25 : Poids des serments

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La chaumière ne payait pas de mine, comme la plupart des habitations qui l'entouraient. Même le château qui surplombait le village depuis sa motte castrale, semblait suinter d'un aura lugubre.

Godwin poussa un gémissement de douleur, et l'ancienne thraell lui jeta un regard inquiet. Il avait perdu beaucoup de sang : un fluide rougeâtre s'étendait sur sa cuirasse, maculant les vêtements de Theodore qui maintenait péniblement le saxon en selle. Ils avaient pris soin de bander sa blessure avant de partir. Lorsqu'ils s'étaient rendu compte que cela ne suffirait pas à arrêter le flot pourpre, ils avaient recousu tant bien que mal la plaie. Après quoi, ils avaient pris la route.

Eldrid mit pied à terre pour aider le jeune garçon à faire descendre le soldat du destrier. Godwin chancela, et ils ne le stabilisèrent qu'avec peine, progressant vers la porte à une lenteur exaspérante.

— Edmund ! cria Theodore en tambourinant contre le panneau de bois branlant. Edmund !

Après maints appels, la porte s'ouvrit enfin. Eldrid n'avait pas vu Edmund depuis des années, et elle eut du mal à le reconnaître. Ses cheveux avaient poussé, s'emmêlant en une crinière brunâtre. Ses traits amaigris faisaient saillir sa mâchoire et ses pommettes, creusaient ses joues. Ses yeux d'un brun terne se retrouvaient emplis d'une lueur terrifiante.

À ses côtés, Theodore s'était figé, blême, une expression de stupeur sur le visage. Ses yeux parcouraient la silhouette du soldat en un examen bref, et un hoquet de surprise lui échappa. Eldrid suivit son regard, rivé à la jambe d'Edmund. Elle s'arrêtait en haut de sa cuisse.

— Que... que... bredouilla Theodore.

— Il ne vous a rien dit. Ce lâche ne vous a rien dit, fit-il en regardant Godwin.

Même la voix, autrefois profonde et calme, avait changé en un souffle éraillé. Eldrid sentit la main de Godwin se crisper sur son avant-bras, avant d'entendre un gargouillis inintelligible lui parvenir.

— Godwin a besoin d'aide, laissa-t-elle tomber. Nous avons été attaqués par des Danois, et...

— Et vous êtes venus me voir en pensant que je pourrais le sauver miraculeusement ? Je ne peux rien pour vous. Je n'ai que faire de cette guerre.

Il y avait tant de rage dans son ton qu'Eldrid perdit contenance. Elle percevait la respiration de Godwin, rapide et faible, et elle s'accrocha de toutes ses forces à ce son. Les siens se porteraient bien mieux si le soldat succombait. Elle-même avait haï le soldat saxon. Elle ne pouvait pas prétendre l'aimer, pourtant, elle ne pouvait se résoudre à le laisser mourir.

Elle avait besoin de lui pour survivre en territoire saxon.

— Edmund, fit Theodore d'une voix suppliante. Je ne sais pas pourquoi tu ne veux plus entendre parler de la guerre, mais tu ne peux pas laisser...

— Il mérite ce qui lui arrive.

Theodore le fixa un long instant, stupéfait. Eldrid, elle, réfléchissait à toute allure.

— Je n'ai aucune raison de sauver Godwin, finit-elle par dire. Strictement aucune. Il a massacré les miens. Il est égoïste, colérique et arrogant. Mais il fait de son mieux, et sans lui je ne serais plus en vie à l'heure qu'il est. J'ai une dette envers lui, et il est hors de question que je le laisse mourir. Si tu ne le fais pas pour lui, fais-le pour moi et pour Theodore.

Edmund la contempla un long instant, avant que son regard ne se porte sur Godwin.

— Entrez, fit-il en s'effaçant pour les laisser passer.

~*~

Appliquer un cataplasme, soutenir un instant le regard trouble de Godwin qui croisait le sien, serrer sa main, lui donner à boire, lui enjoindre de se reposer, l'observer sombrer dans un délire fiévreux. Eldrid agissait mécaniquement, geste après geste, heure après heure, puis jour après jour.

Thraell 2 : Jusqu'à ce que sonne GjallarhornLisez cette histoire GRATUITEMENT !