Chapitre 1

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La vie n'était pas un jeu. La vie n'était pas un conte. Rien de ce que racontaient les livres ne pouvait nous préparer à affronter la réalité. Ce monde, en 2243, était le terrain impitoyable de prédateurs qui ne juraient que par l'argent et le pouvoir. La politique de la France s'effondrait lentement mais sûrement. Le Conseil princier, réunissant les plus hauts dignitaires dirigeant des régions, commençait à s'effriter et à baisser la tête face aux comtes. Désormais, le peuple considérait qu'il n'avait plus aucune autorité, même s'il existait encore. Chacun des comtes gérait un département au nom du prince. Ce système fut mis en place après la Révolution de 2026, et une Constitution commune régissait les lois nationales, auxquelles les constitutions départementales devaient se plier.

À l'époque, le peuple se souleva en réponse à une austérité grandissante mise en place par le gouvernement en position. La crise politique et économique fut mondiale. La Grèce ne se remit jamais de son endettement, sombrant dans l'anomie et la pauvreté. Le redressement de l'Espagne fut bref, et son règne prit fin. Les directives européennes avaient bridé les États membres, les contraignant à s'incliner devant la volonté suprême. Les nations tombèrent les unes après les autres, et l'Europe s'autodétruisit.

La France devint une aristocratie, un régime politique oublié et dépoussiéré. L'objectif était d'éviter d'offrir le pouvoir à un seul individu. De ce fait, elle trouva un excellent compromis. Ce régime donnait l'autorité à une élite, la classe dominante qu'était celle des princes. Ce sang bleu eut pour priorité de redresser le pays, créant ainsi le Conseil princier, remettant en place la noblesse. Cependant, après plus de deux siècles de réussite, ce système semblait être à bout de souffle. Les comtes, initialement élus par le peuple, firent de leur fonction un titre héréditaire. Leur grand nombre permit d'influencer les décisions du Conseil de plus en plus fréquemment et avec plus de vivacité. Leur avidité de pouvoir s'accentua avec le temps, créant une tension au sein du pays, renversant l'autorité en place. Leur montée en puissance occasionna une résistance dans quelques départements ; beaucoup avaient peur de sombrer de nouveau dans le chaos et de devoir tout recommencer, la majorité s'abstenait de prendre position sur la situation politique.

Or, les choses semblaient bouger depuis l'attentat de l'assemblée princière, quelques mois auparavant. Cet acte avait fait réagir la population, notamment en Haute-Savoie, où la Résistance s'agrandissait de jour en jour. Toutefois, cette dernière ne sortait pas de son champ d'action, car elle ne possédait pas suffisamment de moyens pour intervenir à un niveau supérieur ; son but se résumait uniquement à renverser le comte actuel.

Le leader de la Résistance, Maxence Larcher, avait secrètement convoqué en urgence ses plus fidèles membres dans son modeste bureau. Les renseignements en sa possession ne lui permettaient pas de prendre le moindre risque, surtout en ces temps obscurs. La confiance ne se concédait pas naturellement, et le doute demeurait toujours, sans compter que son informateur n'était pas d'une grande fiabilité. La porte s'ouvrit enfin, laissant entrer son second, François Vatan, et Axelle Dubois, responsable de la logistique du groupe. Ils étaient membres du mouvement depuis sa création, lors de la prise de fonction du comte De Lacour, homme avide de puissance et manipulateur au point d'abroger la loi de séparation des pouvoirs, que la Constitution commune ne protégeait pas. De ce fait, il avait ouvert une porte difficile à refermer, laquelle entraînait une profonde nervosité au sein du département ainsi que de la région.

Après l'arrivée de Nathanaël Du Val, un ami de longue date, et de Gabriel Logan, il ne manquait plus que la fille du dirigeant. Cette dernière avait rejoint la Résistance après l'attentat, lorsqu'elle avait appris que son père se ralliait à d'autres comtes afin de faire tomber le Conseil princier. Écœurée par ses manigances depuis sa plus tendre enfance, elle luttait à sa façon, se réconfortant avec l'idée de l'arrêter un jour et de tenter de réparer le mal causé. Son combat s'élevait à l'échelle nationale ; elle voyait plus grand que le département. Elle bataillait pour lui, et pour l'ensemble du pays. Il était de son devoir d'agir ainsi ; toutefois, la Haute-Savoie constituait sa priorité. À l'évidence, le peuple français n'était pas préparé à l'éventualité d'une nouvelle insurrection. Elle avait conscience que rien n'arriverait en douceur et que les événements se dérouleraient rapidement.

Skryta'lian : T1 - ExtinctionLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant