33 : D'amour et de haine

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La lune ornait l'éternité ténébreuse d'une pâle couronne. Eldrid fixait l'astre qui se découpait avec précision sur la voûte nocturne. Elle aurait aimé que tout soit aussi simple que ce cercle blanc, que tout paraisse aussi net, aussi précis. Les rues de la ville étaient agitées, résonnantes de chansons à boire et de gloussements. Oui, tout paraissait si simple.

Ses mains errèrent sur son collier de servitude. Si elle avait été autre chose qu'une esclave, aurait-elle pu gagner le cœur du Konungr ? Elle n'en était même pas certaine. Il s'était enfoncé dans les ténèbres froides de la solitude et de l'indifférence, avait coupé tous les ponts pour que personne ne le voie porter le fardeau de ses erreurs. Autour de son cœur, il avait érigé une forteresse de glace et d'égoïsme. Dans son esprit se jouait un théâtre qu'il était le seul à entrevoir, et ils en étaient tous les pions.

Malgré tout, elle regrettait déjà ses paroles. Elle avait pensé chaque phrase qu'elle avait prononcée, et Erling Bjarnason le savait. Qui sait s'il lui pardonnerait ses mots ? Elle avait la confuse impression de se tenir au bord d'un abîme sans fond, et cela ne faisait qu'attiser sa rancœur. En quelques phrases, elle venait de tout perdre.

Elle erra un long moment, ressassant ses pensées, tout son esprit tendu vers une rage brûlante, avant qu'une voix ne retentisse dans son dos.

— Mon frère se montre lâche, violent, prétentieux. Mais s'il y a bien un défaut que tu ne peux lui accorder, c'est celui d'être égoïste.

— Vraiment ?

Elle avait voulu insuffler du sarcasme dans sa voix, sans succès. Elle pivota, pour se retrouver face à Örvar, les traits éclairés à la lueur d'une simple chandelle posée sur le rebord d'une fenêtre.

— Vraiment, répondit-il d'une voix implacable. Tout ce qu'il a fait, c'était pour l'avenir de notre clan. Un clan dont tu fais partie.

— Il ne se soucie pourtant pas le moins du monde de mon avenir.

— Tu te trompes.

— Il refuse de m'affranchir !

— C'est le seul moyen pour lui de s'assurer de ta loyauté.

— Ce n'est pas ce collier qui assure ma loyauté et il le sait très bien.

— Alors, disons qu'il s'agit plutôt de la seule façon qu'il a de te garder auprès de lui.

Le souffle d'Eldrid se bloqua dans sa poitrine.

— Il a tout fait pour m'éloigner de lui, durant des années. Pourquoi voudrait-il que je...

— Ne va pas te méprendre sur ses sentiments, ou que sais-je ce que tu peux imaginer d'autre. À l'époque, tu n'intéressais pas le roi du Danemark en personne.

— Je ne comprends pas.

— Si tu devenais une personne libre... Certes, tu devrais toujours fidélité à mon frère, comme Sigrún. Mais si notre monarque venait à te demander de l'aider, tu pourrais bien accepter. Et cela, Erling ne le veut pour rien au monde.

— Il a donc peur que le roi lui vole sa gloire ? Que je lui vole sa gloire ? C'est ce que je disais. Il est égoïste.

— Il tente au contraire de protéger ceux qu'il aime. Il a déjà assez perdu ainsi.

— Foutaises.

Elle esquissa quelques pas sans bien savoir où elle allait. Örvar la rattrapa, la saisissant par le bras pour la retenir. Eldrid retint un geste d'agacement. Ses pensées dérivèrent vers Godwin, avec une force empreinte de colère : le Saxon avait eu raison, tout ce temps, et cela la mettait hors d'elle.

Thraell 2 : Jusqu'à ce que sonne GjallarhornLisez cette histoire GRATUITEMENT !