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Je réponds tout de même à un maximum de questions, j'en pose également à Boris qui gère le mieux cette matière, j'essaie de stimuler ma concentration, ma mémoire et mon intérêt, d'intégrer Pauline à nos révisions mais après seulement trente minutes, Pauline se lève, marche en direction de la salle de bain et revient cinq minutes plus tard avec deux bols en silicone, de différentes mixtures.

- Je crois qu'il est l'heure de se faire plaisir ! S'exclame t-elle avec son enthousiasme retrouvé.

Boris met de l'ordre dans ses feuilles, les range, il ferme sa pochette, je me pince les lèvres. On se met en tailleur au milieu du colossal carré rembourré. Pauline scrute nos différentes peaux, explique ce qu'il y a dans chacun des bols et demande nos avis :

- Dans le bleu il y a une cuillerée à soupe de miel de tilleul, un jaune d'œuf, une cuillerée à soupe d'huile d'olive et une pincée de curcuma pour la bonne mine. C'est un masque apaisant et hydratant, qui est de préférence pour les peaux sèches. Dans le bol jaune il y a un avocat, un blanc d'œuf, et une cuillerée à soupe de jus de citron. C'est un masque astringent et matifiant, idéal pour les peaux grasses. Vous savez sûrement que le blanc d'œuf contient une enzyme appelée lysozyme qui agit comme antibiotique sur la peau en s'attaquant aux bactéries et impuretés responsables de l'apparition des comédons. Je pense qu'Arthur a la peau grasse, comme moi. Boris, le bol parfait pour toi serait le bleu. Ce n'est que mon avis, vous faites ce que vous voulez, c'est votre ressenti !

On s'accorde, entre hommes, à affirmer à Pauline notre accord quant à sa suggestion.

On se met tou.te.s les trois les un.e.s derrière les autres, attendant notre tour pour savonner nos pattes humaines. Les mains toutes propres, Pauline les enfouit dans le bol de silicone couleur bois à l'intérieur et bleu à l'extérieur, et étale le masque au miel à Boris. Pendant qu'il a les yeux fermés, je lui demande ce qu'il pense du nouveau proviseur et de son initiative pour la fin d'année. Il me répond qu'il apprécie cet homme, qu'il est discret et maladroit :

- Le peu de fois où il se montre aux élèves, il laisse paraître son manque de confiance en lui donc certain.e.s adolescent.e.s profitent de sa « faiblesse ». C'est vraiment dommage parce qu'il semble intelligent, il a de bonnes idées et il a pas mal d'autodérision.

- Moi je ne le sens pas, je suis sûre que c'est un type malveillant derrière ce personnage « faible » qu'il laisse paraître.

- Je pense que tu te trompes Pauline. Ce monsieur débarque alors que l'équipe pédagogique est déjà formée, se connaît depuis plusieurs années. Il parle peu, se montre peu et paraît peu sûr de lui car je pense qu'il a peur de Mme Goliat. J'imagine qu'il est difficile d'être sous la direction de cette dame pleine d'ambition et de volonté de contrôler absolument tout. Son projet de fin d'année qui consiste à résoudre une enquête criminelle, je trouve que c'est plutôt bien ! Je m'exclame.

- C'est bien la première fois que tu défends un humain ! Et concernant les « spectacles », c'est bien aussi ? Rétorque t-elle.

- Je suis juste. Je sais reconnaître quand les gens sont bons. C'est très rare, en effet, mais tout de même. Il oblige chaque classe à faire une sorte de spectacle pour synthétiser l'année, pour animer sa soirée, pour que les élèves assimilent mieux certaines choses. C'est plutôt pas mal.

- Moi je crois surtout qu'il fait tout ça parce qu'il vise le poste de directeur quand Mme Goliat partira en retraite. Intervient Boris.

- Peut-être que tu as raison, mais ça n'empêche que son activité soit bien.

- Et voilà ! S'exclame Pauline, finissant de poser le masque de Boris.

Boris la remercie et plonge ses mains dans le bol jaune.

- Approche fripouille. Demande mon ami.

J'approche, toujours en tailleur. Il ne perd pas de temps et applique lentement le mélange verdâtre sur ma figure.

La froide mixture m'apaise.

- Tu as une peau de bébé.

- Merci ! Je réponds.

Je ferme les yeux, me détends.

- Il faut que je vous dise quelque chose...

J'ouvre les yeux, le regardant, impatient. Je vois dans mon champ de vision que Pauline le fixe également.

- Vous vous souvenez de mon objectif ?

- T'as déjà eu un objectif, toi ? Demande Pauline en souriant.

- Très drôle.

- Quel objectif Boris ? Je questionne.

- Vous m'aviez donné une liste de mots à dire pendant l'amour, ou plus précisément... à terme.

Pauline fouille son bureau, tout en laissant ses pieds sur l'immense lit. Sa souplesse m'étonnera toujours.

- Tu veux parler de ça ? Dit-elle montrant de l'encre verte sur une feuille bien trop colorée pour lui appartenir.

- Précisemment. Babille le concerné.

- Oui, ma tante m'avait donné un bloc Diddle, de sa jeunesse. Ne sachant pas quoi en faire, ce cahier m'a servi de brouillon ! Ajoute t-elle, voyant mon regard étonné.

La belle brune dépose la feuille au milieu de nous trois. Je regarde avec un peu plus d'attention ce qu'a écrit mon amie et en effet je me souviens : lors d'une sympathique soirée, après des heures et des heures de dialogues et trialogues ininterrompus sur tous sujets confondus, Pauline a lancé un défi à Boris, celui de dire un mot de la liste (qu'on a tou.te.s les trois écrit) à une conquête pendant une éjaculation.

- Attends est-ce que ça veut dire que depuis septembre dernier tu as eu au moins dix personnes différentes dans ton lit ?

- Je crois bien que oui. Répond-il.

- Salopette, isomère, orange, ose, gourde, plante, titre, burette, prise, peinture. Il y a bien dix mots, pour dix conquêtes. Informe-t-elle.

Je fourre mes doigts dans le bol jaune, maintenant que ma face est entièrement tartinée, je masse maintenant le visage de Pauline.

- J'ai fais un prix de groupe, j'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur.

- Ah non c'est de la triche si tu dis plusieurs mots à une même personne ! Je réplique.

- Non, j'ai dit un mot de la liste, lors d'un ébat où il y avait plusieurs personnes qui participaient.

- Coquin. Je réponds, pendant que Pauline glousse en nous regardant d'un air libidineux.

- J'espère qu'iels n'ont pas trop pris peur.

- Non ça va, toutes les personnes à qui j'ai fait ça ont rigolé au final. Alors qu'au début, soit elles ont fait mine de ne pas avoir entendu, soit elles se sont stoppées net, soit elles l'ont mal pris. Notamment pour « gourde », « ose » et « plante » ! Merci Arthur ! Dit-il en riant.

Je rigole à mon tour.

Héliosexuel [TERMINÉE]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !