3.2. Joyeux anniv' Mikorne

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— Mika ?

Je me tourne brusquement, une paire de vieillies boucles d'oreilles en anneaux entre les doigts.

Ma mère fait irruption dans la chambre dans un ensemble en tailleur noir, ses escarpins faisant craquer le plancher sous elle. Un sourire tendre étire ses lèvres fines pendant qu'elle prend mon visage entre ses paumes.

— Ravissante, ma chérie. Allez, ils sont là.

Double merdouille.

Je conserve une expression neutre en empêchant un juron de franchir la barrière de mes lèvres. La façon dont elle me regarde mettre mes boucles d'oreilles dans le miroir me fout franchement la trouille.

— Maman, qu'est-ce qui se passe ?

Elle agite la main dans le vide, balayant mes inquiétudes comme si elles étaient non fondées.

Bah désolée, mais OUAIS tu fais peur là.

— On reçoit l'oncle de ton père. Il a deux enfants. Deux fils pour être exacte. Ils nous viennent tout droit de l'Alberta juste pour ton anniversaire !

Je marque un temps d'arrêt. Plaquant mes mains sur le bois de ma coiffeuse, j'interroge ma mère du regard.

— Et puisque tu insistes sur le fait qu'il y a deux gars qui m'attendent en bas et que je suis obligée de me faire belle, je suis censée comprendre quoi exactement ?

Elle pince les lèvres.

Mais punaise.

Non, je ne vais sortir avec personne. Non, je ne vais pas marier personne. Certainement pas pour qu'ils s'assurent que je resterai sur une terre pour l'éternité. Et pas avec quelqu'un que je n'ai pas choisi.
De toute manière, depuis la dernière fois où j'ai osé aimer quelqu'un, il m'a laissée. Alors non, plus jamais.

— Maman, c'est non.

Elle me fixe, des avertissements dans ses iris.

— Ce n'est pas le temps de faire ta difficile Mika. Ils sont là et c'est tout.

— Ne peux-tu pas m'écouter une seule fois dans ta vie ? m'énervé-je. C'est trop demander ?

Ses traits se teintent d'incompréhension quelques secondent avant de se fermer.

— Ce n'est pas ce que je veux et tu le sais très bien ! Tu n'en fais qu'à ta tête pour des valeurs familiales de merde et tu n'essaies pas de comprendre que moi, je ne suis pas toi ! Je ne suis pas papa, je ne suis pas Daren, je ne suis que celle que je veux être et toi... toi tu ne veux pas-

— Stop.

Je me tais alors parce que je ne peux rien faire d'autre que me plier à ses demandes.

Mais je pars ce soir.

Et d'ici-là, je ferai ce que je veux, moi.

***

Je suis coincée entre les deux mecs à table.

Le souper — au cours duquel j'assassine Daren du regard pour ne m'avoir rien dit — se passe sans encombre visible par les autres personnes à table.

Justement : par les autres personnes.

Ça fait punaise de deux heures que je repousse gentiment les avances du plus vieux des frangins, qui pose à l'occasion sa main sur ma cuisse dénudée.
Et j'ai beau tasser sa main avec de plus en plus de violence à chaque fois, il revient chaque fois à la charge avec une tactique plus mielleuse que la précédente.

Fifty Shades of a Unicorn - T1Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant