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Arrivé.e.s dans sa belle et grande demeure, nous sommes forcé.e.s de constater que ses parents ne sont pas couché.e.s. On fait donc une partie de Dispergo Bézoard, la famille Godès adore ce jeu.

On s'installe alors tou.te.s à l'intérieur du plateau géant qui nous fait croire que nous sommes dans une jungle, chacun.e de nous prend un robot de couleur chaude qui va avancer selon ce que dit les dés et selon la force physique de l'humain illusoire.

Le but du jeu est de rendre la potion « Dispergo Bézoard » à la salvatrice du continent. Pour ce faire, notre robot doit être chouchouté, aller sur des cases « SOMMEIL », « EAU », ou bien « NOURRITURE » pour recharger ses batteries. Si ces cases ne sont que trop peu souvent atteintes, notre robot va avancer plus lentement. Plus il est lent, plus le temps passe, plus des êtres humains (fictifs bien sûr) meurent dans d'atroces souffrances. Il faut donc aller vite, très vite. Certains animaux de la jungle qui apparaissent aléatoirement peuvent aussi nous ralentir. Chaque animal a ses caractéristiques, mais elles ne sont pas dites dans les règles du jeu, il faut donc se renseigner avant pour les maîtriser, sans les tuer ou les blesser.

J'aime, moi aussi, beaucoup ce jeu de société moderne, complexe, ludique et altruiste ; malheureusement je ne suis pas très doué, je perds assez souvent. Le meilleur à ce jeu est Sébastian, le père de Pauline. Ce monsieur est très ouvert d'esprit, ce qui le rend furieusement affriolant, j'avoue.

Le moins bon est... moi, je suppose. Boris me suit de très près.

Le robot qui a perdu est celui qui est de couleur froide : il se désintègre donc et annonce la fin de la partie.

Pour cette partie, c'est moi qui ai perdu. Pauline me taquine et dit au revoir à ses parents. Elle prend Boris sous le bras, il la suit, je fais de même et on va se coucher.

On passe tou.te.s les trois par la case douche, on ressort en grenouillère on se met sous les draps de l'immense lit de Pauline. Je sors mon Modus Polytrophone et je lance notre jeu phare: Le Trycatus. Une musique ou une simple mélodie se fait entendre, et le.a gagnant.e est le.a plus rapide à trouver de quoi il s'agit. A ce jeu, c'est Pauline la meilleure. Je suis plutôt bon aussi.

Boris sort maintenant une pochette dans laquelle il y a toutes nos leçons (de seconde, première, terminale) de Mathématiques. Il nous interroge sur chacune des parties de chacune des feuilles. Pauline baille, je me ronge les ongles, je sens ma concentration partir. Il suffit d'une révision pour que mon cerveau se pose toutes les questions existentielles et (in)utiles que j'ai accumulées dans ma vie.

"Si l'on incise un testicule, que coule t-il en premier, du sang ou du sperme ?"

"Si je mets un artichaut au milieu du pôle Nord, il devient artifroid ?"

"Pourquoi le mot "séparé" s'écrit t-il tout attaché, tout ensemble, alors que les mots "tout ensemble" s'écrivent séparément ?"

"Officiellement, le melon est une entrée ou un dessert ?"

"A l'époque, le poteau faisait-il partie intégrante du panneau ou était-il seulement une pièce ajoutée pour soutenir le support ?"

Pourtant je sais que c'est important. Je suis certain que Pauline prend aussi ces révisions au sérieux. Demain, on a une interrogation pour une simulation de bac. Depuis petit je grandis dans une société qui m'encourage à être moi-même et à faire ce que je veux, dans la limite du raisonnable. Depuis petit, je me réprimande lorsque je n'ose pas faire quelque chose que je souhaite (vraiment) faire, ou que je ne pousse pas les murs pour atteindre mon objectif. Ma devise a toujours été «si tu ne peux pas rentrer par la porte, passe par la fenêtre» et le fait de délaisser mes révisions serait un échec, contraire à ma volonté première. Ce fait remettrait en question toute ma vie, ce fait laisserait la possibilité d'altérer un examen. J'ai toujours tout fait pour ne pas avoir de regrets, pour réussir et entreprendre les choses qui me tenaient à cœur.

Quand il s'agirait de faire quelque chose pour environ cinquante années de mon existence, je ne serais plus en mesure de le contrôler ?

Non. Je ne veux pas. En même temps, je m'ennuie à mourir. Boris essaie de prendre les choses en main, de nous faire réviser de façon ludique, de nous faire rire, mais rien n'y fait.

Héliosexuel [TERMINÉE]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !