Chapitre V - Partie 6

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Gaerald sorti du véhicule, trempé et abasourdi. Le vent mordant de la montagne le faisait frissonner. Irau saisit une couverture dans son bagage et l'enroula autour du jeune homme. Quelques instants après, Lyn sortit de la calèche et bondit auprès de son maitre. En silence, Irau calma les chevaux et donna une rapide explication aux cochers sidérés. Ceux-ci hochèrent la tête et se remirent en place. Irau pris la parole d'une voix douce :
"Repartons, l'auberge ne devrait pas être très loin"
Tous acquiescèrent et reprirent leur place, plongés dans leurs pensées.

*

Le soir commençait à tomber lorsque les deux calèches parvinrent au pied de la montagne. Une grande bâtisse de pierre et de bois s'y dressait à la lisière d'un petit bosquet de conifères. Une enseigne de chêne indiquait en lettres rouges : "Relai des Roches-noires". Trois maigres chevaux attendaient dans l'écurie et une pâle lumière rayonnait par une fenêtre. Les chevaux se cabrèrent et deux palefreniers sortirent d'une annexe pour les amener vers l'écurie. Les quatre voyageurs mirent pied à terre et avancèrent vers la porte principale en bavardant. Lyn guettait les alentours en grognant. Avant d'entrer, Irau regarda l'animal et haussa un sourcil. Le loup se tourna vers elle, et entra à sa suite.

A l'intérieur du bâtiment régnait une atmosphère chaude et pesante quelques client étaient attablés. Au bar, un vieillard regardait son gobelet de bois d'un air mélancolique. Dans un renfoncement, un homme dans la force de l'âge fumait une massive pipe d'Uggr. Près d'un escalier plongé dans la pénombre, deux femmes en grandes robes émaillées discutaient autour d'un étrange plateau épais. L'aubergiste, une femme large d'épaules au regard franc, les accueillit en silence et les installa sur une table ronde, non loin des deux femmes. Geldrog s'approcha du bar pour commander leur repas.

Lorsqu'ils furent servis, Irau pris la parole :
"Gaerald... comprends-tu ?
- Non, répondit-il d'une voix caverneuse, lorsque j'ai prononcé ce mot ça a... réagi dans moi... une chose s'est comme réveillée et a... explosé.
- Tu n'es pas un simple meutier Gaerald, je le sens. Il y a-t-il une chose que j'aurais besoin de savoir pour t'aider ?
- Je sais pas...
- L'origine de ta faux par exemple..."
A ces mots Lyn grogna et lorgna Irau d'un œil sombre. Gaerald n'en tint pas compte et reprit :

"Avant de quitter Kaher-Logias, le grand maître des meutiers m'a dit que j'étais le dernier chevalier-nécromancien et m'a passé ça... j'ai pas compris grand chose d'autre.

- Gaerald, demanda la chamane, raconte moi en détail votre voyage jusqu'ici."

Il conta alors tout ce qu'ils avaient vécu. Seul Lyn remarqua les haussements de sourcil d'Irau lorsque son maître racontait les sauvetages miraculeux qu'il avait pu effectuer.
Après un bref instant, Irau hocha doucement la tête et pris la parole :

"Bien, bien... Alors reprenons depuis le début. Autrefois, il existait une secte de mages guerriers, les chevaliers-nécromanciens, qui dirigeaient et protégeaient le monde depuis leur citadelle de Kaher-Logias. Lorsqu'ils ont été trahis par les Rénégats, leur ordre fut renversé et détruit. Et quelques années après, Theobran mit fin au règne des Rénégats en détruisant leur château. Certaines rumeurs parlent d'un Rénégat qui aurait survécu. Or, ces meurtriers étaient auparavant des chevaliers nécromanciens. Je pense donc que tu est un descendant de ce Rénégat... Ce qui explique tes pouvoirs ! "

Gaerald soupira et haussa les épaules, trop fatigué pour parler. Il parcouru l'auberge du regard puis annonça :

"Bon... Je vous laisse discuter, je vais me reposer." Sur ce, il quitta la table, s'approcha du comptoir et repartit en direction de l'escalier. En regardant Irau, Morgane comprit qu'il fallait elle aussi qu'elle parte. Le dortoir commun était divisé en sortes de stalles de quatre lits. Morgane n'eut pas a chercher très longtemps pour savoir laquelle leur avait été assignée : il lui suffisait de regarder où Lyn montait la garde. Elle s'approcha de lui. Le loup se dressa alors sur ses pattes et tourna autour de la jeune fille. Après quelques minutes, Lyn se rassit et la laissa entrer, non sans demander une petite caresse.

Dans la salle principale de l'auberge, Geldrog et Irau se faisaient face, silencieux :

"Alors comme ça il sait pour nous deux, soupira Irau.

- Pas tout, répondit Geldrog, je me suis arrêté au combat contre l'élémental."

Ils redevinrent calmes. La respiration rauque du fumeur d'Uggr ponctuait le silence de l'auberge. Soudain, Geldrog se pencha sur la table et fit signe a Irau de faire de même. Ils n'étaient alors qu'a quelques centimètres l'un de l'autre. Le vieil homme prit la parole :

"Nous avons discuté avec Dorian en venant te voir, et on aimerait savoir quelque chose...

- Je t'écoute, chuchota Irau, sceptique.

- Bien, en fait, nous avons remarqué qu'en quittant les ruines, Gaerald avait pu se séparer de Lyn pendant plusieurs heures, voir jours, ce qui est très étonnant pour un meutier. En y réfléchissant, la seule explication rationnelle que nous avons pu trouver concerne Morgane... Nous nous somme dit que la garçon pourrait être son gardien...

- Ne dit pas de bêtises, rétorqua Irau, c'est déjà assez incroyable que nous ayons croisé l'enfant paix par hasard au milieu d'un convoi d'esclaves, mais de là à croire que nous sommes aussi tombés sur son gardien... Gaerald est un meutier accomplissant sa première mission, il est également l'héritier des chevaliers-nécromanciens... Ne lui rajoute pas cette charge.

- Si tu le dit, continua Geldrog, mais j'aimerais être sur... Que dit la légende à propos du gardien ?

- Eh bien... Laisse moi réfléchir, laisse moi me rappeler des textes, déclara Irau, L'enfant paix sera accompagné d'un Ange Gardien, devant l'aider dans sa mission de justice, et le protéger dans sa mission de magistrat. Le Gardien sera en mesure d'appeler les Guerriers Divins afin de lui venir en aide. Doué d'une force et d'un savoir suffisants pour accomplir cette tâche, le Gardien saura immédiatement si l'Enfant-Paix est menacé. Désolé mes talents de traductrice ne rendent pas hommage à la qualité du texte originel mais je pense que tu as l'idée générale. As-tu déjà vu Gaerald savoir à l'avance ce que Morgane ressentait... Certes il a réussi a appeler deux Guerriers Divins à son secours mais je pense plus que cela est du à son pendentif et à ses pouvoirs de chevalier-nécromancien.

- Non, en effet, je n'ai jamais eu l'impression qu'il était si au courant des pensées de Morgane. Et...

- Et... Quoi ?

- Non, laisse tomber, se ravisa Geldrog, ce n'est pas important...

- D'accord, s'étonna Irau, est-tu rassuré maintenant ? Gaerald n'est pas le Gardien de Morgane."

*

20 Septembre 2177 après Theobran

A Kaher-Logias, l'ambiance était pesante. Thomas redoublait d'efforts à l'apprentissage du combat, croyant que son évanouissement était du à sa faiblesse. Chacun de ses coups reflétait la rage qu'il portait en lui. Et chacun de ses gestes ne faisait qu'érafler le mannequin de bois, décuplant la rage du jeune homme. Malgré les enseignements d'Alhstard Munder, son maître de combat, il ne progressait pas à l'épée. Alors qu'il commençait un peu trop à s'énerver, Alhstard tonna :

"Thomas ! Viens me voir !" Le jeune homme arrêta son bras et rengaina son épée, avant de se diriger vers son supérieur, l'âme sombre. Alhstard le calma puis lui demanda :

"Thomas, comment peut se battre un meutier ?

- A pieds ou à dos de loup, avec une ou deux épées, répondit-il rageusement.

- Faux ! Tonna Munder, il existe trois autres manières de se battre, et chaque meutier doit trouver la bonne. Tu t'acharnes à l'épée mais ce n'est pas ta voie... Choisis en donc un autre, nous ferons des test.

- Si vous le dites, grommela-t-il, mais il existe quoi d'autre ?

- Tu n'as vraiment rien suivit aux débuts de la formation toi !"

Thomas marmonna dans sa barbe mais resta silencieux :

"Thomas, répondit Alhstard calmement, il existe des meutiers alchimistes, qui créent explosifs et potions afin de se battre de plus loin ; il existe des meutiers protecteurs, qui soigneront leurs camarades et leur créeront des boucliers magiques ; et il existe des meutiers stratèges, des recrues assez intelligentes pour planifier la bataille en prenant en compte tous les éléments possible... Honnêtement, je te vois bien en stratège... ou en alchimiste !"

Face au grand sourire de son professeur, Thomas se détendit légèrement et soupira :

"Bon, tentons l'alchimie..."

Chroniques de la Mâ - Partie 1/Les paladins de BhaldërusLisez cette histoire GRATUITEMENT !