Chapitre 14 - Une mauvaise information - Partie 3

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« Allez, descends, Gamine », souffla-t-Grimm, sur le seuil de la porte.

Il délogea l'enfant du creux de son épaule et la déposa au sol. Elle avait l'air d'aller mieux.

« Pff, j'ai perdu des fleurs sur le chemin », marmonna-t-elle en s'engagent à l'intérieur.

Elle s'immobilisa brusquement et lâcha un cri de surprise horrifié. De l'autre côté de la pièce, gisait le corps d'un homme, mort – ou tout comme à en juger par la forte odeur ferreuse qui saturait l'atmosphère. Grimm, au même instant, sentit un un charme-piège se déclencher. Il empoigna Faï par le bras et la ramena contre lui alors que les sortilèges de protection en veille dans son mécartifice les enveloppaient tous deux. Ils les sauvèrent de la puissante lame de magie qui dévasta le mobilier spartiate du logis. Tous les bouquets de Faï volèrent en tourbillon de pétales.

Une seconde de plus suffit à Grimm pour comprendre que tout transfert, même autonome, avait été bloqué.

« Ne bouge plus ! » cria un homme en faisant irruption dans son champ de vision.

Concentrateur actif, prêt à tirer, le soldat portait l'uniforme de l'Armée Fédérale. Trois autres P.M.F. déboulèrent dans la pièce. Grimm, le bras organique toujours en travers du torse de Faï qui gémissait d'effroi contre lui, les fit tous deux reculer contre le mur. Il pointait son mécartifice, amorcé d'un sortilège, vers les assaillants.

« Vous avez failli tuer la gamine ! s'insurgea-t-il.

— Ta gueule. Restes où tu es, ordonna la femme la plus proche de leur position.

— Qu'est-ce que vous nous voulez ? On n'a rien fait de mal !

— Joue pas à ça avec nous, méca. On sait que t'es une Veste Grise. Baisse le bras et rends-toi !

— Et lui, il s'est rendu ? » grogna Grimm en désignant du menton le corps désarticulé de l'autre côté de la pièce.

Avec la pénombre, il ne parvenait pas à identifier le cadavre, mais il devinait sans difficulté l'histoire. Les P.M.F. avaient dû choper l'un des membres de sa cellule. La suite s'était jouée à la torture.

L'escouade en face n'avait pas l'air de savoir à qui ils avaient affaire ni qui était Faï, donc le macab ne devait pas faire partie de la garde rapprochée d'Etzel. Il avait dû cracher quelques-unes de leurs planques et, par malchance, les P.M.F. avaient jeté leur dévolu sur celle-ci.

Grimm déglutit avec difficultés. Faï prit une inspiration tremblante.

« Bouche-toi les oreilles et accroche-toi bien, grogna-t-il à son attention, à mi-voix.

— Allez mon gars, fait pas le con... »

Grimm baissa lentement son mécartifice... et tira. L'explosion fissura la grande roche monolithique sur laquelle était érigée la bergerie. La bâtisse trembla alors que son sol s'effondrait. L'Ordre ne choisissait pas ses planques sans porte de sortie et celle-ci tenait du grandiose. Le refuge était construit au sommet d'un gouffre chapeauté d'une plaque de granit naturel. En un clin d'œil, la masure tout entière bascula dans un abîme de près d'une centaine de mètres.

Grimm, alors même qu'il tombait, Faï solidement cramponnée à lui, activa les protections d'urgence de son mécartifice pour éviter de se prendre des décombres de l'éboulement. Il usa de plusieurs sortilèges pour amortir leur chute et les diriger vers le côté de la grande la cavité. Ils se posèrent quelques secondes plus tard, à distance des gravats et de la poussière. L'ouverture, au-dessus d'eux, n'apparaissait que comme un lointain cercle lumineux.

« Il fait noir », gémit la petite voix de Faï, déformée par la peur.

Grimm plaqua sa main sur sa bouche un peu brusquement. Tendu, il écouta le silence, encore ponctué des sons mats des dernières pierres s'écrasant au sol. Les P.M.F. semblaient hors de portée... si toutefois ils avaient survécu.

« Ne fais pas de bruit, murmura-t-il à l'enfant. Ne me lâche pas, on va se transférer. »

Quelques soient les artefacts utilisés par l'armée pour interdire le transfert dans la zone, leur influence ne descendait pas si loin sous terre. Faï prit précipitamment sa respiration et Grimm les transporta hors du gouffre.

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