Chapitre 15 - La bénédiction - Partie 1

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Depuis son arrivée au manoir, Pierre s'ennuyait. Ici, comme chez Amalia, il passait ses journées entre livres et mnémotique et ne croisait presque jamais personne. Il poursuivait, sans grande motivation, son apprentissage de la médecine et ses recherches sur les transferts de magie.

Chaque jour, invariablement, il se levait, descendait, tentait de trouver quelqu'un avec qui partager un repas, avant que ses hôtes ne partent travailler, puis remontait dans sa chambre. Cette routine lui pesait et l'enlisait dans une attitude maussade qu'il exécrait.

Le dimanche ressemblait à tous les autres jours, à l'exception près que Mattéo, Naola et Xâvier restaient au manoir. Aussi Pierre avait-il pris l'habitude de leur imposer sa présence... Tout du moins le matin, car depuis l'attentat du CERN un mois plus tôt, l'Once infligeait à ses élèves un rythme intensif qui comprenait une session sur la fin du weekend.

Bien sûr, Pierre n'y participait pas. Il ne participait à rien, de toute façon. Il était libre de se promener où bon lui semblait, à l'exception des pièces où pouvait séjourner le Maître, ce qui incluait le dernier étage de l'aile résidentielle du bâtiment, la salle d'entraînement – au grand damne de l'adolescent – et la supposée superbe bibliothèque – à sa grande frustration.

Cette interdiction précise l'agaçait tout particulièrement, alors qu'il traversait le manoir à grandes enjambées. Malgré tous ses efforts pour ne pas se considérer comme prisonnier, il ne parvenait pas à avancer dans ses propres recherches sans se trouver obligé de demander à Xâvier ou Mattéo les livres dont il avait besoin. Aucune autonomie.

Le carnet à la main, une pile de mnémotiques, grimoires et dos collés flottant derrière lui, Pierre marmonnait dans le couloir menant au grand salon.

« Bien sûr, Pierre, nous avons ce livre aussi. Je te le ramène ce soir. Merci bien, Xâvier, comme ça, je suis bloqué jusqu'à ce soir ! Et sinon, me donner l'accès à la Bibliothèque ? Ah bha non. On ne te fait pas confiance mon p'tit Pierre... »

Il entra dans la salle à manger de mauvaise humeur et avisa l'un des gros buffets rangés sur le côté de la pièce pour y déposer les ouvrages sur lesquels il travaillait. Il se garda bien de saluer Naola et Mattéo dont il avait interrompu la conversation – les conversations s'interrompaient toujours quand il arrivait quelque part, comme si ses hôtes prenaient le temps d'évaluer si le sujet en cours pouvait être abordé en sa présence.

Installé de part et d'autre de la grande table, le couple déjeunait, sans l'avoir prévenu ou attendu, bien évidemment. Mattéo, d'un geste désinvolte et sans se donner la peine d'accorder un regard au nouveau venu, activa ses concentrateurs et, d'un sortilège, fit disparaître les ouvrages à peine déposés sur le buffet.

Sans doute regagnèrent-ils leurs places sur les étagères de la fameuse et toujours aussi inaccessible bibliothèque.

« Et si je n'avais pas fini ! ? se récria l'héliade.

— Tu n'avais pas fini ? questionna Mattéo.

— Si. »

Muspell haussa les épaules avec son pragmatisme habituel et Pierre grogna en tirant une chaise. Mattéo adressa un signe de tête à Naola pour l'inciter à reprendre leur discussion. La jeune femme affichait un air préoccupé qui, depuis le dernier attentat, semblait ne plus vouloir disparaître de son visage.

« Dans tous les cas, je dois passer à l'école cet après-midi, ce dossier ne peut pas attendre. Ensuite, Mordret est rentré de voyage hier soir, il faut encore que j'aille le voir. Je ne sais pas pour combien de temps j'en ai, mais vous pouvez commencer l'entraînement sans moi... »

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