Chapitre 14 - Une mauvaise information - Partie 4

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Depuis la disparition de Faï, l'Once s'était arrangée pour conserver sa trace grâce à son réseau d'information. La présence de la fillette figurait sur plusieurs rapports de P.M.F.. À chaque fois, elle avait été aperçue de loin et sans que personne ne soupçonne sa qualité d'otage. Les sorciers ne pouvaient envisager que l'Ordre se soucie de garder en vie un enfant humain.

Bien sûr, en tant que magistre, Amalia ignorait tout de l'enlèvement de Faï et elle usait de nombreuses précautions pour se procurer les notes de mission fédérales. Elle exigeait de recevoir toutes celles en lien, même minime, avec les agissements de l'Ordre. Elle les compulsait toutes afin qu'aucun observateur extérieur ne puisse se douter de l'information recherchée parmi les milliers de lignes absorbées chaque jour.

Malheureusement, depuis des semaines, plus aucun rapport n'avait évoqué la fillette. Le groupe de Vestes Grises avait continué de se déplacer, Amalia le savait, mais sans Faï. Elle avait perdu sa trace. Lorsque, quelques jours plus tôt, les troupes chargées d'investir une planque occupée par une Veste Grise avaient mentionné une enfant, la sorcière s'était raccrochée à l'espoir de la voir encore en vie.

Elle avait manœuvré pour obtenir le mnémotique de cette mission piteusement échouée. Aussi profitait-elle avec satisfaction d'une pause dans son flux habituel d'informations pour récupérer des indices dans le souvenir brumeux du P.M.F.. Il s'était blessé dans la chute causée par le méca.

L'Once peina à se remémorer Grimm, lorsqu'elle aperçut son visage. Il faisait partie de ceux à qui elle s'était prise, après les événements de Maison Haute. Elle lui avait broyé la cervelle et arraché le bras. La Veste Grise avait dû profiter de soins particulièrement attentifs pour s'en sortir aussi bien.

Le plus surprenant, cependant, restait sa réaction face à Faï. Il la protégeait.

Quelques coups à la porte de son bureau tirèrent Amalia de sa réflexion. Elle quitta le mnémotique, dans lequel elle s'était totalement abimée pour mieux appréhender le souvenir, pour reprendre pied dans le monde réel.

La Régente se leva et entrouvrit avec la ferme intention de renvoyer l'importun d'une pique acide méritée. Elle tomba sur un petit sorcier à l'allure sèche et au regard vif. Il portait un uniforme de l'armée. Il effectua un salut protocolaire et se présenta sans lui laisser le temps de parler.

« Lieutenant Grévard, Madame Elfric. J'étais de garde au centre de Commandement. L'artefact en forme de pavé droit noir a fait du son et de la lumière. Vous avez demandé à être prévenue. »

Amalia fronça les sourcils. Il lui fallut quelques secondes pour remettre l'objet.

« Le téléphone Yasard.

— Celui-là même.

— Vous avez décroché ? »

L'homme lui adressa un regard perplexe et répondit :

« Il est resté accroché sur son générateur d'énergie. Nous ne l'avons pas débranché, malgré le bruit répété depuis vingt minutes.

— Depuis vingt... Par Merlin, apprenez à vous renseigner sur ce que vous conservez au Centre ! »

Le téléphone permettait à la Fédération de rester en contact direct avec la Congrégation d'Égée. Que ce sorcier – et très certainement tous ses collègues – n'ait pas eu la curiosité d'apprendre à se servir de cette technologie humaine la dépassait et l'énervait.

Quelques minutes plus tard, Amalia, le lieutenant sur les talons, prenait la direction du centre de Commandement. Elle profita de leur temps de déplacement pour le former théoriquement à l'utilisation de l'engin qu'il voyait plusieurs fois par jour depuis la venue de Jestak. Il n'échappa pas à un monologue virulent sur l'égo mal placé de tout son régiment : comment pouvait-on à ce point se foutre de ce que l'on conservait ? Se croyait-il, lui, sorcier, tant supérieur aux humains pour dédaigner ainsi le téléphone ?

Le lieutenant Grévard resta muet, mais se tint à ses côtés lorsqu'elle s'approcha du pavé noir. Il était maintenu dans un champ de magie qui entretenait une alimentation électrique prenant, en temps normal, sa source dans les mouvements de son porteur. L'appareil émettait en effet un bruit strident à intervalle régulier, accompagné d'un flash rouge.

« La Congrégation d'Égée a essayé de nous joindre 3 fois, puis nous a envoyé un message textuel.

— Où voyez-vous cela ? » se permit de demander le sorcier.

Amalia lui jeta un regard bref, puis lui montra la manipulation. L'écran, rudimentaire, utilisait de l'encre électronique. Elle bougeait selon les impulsions électriques générées par le cœur du dispositif. L'objet, économe en énergie, affichait un petit trois à côté d'une icône totalement désuète symbolisant un combiné téléphonique vieux d'un demi-millénaire et une enveloppe avec le chiffre un sans aucune autre information.

La Magistre posa son pouce sur l'interface. L'appareil demanda, à l'écrit, si elle souhaitait rappeler la Yasard Jestak Kahina. Elle indiqua que non en appuyant sur la croix. Lorsque le message apparut enfin, le lieutenant se permit un léger :

« Vous pouvez tout de même accepter l'idée que cette technologie archaïque est bien loin d'être intuitive...

— Allez me chercher Serge, articula Amalia pour toute réponse. Nous avons un problème. »

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