Chapitre 33 (partie 2)

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                                                   Cela faisait maintenant deux heures que Ian s'était affalé dans un moelleux fauteuil en cuir du petit salon du premier étage du manoir de Fletcher. La réception du « colis » chez Kamerovsky ne s'était pas passée sans encombre, comme il l'avait supposé.
Lorsque Lucie l'avait finalement rejoint en centre-ville où ils s'étaient donné rendez-vous, la jeune fille ne lui avait fait aucune remarque. Elle s'était seulement contentée de lâcher un soupir agacé devant les mains du jeune vampire abimées par de petites coupures semblables à celles qu'elle avait pansé la nuit où elle l'avait soigné.
Ils étaient rentrés comme si de rien n'était et vaquaient depuis à d'autres occupations. Ian se reposait, après avoir soigné ses blessures, tandis que Lucie s'était assise en tailleur sur le sol afin de trier quelques photos.
Le calme régnait dans la pièce que seuls la pluie et le feu de cheminée étaient autorisés à briser. Ian s'accommodait à ce semblant de silence si rare ces derniers temps et observait d'un œil discret la jeune alpha qui s'occupait avec concentration. Dans un sens, Ian comprenait parfois à quel point Lucie avait raison de ne pas se soucier du monde des vampires, bien qu'elle fasse partie de la branche dominante des leurs et qu'elle devrait prendre théoriquement en compte des responsabilités extrêmement importantes. Elle appréciait la simplicité des choses, la simplicité de vie ce qui contrastait avec la dynastie à laquelle elle appartenait. Ou du moins, semblait appartenir selon les dires de Fletcher et la couleur plus que signifiante de ses iris.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il en baillant en constatant qu'elle se tenait l'arête du nez et avait clos ses paupières.
Lucie se contenta de grogner que ce n'était rien avant de se lever et d'attraper une pochette de sang qu'elle piqua d'une paille.
Visiblement, le fait de boire du sang ne la répulsait plus autant qu'au départ.
- Je savais que les vampires alphas avaient besoin de boire énormément de sang pour se rassasier, mais je dois bien avouer que tu bats des records ! dit-il en ricanant.
- Très drôle, railla-t-elle en se rapprochant du fauteuil.
Sans prévenir, elle s'affala sur Ian qui jura de surprise. Elle le poussa par l'épaule pour tenter de lui faire perdre sa place mais il se défendit et ajusta sa position sur un des accoudoirs.
Le jeune homme commençait de nouveau à somnoler lorsque la voix de Lucie le rappela à la réalité :
- Est-ce que ça a des effets secondaires ? demanda-t-elle.
- De quoi donc ? fit Ian, légèrement perdu.
Lucie se tenait de nouveau la tête en sirotant son « verre ».
- La transformation. Enfin, ma transformation, précisa Lucie.
Ian se gratta la tête pour réfléchir un moment.
- Je dirais que non. Cela étant, je ne savais même pas que ce genre de transformation était possible. Le sort que ton ancêtre à opérer selon Fletcher n'est pas à la portée de tout le monde. J'ignorais totalement son existence. Le simple fait qu'un vampire puisse en transformer un autre en humain et que l'on puisse redevenir vampire par la suite est assez invraisemblable.
Lucie le regarda, semblant très peu accepter cette réponse.
- Pourquoi cette question ? la questionna-t-il en lui ébouriffant les cheveux avec affection.
- Pour rien, j'ai parfois des prises de conscience stupides qui me font m'inquiéter pour rien.
Ian changea brusquement de position pour se mettre en tailleur et en face d'elle. Ils étaient un peu serré sur ce fauteuil, alors Lucie se tourna vers lui pour se mettre dans la même position.
- Montre-moi comment tu fais, lui ordonna-t-il.
- Comment je fais quoi ? Des pâtes carbonaras ?
Il lui lança une pichenette sur le front.
- Idiote !
- Aie ! grogna-t-elle.
- Invoque une boule de feu, lui dit-il. Montre-moi tes prodiges.
La jeune vampire fit la moue.
- Ça ne marche pas comme ça, rétorqua Lucie. La première fois ce n'était pas désiré d'accord, et j'ai paniqué ! J'ai pas envie de faire exploser la demeure d'un vieux barbu magicien !
- Si tu n'agis que par peur, tu n'arriveras jamais à rien. C'est ça qui est dangereux. Montre-moi.
Afin de la rassurer et de l'inciter il incarna dans sa paume et petite flamme bleutée, son don personnel lui permettant de créer un feu bleu incandescent.
- Je... je n'arrive pas à faire apparaître des flammes dans mes mains comme ça. Il faut qu'il y en ait à proximité, bafouilla-t-elle nerveuse.
D'un geste du menton, il lui indiqua la cheminée à quelques mètres d'eux à peine.
Après un long soupir, Lucie tendit la main vers les flammes et se concentra, les yeux remplis d'inquiétude.
- N'aie pas peur, murmura-t-il à son oreille.
Il n'en fallut pas plus pour que Lucie se décide et qu'une flamme se détache du feu crépitant pour venir se caller au-dessus de ses doigts.
Tous deux regardèrent le petit bouquet de chaleur planant sur les deux mains de la jeune fille. Ils n'osaient émettre un seul son, plus par peur que le spectacle ne disparaisse que par crainte qu'elle ne perde le contrôle.


- EXTRAORDINAIRE ! s'exclama une voix qui les fit sursauter tous les deux.
La flamme s'embrasa et gagna en hauteur à cause de la surprise de Lucie qui s'était un instant déconcentrée.
Auguste Fletcher, se tenait fièrement sur le palier de la porte dans sa robe de mage du Grand Conseil un immense sourire aux lèvres avant d'intimer à Ian de prendre ses distances avec sa jeune protégée du regard. Le jeune homme avait d'ailleurs sorti une lame de nulle part, surprenant d'autant plus la jeune fille. Un réflexe, sans doute.
- Tout à fait extraordinaire, répéta le vieux vampire.
Lucie rendit la flamme à son lieu originel avant de se tourner vers Fletcher.
- Vous êtes déjà de retour ? dit Lucie pour l'aider à reprendre ses esprits.
Le concerné balayé la question d'un geste avant de sautiller vers elle et lui prendre ses deux mains.
- Ainsi donc, Dylan ne s'était pas trompé en me faisant son rapport ! C'est tout à fait extraordinaire !
- Euh...
- Je savais ! Je le savais !
- Vous saviez que ? demanda Ian d'un ton railleur, comme lassé des excentricités du vieil homme.
Fletcher se mit à faire les cent pas dans le petit salon en marmonnant dans sa barbe.
- Et dire que vous avez également fait cela avec de l'eau ! C'est un don extrêmement précieux que vous avez là : maîtriser les matières !! C'est fantastique !! Ce n'est donc plus un mythe, la famille Ameth est de retour !
Lucie se leva à son tour et mis ses mains sur la tailles.
- Eh oh ! Du calme, monsieur Fletcher ! Ne recommencez pas à me balancer des informations sans fin au visage comme si de rien n'était.
Le vieux mage se calma et caressa sa barbe, tout en continuant à marmonner en marchant.
Lucie plissa les yeux. Visiblement, le vieux mage portait beaucoup d'intérêt à sa famille et à ses capacités. Maîtriser la matière, hein ? Cela n'augurait rien de bon.
Soudain, Fletcher se stoppa net dans ses mouvements et failli se prendre sa robe dans les pieds.
- Monsieur Bloom, apostropha-t-il Ian, avez-vous récupérer ce que je vous ai demandé chez Kamerovsky ?
Ian grinça des dents, visiblement agacé par ce rappel.
- Oui, je l'ai posé près de la table, répondit-il en désignant le petit meuble près de la porte.
Fletcher s'en empara et approuva d'un signe de tête, avant de le déposer dans les bras de Lucie. Elle se sentait assez faible, l'effort qu'elle avait produit en maintenant la flamme l'ayant sans doute fatigué par tant de concentration. Le vieux mage lui faisant signe d'ouvrir le paquet, la jeune fille s'exécuta.
A l'intérieur, une magnifique robe digne des Kamerovsky lui faisait les yeux doux. Par les dieux ! Qu'elle avait dû coûter cher !
- Damoiselle Ameth, (devant les sourcils froncés de Lucie, il se corrigea :), Peters. J'ai le plaisir de vous annoncer que vous êtes convoquée dans deux jours à paraître devant le Grand Conseil.
Un silence pesant s'installa entre eux, avant que Lucie ne le brise d'un ton faussement enjoué :
- Choueette... Youpi.
Fletcher ne prit même pas la peine de prendre sa remarque en considération, tellement il paraissait joyeux à cette idée.
Du bruit attira ensuite leur attention au niveau de la porte du salon. Deux têtes semblables apparurent.
- Aron ! Byron ! se réjouit Lucie de retrouver ses deux acolytes préférés.
Elle s'empressa d'aller à leur rencontre avant de se chamailler de nouveau avec eux. 


- Ian, fit la voix de Fletcher, le comte demande votre présence au plus tôt. Maintenant que vos frères sont arrivés, je suppose que cela ne vous dérangera pas de laisser notre petite protégée sous leur protection ? Votre aîné ne devrait pas tarder à faire son retour également.
Lucie vit le visage de Ian s'assombrir, comme piqué au vif.
Celui-ci acquiesça en silence se dirigea vers la porte pour sortir.
Il ébouriffa les cheveux de la jeune femme et lui fit un clin d'œil, avant de disparaître par l'embrasure de la porte.   

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