cuisse droite, d'extraire l'éclat d'obus qu'il a dans le bras droit, de faire sauter la balle qui s'est logée dans son épaule gauche. La Garde Républicaine est le dernier rempart avant la défaite, avant la honte, l'humiliation, la calomnie. Pour autant, les grognards n'ont jamais affronté de menace aussi terrible que celle-là : des machines de guerre...

— La garde meurt mais ne se rend pas ! hurle Cheval Jean, prenant son supérieur de vitesse.

Cambronne se retourne et sourit. Sacré Cheval Jean...

BANG ! BANG ! BANG ! Une fusillade générale enfume l'air belge. La plupart des balles font mouche et mitraille Cheval Jean. Ce dernier vacille avant de tomber lourdement en arrière. Quelques filets de sang s'écoulent du grognard abattu et forment un ruisseau écarlate qui s'écoule dans la boue de Waterloo. Les funestes projectiles ont fini par percer la cuirasse de l'increvable et invincible officier. Un grognement de déception s'élève parmi la troupe.

— Nous n'avons pas bien compris. Pouvez-vous nous donner une réponse plus franche, général, réclame l'officier britannique.

— Oh... Et puis merde... Vous avez gagné, lâche Cambronne, furieux de ne pas avoir épargné la vie de son vaillant colonel.

À suivre...

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