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— Pourquoi ne pas nous avoir parlé de cette offre que tu leur as faite ? s'emporta Difè. Ce n'est pas ce que nous souhaitions !

— Je te corrige, Difè. Ce n'est pas ce que tu souhaitais. Tu n'as jamais rien demandé à ton peuple ! Tu ne tiens aucun compte de leur avis, en réalité. La vérité, c'est que si tu avais été un bon dirigeant, tu aurais dit à mes amis que dans les villages, la nourriture manquait. Or tu n'as rien fait. Cette guerre dans laquelle ton peuple risque de se faire réduire à néant n'est pas vraiment une volonté de la majorité. Ce n'est qu'un embrigadement de longue haleine. Mais le problème, c'est que vous n'êtes pas prêts et ne le serez pas avant longtemps. Ton peuple était une grande civilisation, puissante et respectée, c'est vrai. Mais c'était il y a plus de sept-mille ans. Vous n'êtes plus rien aujourd'hui. Regarde tes grands sorciers ! Les apprenties des mages n'en feraient qu'une bouchée. Réveille-toi !

Difè n'avait pas attendu que leur délégation se dissolve pour accuser la gardienne. En tant que leader, il tenait à montrer sa volonté devant son peuple. Montrer qu'il était toujours aux commandes en accusant bien haut et bien fort la gardienne de duperie. Son statut ne l'avait pas préparé à un tel revirement. Crystal ne s'encombrait d'aucun respect pour l'étiquette Frenniq. Il y eut une bonne centaine de témoins de l'accusation de l'ancienne gardienne. La plupart des Frenniqs présents, soldats, sorciers ou villageois furent estomaqués par la tirade de l'étrangère.

— Souviens-toi à qui tu t'adresses, lança alors Bleij, en Frenniq.

— Je sais tout à fait à qui je m'adresse, corrigea-t-elle les dents serrées. Je suis la gardienne de Khram, je suis humaine et je n'ai aucune obligation envers Difè. De fait, si je pense qu'il gouverne mal, je ne vois pas pourquoi je ne lui dirais pas. Par ailleurs, rien de ce que j'ai dit n'est faux. Et vous le savez tous !

— Souhaiterais-tu gouverner mon peuple à ma place ? proposa Difè avec un calme étonnant.

— Je n'en ai pas la prétention ni le désir, en fait. Cela ne m'empêche pas de constater que tu fais des choix en ne te fiant qu'à toi. Iras-tu seulement affronter les mages, toi-même ?

Difè garda le silence, mais Crystal capta ses pensées avec une clarté phénoménale.

— C'est bien ce qu'il me semblait. L'offre que j'ai faite aux mages est très certainement le meilleur moyen de gagner cette guerre sans combattre. Vous serez libres de circuler où bon vous semble, vous aurez votre propre monde et les mages admettront leur erreur.

— Leur erreur ? s'emporta Difè cette fois. Ils ont pratiquement anéanti notre race et nous ont donner le rôle des monstres. Dois-je te le rappeler.

— Les mages avec qui nous avons parlé ont beau ne pas être les plus ouverts d'esprit ni les plus malins, ils ne sont en rien responsables de ce qui est arrivé à votre peuple. Vouloir les faire payer pour une action d'un mage mort depuis plusieurs milliers d'années est la preuve que tu ne vaux pas mieux qu'eux dans ton entêtement.

— Crystal, tenta d'intervenir Célina.

— Non ! Je ne suis pas une politicienne, Célina. Je ne fais pas de courbettes devant des gens que j'ai envie de gifler. Les Frenniqs vivent sur ce caillou mort depuis des générations et au lieu de se battre pour la liberté, tu voudrais te battre pour la vengeance alors même que les responsables ne sont plus là. C'est stupide !

— Nous ne voulons pas la guerre ! entendirent-ils hurler dans la foule amassée autour d'eux.

Interrompue, Crystal détourna le regard du chef des Frenniqs et constata que le nombre de spectateurs avaient gonflé de façon impressionnante. C'était comme si la totalité du village avait été présente. Elle croisa le regard de Slix qui lui adressa un clin d'œil.

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