[13] = MONSTER

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Le soleil étira ses premiers rayons sur l'immense structure, improbable mélange entre station de lancement de fusée et montagnes russes. Située au fond d'une cuve cernée d'une clôture électrifiée, la rampe électromagnétique avait la forme d'un ressort étendu, ou plutôt d'un tire-bouchon géant élancé à travers le ciel. À son pied reposait une lourde installation, sorte de simulateur de force centrifuge dressé à la verticale : la fameuse catapulte. Tout autour bourdonnaient des centaines de drones apportant les derniers ajustements nécessaires à la base de lancement.

À une heure matinale, Dust, suivi de Vidocq et Marie-Perséphone, descendit à l'intérieur de la cuve. Un sourire radieux illuminait son visage, comme au matin d'une excellente journée.

« On y est ! s'écria-t-il, extatique face à la structure. Tout ce pour quoi on a bossé... Señorrrrrrr Papa RrrrrRRRrrrRRRobot, nous voici !

— Gwaaaaaargl ?

— Mais évidemment que tu viens, fifille ! Ton papa va quand même pas te laisser ici toute seule. »

Un drone passa tout près de l'intéressée, qui lui donna la chasse avec un hurlement. Dust assistait au spectacle, ému aux larmes.

« Regarde-la, Vidocq ! elle est déjà impatiente de partir. Je suis si fier de ma grande fille. Le premier zombie à voyager dans l'espace... Qu'est-ce que ça grandit vite, ces machins-là. »

Vidocq ne répondit rien. Assis un peu plus haut, il surplombait l'installation d'un regard vide. Plus vide que la liste des défauts que son maître s'attribuerait.

« Oh, mon vieux... Qu'est-ce qui ne va pas ? Tu fais la gueule ? »

Une fois n'est pas coutume, son serviteur mécanique se fendit d'un douloureux soupir. Au loin, Marie-Perséphone avait attrapé le drone en plein vol. Le robot tenta de se dégager avec un couinement plaintif.

« Ah ha, sourit Dust, j'ai compris. Toi, tu boudes, pas vrai ? Tu m'en veux pour quelque chose. C'est à cause de ces pignoufs que j'ai tués, c'est ça ? »

Vidocq détailla son maître de bas en haut.

« Maître Dust, je rêve du jour où vous serez capable de vous entendre avec vos semblables. Du jour où vous pourrez mener une discussion calme avec eux sans leur exploser la tête ni leur arracher les membres.

— J'ai la flemme de discuter calmement. Et puis, ho ! C'est eux qui ont commencé.

— La question n'est pas de savoir qui a commencé, maître. Elle est de savoir comment ça s'est terminé. »

Dust haussa les épaules et se dirigea vers la rampe. Il s'occupa des ultimes préparatifs, de vérifier la solidité et la configuration de la rampe et de s'assurer que les conditions météorologiques étaient favorables au décollage. Mais Vidocq ne l'entendit pas de cette oreille et lui lança à travers ses nanomachines :

« Maître Dust, vous êtes allé trop loin, cette fois. Je n'ai jamais cautionné vos agissements. Mais cette fois-ci, je les condamne.

— Allez, Vidocq ! ricana Dust. Tu vas me chier une pendule à cause de trois, quatre bouseux ? Ils m'ont attaqué les premiers, je te rappelle. C'était de la légitime défense, comme toujours.

— Vous voyez très bien de quoi je veux parler, maître. Je parle de ce que vous avez fait à ce Julius alors qu'il n'était plus en état de se battre. Je vous ai toujours vu impitoyable vis-à-vis de vos congénères, mais jamais je ne vous aurai pensé capable d'une telle barbarie. »

Dust escalada la rampe et observa les alentours, la main en visière. Marie-Perséphone le frôla, accrochée à un drone terrorisé.

« Ce baltringue a eu ce qu'il méritait, c'est tout. C'est du passé, mon vieux. On a d'autres choses à faire que de le ressasser, maintenant.

Dust Ex Machina #1Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant