Chapitre 15 - La bénédiction - Partie 3

155 30 39

Une véritable émeute déchirait Stuttgart et Amalia était clouée à sa chaise. Une quantité de petits mémorigamis, de bijoux et d'objets en tout genre occupait l'intégralité de son bureau et elle passait des ordres et des renseignements à différents interlocuteurs. En pleine crise, elle était le centre névralgique par lequel transitaient toutes les informations. Son rôle devait permettre à Serge, sur le terrain, de prendre les meilleures décisions, sous ses conseils, pour coordonner les attaques et mouvements des fédérés.

Des clés vibrèrent avec un bruit insupportable pour signaler l'arrivée d'un message. Amalia en prit immédiatement connaissance. Le Vampire de Stuttgart venait d'être repéré dans la foule que l'Armée Fédérale tentait de contenir. Que les êtres aux longues dents se battent avec les mécamages, passe encore ; qu'ils s'allient contre les P.M.F., soit ; mais que l'Informateur se déplace, c'était très mauvais signe. Amalia lâcha un juron et attrapa un collier autour de son cou. Mattéo devait empêcher Naola de rejoindre le front : la situation, critique, risquait de devenir dangereuse pour ses élèves.

« Mattéo ! Il y a une émeute en plein centre-ville. Interdiction de sortir du manoir, pour vous trois ! »

Nao !

La voix du jeune homme résonna et Amalia retint un nouveau juron. Elle ne pouvait pas se permettre de les gérer ! Merde ! Elle perdait déjà un temps précieux...

« Ne la suis pas ! »

Pas de réponse. Elle serra les dents et répéta, les lèvres tout contre son pendentif.

« Mattéo, ne la suis pas ! »

Elle ne m'a pas répondu !

« Quoi ? Matt... Mattéo ! »

Plus de contact. Elle relâcha le bijou d'un geste vif. Se promener en plein Stuttgart pendant une attaque probablement orchestrée par les Vestes Grises. Mais bien sûr ! Quelle bonne idée quand on est l'élève de l'Once !

Elle ne devait pas perdre plus de temps : négliger une information pouvait coûter la vie aux hommes de Serge. D'un geste de la main, Amalia fit apparaître un petit objet de métal chromé percé d'une tige. Elle tapa sur l'antique sonnette de table et le hérisson couleur rouge cessa de ronger le vieux couteau helvétique, moyen de communication directe avec le Commandant des Armées. Ainsi suspendus, les instants qu'elle gagnait ici lui serait facturés une fortune par la Confrérie.

Sans attendre, Amalia se leva et ferma les yeux. Faire le vide, séparer son esprit en deux. Imaginer une ligne d'horizon, mais à l'intérieur de son corps.

Deux Amalia parfaitement identiques. L'une des deux disparut et la seconde, concentrée, reprit sa place aux commandes du bureau. Une explosion venait de ravager une nouvelle maison à l'ouest de la bourse au boulon et les vampires dominaient les mécamages à cet endroit. Une bonne occasion pour les P.M.F. de mettre les semi-organiques sous les barreaux et d'affronter un camp unique.

*

Mattéo se retrouva plaqué contre les tuiles par un violent coup dans le dos au moment même où Naola sentait un sortilège lui coupe les jambes.

« Qu'est-ce qu'il y a de compliqué à comprendre dans Ne la suit pas !, éructa le vieux sorcier à la mine austère apparut près d'eux.

Il portait un gant en cuir qui maintenant une pièce d'iris au creux de sa paume, encore levée vers le couple.

« Laisse-moi partir ! » cria immédiatement Naola.

Ses jambes, comme comme fondue dans la tôle du toit, l'entravaient complètement. Elle plaqua sa main, concentrateur actif, contre sa cuisse et tenta un contre sort pour se libérer, ce qui s'avéra sans aucun effet. Le vieil homme focalisait son attention sur Mattéo.

« L'Once n'a rien à faire dans un conflit sans Veste Grise ! Mattéo, tu n'es même pas sous couverture !

— Laisse-moi partir, répéta Naola d'une voix paniquée. Laisse-moi partir, abruti de chat ! »

L'ancêtre se retourna vers Naola, aussi surpris qu'outré.

« Abruti de chat ?

— Laisse-moi y aller aussi ! s'écria Mattéo, toujours maintenu face contre terre.

— Non.

— On va se marier ! jugea utile de préciser le sorcier. Laisse-moi y aller ! »

Le nonagénaire qui cachait Alix haussa très haut ses épais sourcils gris.

« Dans ce cas, vous allez rentrer tous les deux, je suppose...

— Non ! Relâche-moi ! s'exclama Naola. Ils ont besoin de moi. Mordret a besoin de mon aide. Lâche-moi !

— Mordret est assez grand pour se débrouiller seul. »

L'Once s'approcha de Naola et posa sa main sur son épaule pour initier un transfert, hésita et se ravisa.

« Tu peux arrêter les vampires ? » demanda-t-elle.

Naola cessa de s'agiter et pinça les lèvres sans rien dire pendant quelques instants. La détonation d'une explosion satura l'espace et fit trembler leur toit.

« Laisse-moi y aller, répondit-elle finalement, les poings serrés. Je dois y aller, c'est tout.

— Très bien. Fais attention à toi. »

Le sortilège qui retenait Naola se résorba et la libéra. Mattéo criait toujours au sol qu'on lui permette de se battre lui aussi.

« Je ramène cet abruti chez vous.

— Merci », souffla Naola.

Elle recula, et, sans un regard pour Mattéo, se détourna et courut sur le toit, puis sauta dans le vide. Son hexoplan apparut sous elle et la porta au-dessus du chaos.

« Laisse moi y al...

— Non. Tu rentres. Si elle a besoin de toi, elle t'appellera. »

L'Once se pencha sur son élève, désactiva le sortilège qui le clouait au sol et les transféra tous les deux au manoir.

Les traitresLisez cette histoire GRATUITEMENT !