Chapitre 3 : Waterloo, morte plaine

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Précédemment dans « Les Mizer Heroïks » :


L'an de grâce 1815. Échappé de l'île d'Elbe, Napoléon a chassé le traître Louis Dit-OUI de la capitale. C'est l'heure de la 2e République et de Napoléon II, son Président Dictateur Général, de nouveau plébiscité par le peuple. Au grand dam de la Coalition des Empires Européens , qui ne tarde pas à rassembler une armée pour éliminer le virus républicain en Europe.

Le 18 juin, dans la plaine de Waterloo, l'armée de Napoléon fait face à celle du Duc de Wellington, général en chef des forces royalistes...


Waterloo, province de Bruxelles. Le soleil se lève sur un paysage humide et noyé dans la brume. Les bottes, les sabots et les roues marquent de leur empreinte martiale le sol détrempé.

En ce matin doux et paisible, la chance est du côté des Français. Ils sont supérieurs en nombre et ils disposent de l'appui de la Garde Républicaine : l'armée des Miraculés. Des soldats d'exception, loyaux, infaillibles, doués de capacités exceptionnelles. Aucun adversaire n'est encore parvenu à vaincre cette cohorte de super soldats. La Garde Républicaine est dirigée par le général Cambronne, un vétéran des guerres républicaines. Son aide de camp est le prestigieux colonel « Cheval Jean ». Un officier loyal, preux , digne, incorruptible et increvable. Cheval Jean a la peau plus dure que le marbre. Il ne craint ni les coups de sabres, ni les balles, ni les boulets de canon. Dans le civil, Cheval Jean se nomme Valjean. Convaincu par les paroles de l'évêque républicain, Jean a rejoint les forces bonapartistes. Sa vaillance et sa pugnacité l'ont fait monter en grade rapidement, tout près du soleil républicain, devenant le bras armé de sa garde prétorienne.

Il est désormais plus de 10 heures, Cambronne observe l'ennemi, replié de l'autre côté du terrain.

— Je ne comprends pas pourquoi nous n'avons toujours pas attaqué. Plus on attend, plus l'ennemi a le temps de fortifier ses défenses.

— Notre PDG trouve peut-être le sol encore trop boueux, répond Cheval Jean.

— Balivernes ! Il est suffisamment sec ! Et puis, le bataillon prussien n'a pas encore été localisé. Grouchy est toujours sans à leurs trousses, mais il ne sait pas où chercher.

— La prescience de notre guide suprême est troublée. Ça peut se comprendre. Quand on voit son visage. Il est livide.

— Qu'insinues-tu, tu n'as plus confiance entre notre général en chef ?

— Non. Je lui trouve triste mine.

— Pourtant, cela fait deux semaines qu'on le soigne.

— Son état ne semble pas s'améliorer. Est-ce à dire...

— Cheval Jean ! Comment peux-tu penser ça ? C'est un Miraculé, il est au-dessus des lois de la Nature. Il ne peut faillir.

— Qu'il nous guide alors dans cette épreuve.

— Espérons que la Vierge Marianne n'entende pas tes paroles. On dirait qu'elles sortent de la bouche d'un couard.

Si Jean savait que ses craintes étaient fondées... Napoléon est le jouet d'un complot. Depuis quelques semaines, l'un de ses domestiques, lui verse régulièrement une infime dose de plomb dans son verre. Le haut commandement de la CEE a en effet fini par découvrir le point faible du PDG : le plomb. À haute dose, le plomb empêche Napoléon de recourir à son don de prescience. Le général en chef des armées républicaines ne parvient plus à percevoir clairement les pensées adversaires. Celles-ci ne lui sont qu'à peine visibles. De même, Napoléon éprouve des difficultés à communiquer par la pensée avec ses officiers, lui qui coordonnait auparavant avec brio leurs actions.

Le serviteur n'a pas trahi son maître, il a été remplacé par un imposteur. Un mercenaire, un malandrin, un malfrat, un être sans morale ni scrupule. La seule chose qui compte, c'est l'argent, il n'a que faire de la vie d'autrui. Les coalisés l'ont approché et lui ont proposé une belle somme. Il a tout de suite dit oui. Il se fait appeler « Le Rat ». Nul ne connaît son vrai visage, il en change de tête comme de chemise. C'est ainsi qu'il a pu prendre la place du domestique sans éveiller les soupçons. Nul ne peut percer ses pensées, elles sont aussi épaisses qu'un bloc de plomb. Préoccupé par de vitales questions de stratégie militaire, même le clairvoyant Napoléon n'a rien senti ni remarqué.

En cette matinée du 18 juin 1815, le grand stratège de la France tarde à finaliser son plan. Ses troupes ne lancent l'assaut qu'à midi. Une série de raids maladroits qui se brisent contre le mur des défenses adverses. Habitués à commander leur troupe en fonction des indications prescientes de Napoléon, les généraux républicains frappent dans une grande confusion. D'autant qu'en face, l'infâme Duc Welligton a une idée précise des plans français. Le Rat se charge également de lui transmettre les informations tactiques de Napoléon en temps réel.

En quelques heures, l'affrontement bascule en faveur des coalisés. Les Français peinent à enfoncer les lignes ennemies. Ils s'enlisent dans la gadoue belge. La cavalerie républicaine ne parvient pas à déloger les monarchistes, protégés des coups de sabres et de sabots par de solides palissades hérissées de pointes. La France vivrait-elle une fatale répétition de la tragédie d'Azincourt ?

Soudain, l'armée prussienne, jusque-là absente du champ de bataille, surgit de nulle part. Ses hommes encore frais et prêts à en découdre avec ces « maudits Français », enfonce profondément le flanc droit républicain. L'infortuné Grouchy, privé de la guidance psychique de Napoléon, a été trompé par l'ennemi. Croyant avoir retrouvé la trace des Prussiens, il a en réalité pris en chasse une faible cohorte d'entre eux. Cohorte qui l'a mené bien loin de Waterloo. Non seulement Grouchy n'a pas éradiqué la menace prussienne, mais il est désormais incapable de rejoindre le champ de bataille et prêter main forte à ses compatriotes.

Depuis l'aube, Napoléon lutte contre cette violente migraine qui l'empêche de se concentrer, de penser, de sentir plus que de raisonner. Cependant devant les multiples revers essuyés par ses troupes, il comprend qu'il n'a d'autre choix que d'abattre sa dernière carte.

— Général Cambronne ! articule péniblement Napoléon.

— Oui, mon PDG.

— Vos Grognards... Envoyez-les... soupire-t-il en plissant le front.

— C'est pas trop tôt !

— Espérons qu'il n'est pas trop tard...

L'ordre se répand parmi la troupe. La fantastique cohorte de la Garde Républicaine se met en branle. À l'image de Cheval Jean, elle ne crait ni la douleur ni la mort, elle avance tranquillement, au pas, droit vers l'ennemi.

C'est le moment qu'attendait le Duc Wellington pour abattre sa carte maîtresse, son arme secrète : une arme spécialement conçue par les britanniques pour vaincre les invincibles Grognards de la République... Les hêtres de la forêt de Waterloo bruissent et commencent à s'agiter. Ils dévoilent peu à peu les monstres qu'ils dissimulaient jusque-là aux yeux français : d'immenses pachydermes de 15 mètres de haut. D'incroyables animaux de métal qui piétinent le sol, écartent les arbres qui gênent leur passage, brisent les branches qui refusent de ployer. Ils avancent inexorablement vers le front, martelant la plaine de leur pas, aussi lourd que le tonnerre.

Dans le camp français, c'est la surprise, puis la consternation. Comment ces statues parviennent-elles à marcher ? quelle est leur force de frappe ?... La réponse à la deuxième question ne se fait pas tarder. Les éléphants d'acier sont surmontés d'une tour sur laquelle sont installés plusieurs canons. Ces derniers entament alors leur funeste fanfare. Les boulets pleuvent sur les soldats de la République. Ce spectacle effrayant n'impressionne pas la Garde Républicaine. Elle reprend sa marche virile, rythmée par le funeste glas du canon.

Le soleil est encore haut dans le ciel, mais le moral des soldats français est au plus bas. C'est la panique chez les plus faibles. La légendaire cohésion de la Grande Armée se fissure, se déchire. La rigueur géométrique des régiments se courbe, se déforme. Ce ne sont plus de splendides carrés humains mais des flaques de foule en panique. Seule la Garde Républicaine conserve son orthogonalité. Elle continue d'aller au front, vers son destin...

À suivre...

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