Chapitre 14 - Une mauvaise information - Partie 2

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Le torrent cascadait à flanc de montagne jusqu'à s'épancher dans un petit bassin naturel, une retenue d'une ondée limpide et glaciale dans laquelle Faï barbotait depuis une vingtaine de minutes.

Grimm, perché en haut d'un enchevêtrement de roches sombres, observait la fillette courir sur l'étroite rive caillouteuse, se jeter dans le lagon, nager jusqu'à la chute et jouer entre les trombes d'eau. Elle criait et riait quand le flux irrégulier se déversait son flot froid sur elle.

Etzel, un mois plus tôt, s'était rendue à l'évidence : la fuite sans fin qu'ils imposaient à la gamine allait la tuer. La petite avait besoin de repos. La sorcière avait donc pris la seule décision décente possible : scinder la cellule en deux et laisser l'enfant se remettre des mauvais traitements qu'ils lui avaient fait subir. Elle avait confié leur otage à Grimm qui, depuis, habitait la bergerie d'alpage avec Faï.

Ils avaient beau se rendre à la cascade tous les deux jours pour que la gosse puisse se laver, elle ne semblait pas se lasser de cette baignade. L'excursion, l'une des rares qu'il se permettait en dehors de l'abri, rompait la monotonie et l'ennui de leurs interminables journées de planque.

Le sorcier s'étira et se leva. Le soleil de cette fin d'été engourdissait ses sens d'une langueur agréable. Lui aussi appréciait la sortie.

« Gamine, on se rentre !

— Naaaan ! protesta Faï. Vient plutôt te baigner Robot !

— J'ai dit : on se rentre. Ne m'oblige pas à venir te chercher », gronda Grimm sans parvenir à dissimuler son sourire en coin.

Elle lui jouait cette scène à chaque fois.

« T'as peur de rouiller, c'est ça ?

— Peur ? Moi ? Jamais ! » rétorqua l'homme avec un rire.

D'un geste du mécartifice, il lança un petit sortilège qui eut pour effet de détourner l'eau de la cascade et d'éclabousser copieusement Faï. Elle cria de surprise, et, ravie, chercha à l'arroser à son tour, mais le mécamage, perché sur son rocher, était hors d'atteinte.

« Aller, sort de là où c'est moi qui te fait sortir, Gamine »

Faï lui tira la langue et plongea pour éviter les projections d'eau. Le sorcier soupira. Ils ne pouvaient pas se permettre de rester si longtemps à découvert. L'armée, depuis les derniers éclats de Fillip en Thessalonique, avait resserré sa surveillance sur la région.

Grimm esquissa quelques mouvements, du bout de ses doigts d'acier. Faï s'éleva lentement hors des flots, criant et protestant de toutes ses forces. Le sorcier ignora ses objections et la fit venir jusqu'à son promontoire. Elle se retrouva sèche et habillée de propre lorsqu'il la déposa délicatement devant lui.

« J'aime pas quand tu fais ça, grogna la fille, les bras croisés et dents serrées, sans le regarder. Déjà, je peux marcher, ensuite je sais m'habiller et me sécher toute seule.

— T'as qu'à obéir plus vite, Gamine, on en a déjà parlé. »

Sans attendre de réponse, il se détourna et se dirigea vers la bergerie. Le trajet prenait une demi-heure, à travers le plateau pelé par les vents d'altitude.

Faï poussa un énorme soupir, ramassa la besace qu'elle avait abandonnée sur la berge avant de se baigner et lui emboita le pas. Très vite, elle lui passa devant et s'éloigna en papillonnant de droite à gauche à la recherche de fleurs sauvages. Elle composait un bouquet à chacune de leurs sorties, si bien qu'il n'y avait plus un seul récipient dans la bergerie qui n'accueillît pas sa petite touffe de végétation colorée.

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