Chapitre 6 : Messe en mode Mineur

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5 jours plus tard, Étienne sort à nouveau du coma, à la plus grande satisfaction de la famille Maheu, qui l'a pour ainsi dire adopté. En effet, quand le bail de sa cellule individuelle d'accommodation a expiré et qu'il lui a fallu trouver une chambre, Maheu senior s'est tout de suite proposé de l'héberger chez lui. Un couvert de plus ou de moins, quand on est si nombreux, ça change pas grand-chose. Surtout quand le nouvel arrivant participe aux charges du foyer.

Pour fêter le second retour d'Étienne au pays des vivants, Maheu senior a rassemblé une foule immense « chezRasseneur ». L'ancien mécanicien de bord le mérite. Il leur porte chance.

— Pour Étienne, hip hip hourra ! clame Maheu en levant son verre de « pisse ».

— Hourra ! répondent les autres en chœur.

— Étienne est un survivant, comme grand-père ! Déjà deux fois qu'il échappe au coup de grisou ! enchaîne Zacharie.

— Faudrait pas qu'il fasse mieux que trois. J'ai ma réputation, braille Bonnemort, ce qui a pour effet de provoquer l'hilarité du public.

— Étienne est béni par la main invisible ! Il nous a sauvé du grisou, tous ! Si on est là à fêter son réveil, c'est grâce à lui. On aurait dû tous y passer.

— Merci. Merci. Mais c'est pas moi, se défend-il.

— Ne sois pas modeste, mon gars. Tu as le don. Tu as conjuré la main invisible et elle nous a protégés des radiations.

— C'est pas aussi simple, tente-t-il d'expliquer.

— Sur le trône, réclame Maheu, sur le trône !

Zacharie et d'autres ouvriers soulèvent alors Étienne par les épaules et les jambes et le portent sur le comptoir. D'autres poussent les chopes et aident l'invité d'honneur à monter sur le zinc.

— Un discours, un discours, crient les Maheu.

Étienne esquisse un sourire timide :

— Mais... Je... J'ai trop bu...

— Un discours, reprend la foule en délire, un discours !

— Puisque vous insistez.

Le public se calme et écoute la voix d'Étienne, qui, prend du volume et de l'assurance au fur et à mesure que les mots sortent de la bouche. L'alcool aide le Mineur à dépasser son trac. Puis, il se rend compte que les gens boivent ses paroles plutôt que leur bière. Il se met alors à raconter ce qu'il a vécu en bas. C'est une expérience tellement incroyable qu'il n'aurait pas osé la partager si les ouvriers ne lui avaient pas forcé un peu la main.

— Ce que je vous dis est vrai. Je n'ai pas rêvé. Ce n'est pas le délire d'un fou ou d'un gars drogué par les anti-douleurs. C'est vrai que dans un premier temps, mon cerveau a fait pschiit... Ça a été le noir, comme si je m'endormais d'un coup d'un seul. Mais après... J'avais beau être dans le coma pour les toubibs, j'étais ailleurs.

— Au paradis des Mineurs, lance Bonnemort, en rigolant.

— Non, mieux que ça. Un autre monde, une autre planète. J'étais sur la planète Marx ! La planète rouge !

— Hooo, fait la foule, intriguée par l'accent si sincère d'Étienne.

— Je vous jure. C'était il y a longtemps, dans une galaxie loin d'ici. Marx était habitée. Par les Marxiens. Des êtres semblables, égaux les uns aux autres, travaillant tous pour le bien commun. C'était le paradis, mais un paradis terrestre.

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