Chapitre 2 : Monseigneur Bienvenu. À table...

Depuis le début

Jean se lève d'un coup et examine la pièce. Par où s'enfuir ? La fenêtre, il se jette dessus et l'ouvre en grand, malheureusement, l'espace n'est pas assez large pour laisser passer une masse de chair comme la sienne. Par où alors ? Trop tard ! Les voilà devant la porte. Valjean se couche et tente de se faufiler sous le sommier... Peine perdue, il n'arrive qu'à dissimuler sa tête et son torse, son estomac rebondi malgré le jeûne forcé, refuse de passer sous la literie.

— Avouez, Monseigneur, où se cache le fugitif ? répète le gendarme chef entrant dans la chambre avec ses soldats.

— Je vous le répète, vous faites erreur, je ne dissimule aucun intrus.

— Pourtant, on nous a rapporté avoir vu le vagabond rôder près de votre demeure. Vagabond qui erre depuis midi et terrorise la population.

— Depuis midi ?! Maintenant, votre suspect doit errer dans la garrigue.

— Ça m'étonnerait. On a observé le suspect franchir les murs de Digne, mais personne ne l'a vu en ressortir.

— L'erreur est humaine, concède l'évêque.

— Pas dans la gendarmerie.

— Chef ! Y a quelqu'un sous le lit.

L'officier tourne la tête et remarque le corps marmoréen de Valjean, qui se tortille en tout sens pour se faufiler sous le sommier.

— Pouvez-vous m'expliquer la présence de cet individu ?

Soudain, l'ecclésiaste balaye l'air de la main. Fasciné par ce tout de passe-passe, les yeux des gendarmes se laisse happer par le regard étincelant du prélat.

— Cet individu n'est pas celui que vous recherchez, suggère-t-il d'une voix, douce, charmante, irrésistible.

— Cet individu n'est pas celui que nous recherchons, répètent docilement les gendarmes.

— Vous n'avez pas besoin de demander ses papiers.

— Nous n'avons pas besoin de demander ses papiers, entonnent-ils, les yeux hagards.

— Vous pouvez nous laisser dormir tranquille.

— Nous pouvons vous laisser dormir tranquille.

— Allez-vous en, conclut-il.

— Allons-nous en.

Les gendarmes tournent les talons et referment la porte derrière eux, en silence. Étonné, Jean s'extraie de sa cachette.

— Qu'est-ce que vous avez fait ?

— J'ai le don, mon fils, comme toi.

— Mais vous êtes un ecclésiaste ?!

— Et alors ?! J'ai des yeux pour juger quand un miracle se produit. Ce n'est pas à ma hiérarchie de penser à ma place. Le Tout-puissant là-haut est mon seul juge.

— J'ai pas tout compris.

— Ça n'a pas d'importance. La nuit n'est pas finie. Profites-en pour te reposer, nous nous levons à l'aube. Nous aurons le temps d'en reparler.

L'évêque tient promesse. À peine, le soleil se lève que Jean et son hôte s'enfoncent dans le maquis provençal.

— Chapeau l'évêque, ça a encore marché votre truc, les gendarmes nous ont laissé franchir la porte de la ville sans broncher, s'enthousiasme Valjean.

— Ce sont des esprits simples, faciles à berner. Prends plutôt ce sauf-conduit, il te permettra de traverser le royaume de France sans éveiller les soupçons. Tu n'es plus un fugitif, mon fils, tu as désormais des papiers en règle.

— Merci, monseigneur.

— Et prends également ces chandeliers en argent !

— J'aurais préféré un pistolet.

— Ils sont robustes et valent bien plus qu'une arme à feu. Tu es sans le sou, mon fils, fais bon usage de mes présents.

— Je ne sais pas comment rembourser ma dette...

— Reviens sur le chemin du Juste. Tu as jadis combattu pour la Liberté, L'Égalité, la Fraternité. Ton âme n'appartient pas à l'ancien régime, cet ordre mauvais, mais à la République, la Nation du Bien. Mon fils, je te retire tes pensées noires et je les donne à la France, la République et Vierge Marianne, notre sainte Trinité.

— Mais... Mon père... vous travaillez pour Dieu ou la République ?

— Les deux, mon fils. La foi n'est pas l'ennemi de la raison.

— Pourtant, l'Église, elle est plutôt du côté des nobles et des tyrans.

— Celle des dignitaires romains. Pas la mienne, celle de la terre et des campagnes.

— Si vous le dites, mon père... heu... monseigneur...

— Jean, tu as une mission. Tu dois rejoindre l'élu de la Vierge Marianne. Notre regretté Président Dictateur Général en chef... Napoléon a été chassé du pouvoir. Mais il va tenter un come-back. Tu dois être à ses côtés.

— Mais... Il m'a abandonné aux mains des Mamelouks ! En Égypte ! s'insurge Valjean.

— Un républicain doit savoir pardonner. Sais-tu qu'aujourd'hui, c'est un Bourbon qui suce à nouveau le sang du peuple français ? Louis Dit-Oui, un ténia, un parasite juste bon à s'empiffrer de sucreries De Ladurey.

— Et alors ?

— Il veut votre mort à nous, les prodiges, les Miraculés ! C'est la guerre, Jean !

Les paroles du prêtre font mouche. Valjean comprend que lui-même, ainsi que la communauté des Miraculés, ne pourra vivre en paix avec le reste de la société civile tant qu'un aristocrate sera sur le trône de France.

— Je comprends, monseigneur.

— Bien. Maintenant, va, mon fils, n'oublie pas que tu es un enfant de la France. La France unie dans sa différence et diversité. Va, Jean !

À la suite de ces dernières envolées patriotiques, Jean Valjean se sent le cœur gonflé et fort comme le marbre. Il continue sur le sentier provençal et entame son périlleux chemin qui le mènera à la rédemption.

À suivre...

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