Chapitre 33 (partie 1)

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                                                                     Cela faisait maintenant une bonne petite heure que Lucie s'était levée. Le temps ne s'était pas amélioré dans la nuit et la pluie battait encore violemment aux fenêtres du manoir d'Auguste Fletcher. C'était d'ailleurs cette pluie qui l'avait réveillé.
Le corps enveloppé dans un cocon moelleux et protecteur et enfoui dans les bras minces et solides d'un jeune vampire encore profondément endormi.
Elle s'était surprise à avoir l'esprit aussi clair et serein en cet instant. Cela faisait sans doute quelques années que le calme ne lui avait pas autant soulagé la tête. Bien qu'elle aurait étrangement souhaité rendre ce moment éternel, tant cette étreinte chaleureuse était reposante, Lucie s'était dégagée doucement afin de réveiller peu à peu ses sens encore endormis en se redressant.
Ian dormait paisiblement, réagissant à peine à ses mouvements pourtant maladroits. Les yeux clos et les traits détendus, il ressemblait à un ange avec son allure mince et athlétique et ses magnifiques cheveux blonds en pagaille.
La jeune fille s'était finalement levée, ses yeux semblant de nouveau brûler lui brouillant la vue. Elle n'en avait pas parler aux frères Bloom, mais cela faisait quelques jours que ce même phénomène se produisait chaque matin. Lucie s'était donc pressée pour se doucher et enfiler des vêtements propres afin de prendre un petit-déjeuner et de boire cette nouvelle boisson qui était désormais devenue vitale à son nouvel organisme.
Ses yeux se calmaient toujours lorsqu'elle s'abreuvait de sang.
Cela faisait donc une bonne petite heure que Lucie s'était levée alors qu'elle se préparait à sortir. Alors qu'elle cherchait en bougonnant un parapluie dans son sac à main – qui pourtant n'était pas très grand – une voix l'apostropha du bas de l'escalier de marbre :
- Où est-ce que tu comptes aller comme ça ? demanda Ian.
Lucie se retourna pour lui offrir un sourire narquois au coin des lèvres.
- « Comme ça » ? répéta-t-elle. En voilà une façon de dénigrer ma tenue !
Visiblement, le jeune vampire était encore un peu trop dans les vapes pour capter son ton moqueur car il fronça ses sourcils d'un air incompris.
Il se rapprocha de la table du salon qui était, encore une fois, très fournie en victuaille et prit une pomme d'un air nonchalant.
- Tu es au courant, comme moi, qu'il pleut actuellement des cordes ? fit Ian en baillant.
- Oui ?
- Et que le ciel est relativement noir et la brume très épaisse ?
- Ouii ?
Ian soupira.
- Alors peux-tu me dire pourquoi tu veux absolument sortir alors que tu risque fortement de croiser le chemin de monstres incontrôlables aux dents crochues ?
Lucie arqua un sourcil devant l'imitation peu réaliste de Ian qui s'amusait à montrer ses crocs en faisant des petits gestes de la main.
Un vrai T-rex.
- Ma sortie était déjà prévue, contrairement à mon kidnapping de trois semaines par un vieux mage vampirique dans son manoir. Et ce n'est pas la première fois de ma vie que je vais marcher seule dans les rues mouillées d'Itown. Et puis je vais au centre commercial. Et je serais avec Denis.
- Ah. Parce que sa présence est censée me rassurer ?
Pour toute réponse, Lucie lui envoya un paquet de papier au visage. Ian le rattrapa d'une main maladroite avant qu'il n'atteigne son visage en ricanant.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il en se rendant compte de ce qu'il tenait dans les mains.
- Un courrier de Fletcher. Pour toi.
- Alors il te concerne, devina-t-il.
Ian ouvrit le paquet sans cérémonie et lut la lettre qui lui était adressée. Visiblement, son contenu ne parut pas le ravir. Il brouilla le chiffon entre ses mains avant de le brûler d'une flamme bleue apparue comme par enchantement.
Lucie oubliait toujours qu'il avait cette étrange capacité. En plus de courir à une vitesse inhumaine. Et même non vampirique, puisque sa rapidité avait quelque chose... d'hypersonique ?
- Bon. Eh bien, il semblerait que l'on soit obligé de faire un bout de chemin ensemble, grogna-t-il.
Sans même se soucier de ses vêtements très légers (il n'était vêtu que d'un simple jean sombre et d'un noir pull fin), Ian s'empara d'un grand parapluie qui se tenait près de la porte et s'engagea à l'extérieur.
Lucie soupira avant de le suivre.
Elle ne prit pas la peine de se munir d'un parapluie, la capuche de son gilet en coton sous sa veste en cuire lui suffisant largement par habitude. Elle se plaça néanmoins sous le parapluie de son « garde du corps personnel » en le regardant de haut en bas d'un air moqueur.
- Tu comptes vraiment sortir comme ça ? demanda-t-elle en levant ses yeux améthyste vers lui.
- En voilà une façon de dénigrer ma tenue, lui répéta-t-il d'un ton railleur. Et nous sommes déjà dehors, mademoiselle.
- Très drôle. Tu vas surtout tomber malade et nous faire repérer par une bande de cinglés dégénérés.
- Tu ne devrais pas traiter aussi mal mon public, se moqua-t-il.
Lucie arqua encore une fois un sourcil. Il pouvait bien se le mettre où elle pensait, son public ! Déjà que leur musique, elle n'en avait jamais vu la couleur et n'y comptait pas plus que ça.
Il pouvait bien tomber malade, mais elle ne souhaitait pas courir à nouveau dans toute la ville.
Elle inspira un grand coup avant d'enlever son épaisse et longue écharpe en laine noire. Sur la pointe des pieds, elle la déposa au-dessus des cheveux blonds en bataille du jeune homme, prenant soin que son visage soit un minimum dissimulé.
Une fois fait, Lucie tourna les talons et marcha à grand pas. Elle était en retard ! Denis allait sûrement la sermonner. Ian la rattrapa sans soucis et la protégea avec le parapluie.
Par chance, le centre commercial où Lucie et Denis s'étaient donné rendez-vous n'était pas très loin et ils arrivèrent rapidement à destination.
- Fletcher m'a chargé de faire des courses pour toi.
Lucie fronça les sourcils. Comment ça, pour elle ? Elle était très bien capable de faire ses courses, et il ne lui manquait rien.
Alors qu'elle s'apprêtait à poser mille questions, Ian l'arrêta d'une pichenette sur le crâne.
- Oui, c'est bien pour toi. Oui, je sais que tu es assez grande et indépendante pour te débrouiller toute seule. Non, tu ne peux pas venir avec moi. Et non, je ne vais pas loin, je vais chez Kamerovsky. Oui, la boutique de vêtement de luxe.
Lucie ne sut comment réagir. Décidément, il avait réponse à tout. Mais était-ce trop compliqué la communication pour lui dire de quoi il en retournait exactement ?
Et puis zut ! Elle lui tira la langue et s'engouffra dans l'immense centre commercial en l'abandonnant à l'entrée.
- Appelle- moi quand tu as fini ! dit Ian par-dessus son épaule. 

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