Chapitre 11 - Élias (Partie 2)

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Sa mère réprimandait son père - il n'avait pas idée de s'exciter de la sorte pour quoi que ce fût et encore moins avec cette météo ni avec l'état de ces routes. Autoritaire, elle lui claqua de se concentrer sur le trajet, qu'il était déjà bien assez pénible sans avoir à le faire à pieds et c'était tout ce qu'ils risquaient s'il continuait de remuer de cette façon sur son siège comme un vermisseau au bout d'un hameçon...

Élias n'écoutait plus ses parents. Une nouvelle fois, il s'était isolé de l'agitation qui régnait dans l'habitacle pour s'évader dans son univers merveilleux. Las des plaintes et de la colère exponentielle de ses parents, il n'osait pas bouger, mais malgré lui, il lâcha :

- C'est un géant...

Il regretta amèrement ses mots à l'instant même où ils effleurèrent sa langue et franchirent ses lèvres pour s'envoler à l'intérieur de l'automobile. Sa mère, furieuse, les agrippa au vol et les déchiqueta en mille morceaux avant de les éparpiller au vent, parmi les flocons. Ils se dissipèrent dans la nature.

- Tais-toi Élias ! Tu nous ennuies avec tes sottises ! Il va falloir arrêter de rêvasser et te concentrer un peu plus sur ce qui est utile et sur la réalité. Lorsqu'un arbre plie et se brise sous le poids de la neige et du givre accumulés, ce n'est pas un géant qui apparaît dans les bois. Tu as compris ?

Il hocha vivement la tête, effrayé par l'agressivité de sa mère.

- Je vais finir par te confisquer tes crayons de couleurs, si tu continues de te perdre dans ces mondes imaginaires. Tu as vraiment besoin de faire du tri dans tes idées, elles sont toutes plus farfelues les unes des autres et bien loin de ce qui est important pour vivre. Je me demande où tu as appris tout ce tas d'inepties... Sûrement pas à la maison ! Je suis certaine que c'est encore cette Marie, là, la directrice de ton école. Elle est beaucoup trop laxiste avec toi. Oui, je suis persuadée que c'est elle qui te fourre la cervelle de ces bêtises ! Il est grand temps que tu grandisses...

Alors que son père s'échinait à redémarrer la voiture - elle avait calé lorsque, saisi par la surprise, il avait lâché les pédales d'un coup, Élias plongea encore une fois dans ses pensées. Il n'écoutait plus sa mère, sa voix se perdait dans les méandres de la réalité et n'atteignait plus le refuge imaginaire que s'était créé le jeune rêveur. Comme elle ne le regardait pas pendant son sermon, il se retourna pour voir l'arbre brisé, tombé au milieu de la route et dont les branches nues se recouvraient de poudreuse. Il était près et ils étaient saufs. L'arbre était vraiment proche. Quelques secondes plus tôt et ils auraient été écrabouillés. Ils avaient été sauvés, miraculeusement.

Le géant est passé par-là, c'est sûr. C'est lui qui nous a sauvés in extremis. Il traversait la forêt et a renversé un arbre par mégarde. Il nous a vus sur la route. Il a eu peur que le tronc nous tombe dessus et il s'est précipité pour nous sauver. Le sursaut de la voiture, c'était lui. C'est sûr. Il a attrapé notre auto de sa main gigantesque pour nous mettre un peu plus loin sur la route. Oui, oui. C'est sûr.

Le soubresaut du démarrage de la voiture surprit le jeune rêveur qui sursauta. Son père soupira de soulagement, il n'avait pas envie d'entendre sa femme râler s'ils avaient dû finir la route à pieds sous la tempête. Il redressa la voiture et reprit une allure raisonnable pour rentrer chez eux.

Élias continuait de fixer l'arbre. Malgré les protestations agressives de sa mère, il ne bougea pas, happé par ses souvenirs de lectures. Il regardait les branches se fondre dans la neige, puis l'obscurité les avala. Les flocons enseveliraient rapidement l'arbre au rythme où ils tombaient.

Comme dans ce livre, à New York...

Élias sentait que son père avait légèrement corsé son allure, pas assez pour inquiéter sa mère de son imprudence, mais suffisamment pour se rassurer. L'enfant se plaqua de nouveau contre la vitre à sa droite. Il essuya la buée qui la recouvrait et contempla la couche épaisse de sucre glace qui recouvrait l'humus de la forêt et le bitume de la route. Elle ne se dispersait plus au vent. De poudreuse, la neige était finalement devenue lourde et collante. S'ils ne se hâtaient pas à rentrer, ils resteraient bloqués au milieu de la forêt et devrait finir le chemin dans le froid, à pieds et violenté par les rafales de flocons. Son père avait raison de se hâter. Lui aussi voulait retrouver le confort de son foyer, du feu de cheminée, ainsi que la chaleur rassurante de son lit douillet.

L'Enfant-Double [En pause pour le temps du NaNoWriMo]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !