1.1. Shiste

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I be on my suit and tie shiste, tie shiste, tie !

Je rentre, je sors.

— I be on my suit and tie shiste, tie shiste, tiiiiiie !

Je sors et j'entre.

Puis je reviens, plus vite, plus fort.

Je me trémousse, ondule des hanches au rythme de la musique en m'époumonant.

Et je vais et viens, toujours plus vite. Je suis pressée d'en finir.

Can I show you a few things ? A few things, a few things, little baby 'cause...

Je plante mon aiguille une dernière fois dans la laine.

I be on my suit and tie shiste, tie shiste (1) ! hurlé-je.

Je n'ai jamais, jamais compris la manie qu'ont les chanteurs d'intégrer des grossièretés dans leurs sons. Ne peut-on pas écouter des chansons sans nécessairement avoir les mots merde, bite et chatte partout ? Les mélodies d'amour pur, elles sont parties où, hein ? Aux oubliettes ? Disparues avec le respect ? Avec la galanterie ?

Avec vos couilles les gars ?

Ouais, c'est ce que je pensais.

Mais moi, je ne suis pas disparue ! Toujours là pour remettre de l'ordre là où il en manque.

Alors shit, c'est shiste. Fuck, c'est phoque. Bitch, c'est beach. Et ainsi de suite, histoire d'adoucir le vocabulaire de ce monde, beaucoup trop sauvage à mon goût.

Mais Justin Timberlake échappe à la règle ; il est sexy alors on lui passe tout.

Puis, de toute manière, c'est mon mari. Et il n'a pas le choix.

— 2018 c'est moche, marmonné-je en faisant le nœud final dans ma tuque.

Une tuque en plein été. Oui. Ne posez pas de questions.

— Mika, baisse le putain de volume ! hurle mon frère dans la chambre voisine.

— Non !

Je le monte davantage, un sourire angélique aux lèvres. Il ne faut jamais me demander quelque chose sur ce ton. Parce que je ferai tout le contraire.

Tout.

—T'es chiante, Mika ! se plaint sa voix éraillée derrière la porte.

Je me laisse tomber à plat dos sur mon matelas en soupirant. Je ne suis pas chiante, je suis seulement... unique avec quelques suppléments ?

En gros, je suis originale pour certains, toujours dans l'excès pour d'autres. Méchante pour les nuls, franche pour les vrais. Je ferai toujours ce que je veux, de toute façon. Inutile d'utiliser la force avec moi.

Peace and love, love and peace. C'est tout.
Amen.

La porte de ma chambre s'ouvre alors violemment et claque contre le mur rosé. Je roule des yeux, blasée.
Mon grand frère pénètre dans la pièce et saisit mon iPod qu'il éteint, les yeux plissés.

— C'est bon là ? Tu t'es bien amusée ?

— Beaucoup, à vrai dire.

Il grommelle quelque chose d'inaudible. Je souris largement.
Ses cheveux bruns en bataille et la tête penchée, il s'approche de mon lit en marchant délibérément sur mes cahiers de croquis tombés au sol. Il agite mon iPod devant mon nez et l'enlève à la seconde où je tends la main pour le récupérer.

Vexée, je m'assois au milieu des boules de laine de toutes les couleurs, les bras croisés sur ma poitrine.

Ou sur ce qui en existe.

Fifty Shades of a Unicorn - T1Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant