Chapitre 37

Depuis le début


 Soudain, alors qu'elle avait déjà pris quelques clichés afin de perfectionner ses réglages pour le moment fatidique, elle sentit quelque chose vibrer contre sa poitrine.
Lucie sortie d'une main distraite son téléphone de la poche intérieur de sa veste et décrocha :
- Oui, allô ? dit-elle.
- Damoiselle Peters, fit une voix de velours à l'autre bout du fil. Ou plutôt devrais-je dire Ameth ?
Lucie qui avait reconnu la voix de son interlocuteur se surprit du sourire qui se dessinait gentiment sur ces lèvres.
- Permettez vous le Peters, monsieur le comte de Kamerovsky. C'est plus agréable, autant pour vous que pour moi, non ?
- Agréable, affirma-t-il, mais toujours assez étrange à considérer.
- Tout aussi étrange que vos deux fils auxquels vous m'avez attaché quasiment à vie soient Ian et Dylan Bloom.
Lorsqu'elle l'avait appris, quelques jours après son départ de chez Fletcher, Lucie avait dû en vérité se retenir pour contenir un véritable hurlement de colère.
Le problème n'était pas que Dylan et Ian avaient un beau-père, mais plutôt que celui-ci soit Alban de Kamerovsky. Elle ne comprenait pas comment il pouvait être aussi abject envers l'un de ses propres « fils ».
Pourtant, le terrifiant vampire s'était mis à l'appeler assez souvent et elle s'était surprise à trouver ses échanges agréables.
Des échanges étrangement banals. D'une simplicité extrême, mais agréables.
Peut-être était-ce cela qui lui plaisait ? Il ne lui parlait jamais de cette société vampire à laquelle ils appartenaient tous les deux.
Elle ne comprenait pas pourquoi d'ailleurs.
Et d'ailleurs, elle se gardait de les partager avec les frères Bloom qui n'avaient sans doute pas une relation aussi privilégiée avec cet homme si sombre.
Comment pouvait-elle discuter tranquillement avec quelqu'un qui s'amusait visiblement à torturer son propre fils ?
Pour des raisons qui lui échappait encore, le comte semblait comme inquiet à son sujet. Ou peut-être était-ce un moyen alternatif pour prendre des nouvelles de ces fils dont il n'était visiblement pas très proche et avec qui il entretenait des relations difficiles ?
- Encore cette même colline ? devina-t-il.
- Toujours la même. Après tout, je ne connais pas d'autres endroits dans toute l'Angleterre donnant vue sur un singulier petit champ entier de tulipes. Et vous venez encore de m'empêcher de prendre un cliché parfait.
Lucie l'entendit rire doucement de sa voix grave et veloutée, alors qu'elle observait le soleil dorénavant parfaitement visible.
- Je ne pourrais donc jamais ne faire en sorte que vous m'aimiez un jour ?
- Je tiens beaucoup trop à vos fils pour vous aimer, affirma Lucie. Mais j'apprend à vous apprécier.
- Qu'allez-vous vous amuser à me décrire cette fois, pour m'empêcher de vous poser des questions ?
Lucie sourit, et commença ce qui était devenu comme une petite tradition entre eux : décrire une infime partie du paysage qu'elle voyait en face d'elle au moment même.
- En contre-bas du petit champ de tulipes aux couleurs aussi variées que vives, un très vieux lampadaire semble perdu au milieu des sapins, comme si une route secrète et aujourd'hui oubliée passait autrefois par-là. La nature y reprend peu à peu ses droits. De la mousse s'est installée sur le métal encore mouillé par la rosée et un écureuil sortant à peine de l'hiver s'amuse à l'escalader pour contempler le creux des collines.
Un silence apaisant prit place, Lucie laissant siffler délicatement le vent printanier qui déposait sur ses cheveux de minuscules gouttelettes rafraichissantes.
- Voilà un bien curieux spectacle, ...
Puis il raccrocha.
Lucie regarda sa montre : bientôt sept heures trente.
Il était temps de faire demi-tour.




                                             Le beurre fondait doucement sur la poile chaude posée sur la gazinière, glissant sous l'œil expert de Dylan Bloom. Les fenêtres du salon étaient grandes ouvertes, profitant de la fraicheur matinale de ce printemps qui s'annonçait aussi chaud qu'ensoleiller.
Le jeune homme avait attaché ses longs cheveux dorés en un catogan aussi simple que sa chemise blanche aux manches trois-quarts. Il aimait cela d'ailleurs, cette simplicité.
Se retrouver officiellement au service de la jeune Lucie, après la décision du Grand Conseil, avait quelque chose de rassurant et de reposant pour lui et ses frères. Bien sûr, ils devaient toujours agir en tant que chasseurs de vampires sous la couverture du groupe de rock Free Fire, mais le rythme de vie que les obligeait à suivre leur nouvelle « maîtresse » dans la petite et calme ville de Penvanya avait des avantages qu'ils n'auraient pas cru connaître avant longtemps.
Vivre le jour, et non la nuit comme ils le devraient, était quelque peu fatigant et n'étais pas toujours agréable mais présentait le monde sous un angle différent.
Dylan posa à son tour la pâte à pancakes et attendit un instant qu'elle cuise avant de la retourner. Il regardait un instant au-delà du double vitrage donnant sur la terrasse où Aron et Byron s'étaient installés, replaçant quelques mèches rebelles derrière son oreille, quand son petit frère descendit les escaliers visiblement encore très peu réveillés.
Ian était à peine habillé avec son léger pull de coton et son jogging noir abimé. A la vue de ses yeux légèrement cernés, Dylan comprit qu'il n'avait sans doute dormi que deux ou trois heures.
- Encore de sortie cette nuit ? devina Dylan.
Ian se frotta ses cheveux déjà en bataille tandis qu'il baillait, avant de répondre :
- Il semblerait que notre cher petit lieutenant ait encore été dépassé cette nuit.
- La rébellion a de belles causes, mais de mauvais horaires, blagua son frère.
Ian sourit un instant à sa boutade avant que ses yeux ne regardent avec intensité vers la baie vitrée de la terrasse. Ses iris d'un magnifique azur, presque semblables à ceux de son frère, semblaient pétiller malgré la fatigue.

Dylan tourna la tête vers la baie vitrée, et se figea en se rendant compte de la présence de Lucie qui venait d'arriver.
Les avait-elle entendues ?
- Vous en faites de ces têtes tous les deux, se moqua Lucie dans un petit rire qui sembla s'envoler vers le ciel.
Ses joues légèrement rosies par sa promenade, Lucie avait un air angélique dont jamais personne ne se serait douté de la puissance presque bestiale qu'elle cachait et tentait de contenir.
- Dylan ? l'appela Aron qui se trouvait avec son jumeau derrière la jeune fille alors que lui et son frère fixaient la fixaient encore.
- O-oui ? bégaya-t-il.
- Je ne voudrais pas t'affoler pour tes pancakes mais...
- Oh ! s'exclama le vampire qui les avait complètement oubliés, faisant rire Lucie de plus belle.
Il se tourna à nouveau vers la cuisine, se précipitant pour éviter le plus les dégâts qu'il avait négliger, et Lucie vint lui prêter main forte en sortant de quoi accompagner ses pancakes des placards.
Aron et Byron s'affalèrent sur le canapé avec une synchronisation parfaite tandis que Ian sortit de son mutisme pour se diriger vers le bar du salon.
- Aron, Byron ! Vos chaussures sont pleines de boue, pesta gentiment Lucie à l'encontre de ses frères.
- Tu peux parler, mademoiselle j'ai des pétales de fleurs pleins les cheveux !
Lucie cligna plusieurs fois des yeux avant de poser une main sur sa tête. Effectivement, des pétales s'étaient visiblement mêlées à sa chevelure bouclée.
Dylan sourit devant leur petit spectacle.


Deux mois.


Cela ne faisait que deux mois que Lucie était retournée chez elle, les emmenant avec eux, pour vivre sa vie comme elle l'entendait. Alors qu'elle était une jeune et nouvelle vampire alpha au sang royal et qu'ils représentaient de redoutables prédateurs buveurs de sang aux actions assez reprochables, il fallait l'avouer, tous paraissaient former une petite famille normale.
Cela ne faisait pas longtemps que lui et ses frères connaissaient Lucie, et pourtant elle paraissait avoir toujours été parmi eux.
Alors qu'elle se dirigeait vers un miroir, Ian lui lança une pochette de sang qu'elle attrapa d'une main adroite.
- Tes réflexes s'améliorent, constata Dylan.
En toute réponse, la jeune fille haussa les épaules et lui sourit en versant le contenu de la pochette dans un verre.
- Ne lui dis pas, elle finirait pas prendre la grosse tête, ricana son frère.
- Bonjour à toi aussi, monsieur Ian le grincheux ! dit Lucie en le contournant pour retirer les pétales de sa coiffure.
La tache s'avérait visiblement difficile, ses boucles désordonnées retenant parfois de manière complexes les pétales la faisant pester.
Ian se moqua légèrement d'elle puis finit pas l'aider là où elle ne pouvait pas les atteindre. L'image était assez ahurissante pour Dylan qui connaissait son frère et sa continuelle froideur envers la plupart des gens.
Lucie faisait exception.
Enfin, Lucie était une exception pour eux tous. Cependant, avec Ian cela semblait à la fois plus marquant et... spécial.
- Lucie ! l'appelèrent les jumeaux.
- Oui ?
- On voudrait pas t'affoler, commença Aron.
- Mais c'est pas aujourd'hui la journée porte ouverte au lycée ? finit Byron.

Lucie se frappa le front.

Elle avait complètement oublié ! Elle devait arriver en avance afin de préparer l'exposition de photos prévue dans la journée pour accueillir les futurs élèves qui prendraient leur relève après cette dernière année !
La jeune fille se précipita vers la cuisine, prit deux pancakes à la hâte en remerciant Dylan avant de filer vers la porte d'entrée.
- Eh ! T'oublies pas quelque chose ? fit Aron, visiblement très amusé du spectacle.
Lucie se tourna vers lui juste à temps pour rattraper son appareil photo qu'il venait de lui lancer.

Elle enfourcha son vélo, s'en prendre la peine de fermer la porte derrière elle, et fila à toute vitesse.



AméthysteLisez cette histoire GRATUITEMENT !