28 : Que tonne l'orage

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Les quais étaient sombres, assez pour qu'Eldrid ne ressente aucune envie de s'y attarder. Elle n'avait pourtant guère le choix : l'aube ne serait là que dans un couple d'heures.

Elle se tapit sous une estrade, dressée contre l'encorbellement d'un atelier. Ainsi dissimulée dans les ombres, ses doigts serrés sur le manche de son poignard, elle pria pour que le soldat saxon ait perdu sa trace.

Hélas, elle n'eut qu'à attendre une minute pour que les pas de Godwin lui parviennent, lourds, empreints de rage.

Haletante, elle peinait à reprendre sa respiration après sa course dans les ruelles.

— Eldrid !

C'était une nuit sans lune, et Eldrid adressa un remerciement muet aux dieux, décidant d'y voir un signe de soutien. Ils avaient ôté l'astre du ciel pour elle, pour qu'elle puisse mener à bien sa quête.

Elle entendit un grand vacarme, tandis que le Saxon renversait un chargement qui se dressait sur le débarcadère. Les yeux de Godwin devaient être accoutumés à l'obscurité, mais sa cache était indécelable.

— Tu ne pourras pas t'enfuir, tu entends ?

Le martèlement des bottes se rapprochait, et elle se recroquevilla un peu plus. Son souffle se précipita davantage, et elle cessa de respirer pour ne pas se trahir, ignorant la protestation de ses poumons qui la brûlaient.

— Eldrid ! hurla-t-il encore, tout près. Je te retrouverai !

Elle se mordit la lèvre. Il était furieux, même un peu plus que cela, et elle doutait en effet qu'il renonce à la traquer. Cependant c'était presque le cadet de ses soucis : elle se sentait suffoquer, au bord de l'évanouissement. Sa poitrine implorait de l'air, mais Godwin se tenait trop près d'elle.

Enfin, les pas s'éloignèrent.

Elle prit une grande goulée d'air, ses poumons s'actionnant avec force, tant pour combler le manque que sous l'effet du soulagement.

Elle attendit ce qui lui sembla une éternité, avant d'oser s'extirper de sous l'estrade. Godwin avait quitté les quais, mais il reprendrait ses recherches au lever du soleil, elle n'en avait pas le moindre doute. Retourner chez Dagomar était trop risqué, errer dans la ville trop dangereux, sans compter que le soldat se trouvait peut-être encore dans les parages.

Aussi, elle s'assit dans une position plus confortable, profitant d'un renfoncement pour se cacher en partie, et attendit. Il se mit à pleuvoir, et, transie de froid, elle sentit sa volonté faiblir.

Au loin, une unique fenêtre de la forteresse perçait la nuit d'un vague point lumineux. Elle concentra toute son attention sur cette pâle lueur qui se dressait dans les ténèbres, se rappelant ses longs mois de captivité. La haine formait un brasier au creux de son corps, rendant plus supportables le vent glacé et la pluie qui balayaient les quais.

Lorsque les abords du fleuve s'animèrent peu avant l'aube, elle se mêla aux citadins et aux marins, se réfugiant dans l'anonymat de la foule avec soulagement. Elle se dissimula sous le capuchon de sa cape, mais elle ne se faisait pas d'illusion : Godwin était un guerrier et fin observateur, sans aucun doute capable de la reconnaître au milieu des passants.

Tout en scrutant les environs, elle arrêta un jeune homme qui passait à sa hauteur.

— Je cherche un navire qui doit partir pour le royaume de Suède et faire halte à Ribe.

— Ribe ?

— Au Danemark.

Le jeune homme haussa les épaules.

Thraell 2 : Jusqu'à ce que sonne GjallarhornLisez cette histoire GRATUITEMENT !