24 : Entre feu et glace

698 104 35

Godwin poussa un juron, repoussant l'épée qui tintait contre son glaive.

Sa lame traça un arc de cercle, passant la garde de son adversaire. Mais son arme lui échappa, d'un puissant coup porté par le Danois qui lui faisait face.

Godwin recula pour éviter la lame qui fusait vers lui. Il hésita un bref instant à plonger au sol pour récupérer son glaive, avant de renoncer devant le danger que représentait l'arme de son ennemi. Un seul moment d'inattention, et cela en était fini de lui.

Le Saxon recula encore, esquivant les coups qui s'enchaînaient tout en cherchant une improbable arme des yeux.

À la place, son regard n'accrochait que des corps sans vie, des objets arrachés à leurs propriétaires éparpillés sur le sol, des habitations en flammes. Les villageois se défendaient du mieux qu'ils le pouvaient, avec cette hargne qu'éprouvent ceux qui voient leur vie réduite en cendres devant leurs yeux.

Il se figea tout à coup devant la scène qui se déroulait à une centaine de mètres de lui. Un homme du Nord tenait entre ses bras un corps. Un corps qu'il aurait reconnu entre mille.

Eldrid.

Son cœur rata un battement.

Eldrid, aux mains de l'ennemi.

Le cri de rage et de haine qu'il allait pousser se mua en hurlement de douleur. Son regard tomba sur la lame qui perçait son flanc. Il chancela, avec la vertigineuse sensation de se retrouver au bord d'un précipice. Un gouffre sans fond et glacé, terrifiant, où, suspendu par le fil de cette épée, il allait tomber d'un instant à l'autre. Sa vision se brouilla, le temps d'apercevoir l'arme se retirer de sa chair.

— Mon seigneur !

Le regard mordoré de Theodore, une cascade de cheveux roux et d'éphélides. La main du garçon lâcha l'arc qu'il tenait, pour agripper son bras dans une vaine tentative de le maintenir debout.

— Eldrid, articula Godwin dans un râle.

Puis ses genoux heurtèrent le sol, et le monde s'effondra dans les ténèbres.

~*~

Eldrid voguait dans un océan en furie. Après la morsure des flammes, les embruns glacés qui frémissaient sur sa peau étaient d'un doux réconfort. Les vagues la soulevaient en de lents roulis, elle flottait, se laissant porter. Loin, très loin.

La peur monta en elle, brutalement. Si elle quittait le rivage... Elle ouvrit les yeux, le temps de croiser le regard d'orage d'Erling Bjarnason.

Un sourire glissa sur les lèvres de la thraell. Il était là. Elle n'avait pas à avoir peur.

Elle referma les yeux.

— Eldrid, fit une voix indéfinissable. Es-tu avec nous, avec les danois ? Eldrid ?

Elle aurait voulu répondre, de toute son âme. Les mots lui brûlaient la gorge, mais ses lèvres étaient scellées par une chape de plomb.

— Tu m'as trahi, maugréa alors la voix d'Erling Bjarnason.

Un ton lourd, d'une amertume colérique qui enflait comme des nuages gorgés de pluie. Un froid insidieux la pénétra, la glaça jusqu'aux os, et elle eut la certitude qu'elle serait à jamais emprisonnée dans l'obscurité la plus profonde. Elle secoua la tête.

— Eldrid !

Les ténèbres se déchirèrent.

— Eldrid... Eldrid !

Elle ouvrit les yeux une seconde fois. Le regard gris d'Erling Bjarnason avait fait place à des yeux mordorés, entourés d'une crinière de feu. Encore du feu...

Thraell 2 : Jusqu'à ce que sonne GjallarhornLisez cette histoire GRATUITEMENT !