Chapitre 14 - Une mauvaise information - Partie 1

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Jestak leva les yeux vers l'imposante façade du Palais des Présidents. Le siège du gouvernement fédéral, au cœur de Stuttgart, dominait de ses pierres millénaires le parvis d'une immense place pavée ornée en son centre d'un obélisque brisé.

L'humaine, mal à l'aise, tordit son cou vers l'arrière pour observer la devanture chargée de mascarons, de bas reliefs et couronnée d'antiques statues qui semblaient porter leur regard condescendant sur toute la cité.

« Madame ? » interpella de sorcier qui l'escortait.

Il avait déjà atteint les grilles dorées de la cour d'honneur et revint sur ses pas, pressant.

Jestak, en dessous du capuchon qui dissimulait en partie son visage, lui adressa un sourire tendu en détachant ses yeux de la débauche architecturale. Le soin que les instances de ce pays prenaient à se tenir à distance de leurs concitoyens la laissait dubitative. Dans les congrégations humaines, la politique s'exerçait dans les Communs, au cœur des lieux de vie et d'échange... Comment les sorciers pouvaient-ils interpeller leurs dirigeants avec une place pavée, des grilles, une cour intérieure et des mages armés pour les séparer ?

La Yasard garda ses réflexions pour elle et accéléra le pas pour rejoindre son guide. Le pauvre gars, apprenti bâtisseur en charge de la maintenance des phytoligocomplexes, ne cachait pas sa nervosité. Jestak lui était tombée dessus et l'avait convaincu, en le menaçant de demander à la Fédération de rompre son contrat, de l'amener immédiatement jusqu'à Stuttgart.

Elle devait parler aux Présidents sorciers, sans délai.

Le déplacement s'était révélé éprouvant : le sorcier n'ayant encore jamais eu à transférer une personne dénuée de magie, la Yasard avait rendu l'intégralité de son déjeuner sur le sol de la ruelle où ils étaient apparus, ainsi que sur le pantalon du malheureux stagiaire.

Jestak jeta un dernier regard vers la grande place, puis rejoignit le Palais en resserrant les pans de sa cape empruntée à son jeune accompagnateur pour plus de discrétion. On les arrêta à peine la porte d'entrée franchie. L'apprenti bafouilla quelques mots d'excuse précipités. La Yasard prit la main sur la conversation, soutenant le jugement un brin méprisant du soldat qui les questionnait.

« Il y a eu un souci aux Phytoligocomplexes...

— Aux quoi ? » coupa l'homme.

Jestak retint un soupir agacé et, à regret, déclina son identité.

« Je suis Jestak Kahina, Yasard de la Congrégation d'Égée et, avant que vous ne fassiez étalage de votre ignorance, les Yasard humains sont l'équivalent de vos Présidents. »

La comparaison lui écorcha la bouche, mais provoqua l'effet escompté : le soldat, sans se départir complètement de son air dubitatif, les conduisit dans une petite salle meublée d'une plante verte, d'une table et de chaises. Deux verres d'eau les attendaient sur le plan de travail. L'apprenti, étonné de ne pas s'être fait refouler, s'installa du bout des fesses sur l'un des sièges alors que Jestak s'assit près d'une des hautes fenêtres et perdit son regard vers l'extérieur. Des militaires effectuaient une manœuvre de relève, dans la cour d'honneur. La femme ferma les yeux quelques secondes, soupira pour chasser sa tension, puis sortit son téléphone et pianota un message à destination de ses pairs. Elle était chez les sorciers. Elle attendait.

Sans surprise, Amalia Elfric entra dans la pièce moins d'une dizaine de minutes plus tard. Cette femme faisait office de référence pour tout ce qui touchait aux affaires humaines et Jestak avait eu l'occasion de collaborer avec elle à plusieurs reprises, dans le cadre de la reconstruction des phytos. La Yasard se défit de la cape qui la dissimulait et la rendit à l'apprenti, en s'avançant vers la sorcière.

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