[11] = WEIRDO

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D'un pas lent et peu amène, Vidocq suivit le couloir, guidé par le son d'affreux gargouillements.

« Maître Dust ? Êtes-vous toujours en vie ?

— Gwoooooorgl », lui répondit une voix rauque.

Le chien-robot risqua un coup d'oeil à l'angle. Une silhouette recroquevillée se découpait dans la pénombre. Elle surplombait une autre forme, allongée au sol et visiblement inconsciente.

« Bonté divine... », souffla Vidocq.

Le rétroéclairage de ses yeux balaya la scène d'une faible lumière.

« Maître Dust, je vous ai souvent observé dans de bien pitoyables positions, mais celle-ci fera date. »

Dust ne répondit pas. Face contre terre et les bras en croix, il subissait en silence le traitement de Marie-Perséphone. Perchée sur son dos, la créature morte-vivante mâchonnait ses dreadlocks d'un air satisfait.

« Maître Dust, pour rappel mon système enregistre tout ce que je perçois. Et sachez que je suis en train de le diffuser à Hooper en ce moment même.

— Quoi !? s'écria Dust en relevant la tête.

— Je vous informe d'ailleurs que le spectacle lui plaît tout particulièrement, maître. »

Le jeune homme se redressa tant bien que mal, une Marie-Perséphone hargneuse accrochée à sa chevelure comme un bouledogue au pantalon d'un facteur.

« C'est bon, je suis debout !

— Le spectacle est fini, maître ? s'enquit Vidocq avec une pointe de regret. Hooper le déplore. »

Dust secoua la tête. Marie-Perséphone l'accompagna dans son mouvement non sans grognements.

« Comment t'as osé faire ça ? T'es vraiment un sale gosse.

— Au vu de votre jeune âge, maître, c'est plutôt vous, le sale gosse. »

Ils reprirent leur exploration des souterrains. Dust paraissait avoir trouvé l'équivalent d'une laisse à son zombie de compagnie, à la différence qu'elle ne s'attachait pas autour du cou et qu'il s'agissait de ses cheveux.

« T'as pas tort, mon vieux, reprit-il après un moment de réflexion. Mais des fois, je rêve d'avoir eu des parents. Qu'est-ce que j'aurais aimé avoir un vieux, surtout ! Il m'aurait collé de bonnes patates patriarcales dans ma tête, ça m'aurait remis les idées en place.

— En effet, maître, c'est à se demander ce que l'I.A. du Señor Papa Robot a raté dans votre éducation pour que vous deveniez... ce que vous êtes.

— Ce que je suis ? s'étonna Dust. Qu'est-ce que je suis ? »

Vidocq s'immobilisa dans la pénombre. Il pesa ses mots et expliqua avec patience :

« Maître Dust, vous n'allez pas sans savoir que selon les standards du monde préapocalyptique, celui-ci vous aurait considéré comme un inadapté social notoire, un délinquant sexuel léger et un danger public avéré.

— C'est pas de ma faute ! gémit Dust. C'est la faute de la société.

— La société n'existe plus, maître. »

Le jeune homme plissa les yeux, l'air conspirateur.

« Justement... » souffla-t-il.

Après un soupir d'exaspération, Vidocq reprit la marche.

« Maître Dust, je suis au regret de vous le dire : ce qui ne tourne pas rond chez vous reste un mystère.

— Et si j'étais le seul à tourner rond et que c'était le reste du monde qui partait en vrille ? T'y a pas pensé, à ça, mon couillon ! Et puis, je reste le plus beau et le plus intelligent de l'univers. Au moins.

Dust Ex Machina #1Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant