SAMUEL (14) - DIX-SEPT ANS, 4 MOIS ET DEUX JOURS

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Je me réveille avec une soif tenace. Encore tout ensommeillé, je tends la main vers la bouteille qui se trouve à côté de mon lit. Vide. Je soupire et repousse mes couvertures. De toute façon, j'ai aussi envie d'aller aux toilettes. Je me dirige vers la réserve, d'un pas traînant. Nos stocks d'eau sont presque épuisés. Il va falloir que j'aille en racheter demain. Rien que d'y penser, cela me fatigue déjà.

Mes besoins étanchés, je m'apprête à retourner me coucher quand je remarque que de la lumière filtre de derrière le rideau de Ruby. Je l'entrouvre légèrement. Elle est assise en tailleur sur son lit, David profondément endormi sur ses genoux, les cheveux remontés en un chignon rapide, sans doute pour éviter qu'il ne lui tombe devant les yeux. La lecture du carnet du Prophète l'absorbe tellement qu'elle ne se rend pas compte de ma présence. Elle est si mignonne avec son petit nez froncé par la concentration. Je pourrais l'observer pendant des heures, mais après l'épisode de la photo de Polly, jouer les voyeurs ne me semble pas une excellente idée. Je toussote pour attirer son attention. Elle relève brusquement la tête, l'air inquiète. Quand elle m'aperçoit, elle pousse un soupir de soulagement.

— Ah, Samuel, c'est toi. Tu m'as fait peur.

En souriant, elle se décale pour me laisser une petite place sur le lit. Je m'assois à ses côtés.

— Tu n'abandonnes jamais, je constate en jetant un coup d'œil aux pages couvertes de gribouillis.

— J'essaye de comprendre la logique de tout ça. Ce n'est pas facile parce que la majorité de ce qu'il y a là-dedans n'est que le fruit des délires d'un cerveau malade, mais malgré sa folie, je suis sûre que le Prophète détient la solution à un certain nombre de nos problèmes.

— Ruby...

Je me fais du souci pour elle. Je doute que passer ses nuits à essayer de donner un sens aux élucubrations de Seth soit très sain pour sa psyché.

— Je ne plaisante pas, Sammy. Ce type est complètement barré, je ne prétends pas le contraire, mais il est aussi capable de tenir des propos censés. Attends !

Je retiens un nouveau soupir en l'observant feuilleter fébrilement le carnet. Les pages sont presque entièrement recouvertes de la minuscule écriture de Seth. Le moindre espace blanc a été comblé. Ça part dans tous les sens. Et elle espère me convaincre avec ça que Seth peut nous aider !

— J'ai failli passer à côté parce qu'il a réécrit en partie par-dessus, mais le texte initial est plutôt cohérent. On dirait un carnet de suivi médical. Et regarde les dates, ajoute-t-elle en m'agitant le cahier sous le nez. Tu m'as bien dit que tu avais cinq ans quand tout cela avait commencé ?

Je hoche la tête, attendant de voir où elle veut en venir.

— Et maintenant tu as dix-sept ans, je ne me trompe pas ?

— Oui. Dix-sept ans, quatre mois et deux jours.

Elle me dévisage bizarrement, mais à vrai dire, je n'y prête plus vraiment attention. Maintenant que je sais où chercher, je ne vois plus que ça. Les dates, le nom des médicaments, les symptômes... Tout correspond.

— Ce n'est pas tout, reprend-elle en m'arrachant presque l'objet des mains.

Elle tourne plusieurs pages avant de me le rendre.

— Des plans ?

Ses yeux brillent dans la faible lumière. Elle sourit, victorieuse.

— Je suis sûre qu'il s'agit des locaux de Genetech.

Je repose le calepin sur le lit. L'enthousiasme de Ruby est communicatif, mais je dois garder la tête sur les épaules. Quelles que soient les informations qu'il a en sa possession, impliquer quelqu'un d'aussi instable que Seth dans une telle opération est tout simplement suicidaire.

— Nous montrerons tout ça à Jacob demain, lui dis-je en espérant secrètement que celui-ci soit capable d'exploiter le contenu du carnet sans l'aide de son propriétaire. En attendant, promets-moi que tu vas essayer de dormir un peu. Tu vas devenir folle à force de passer ton temps le nez plongé dans les divagations de Seth.

Elle jette un coup d'œil hésitant au cahier posé entre nous. Elle, quand quelque chose l'obsède...

— Ruby... insisté-je

Elle soupire et le repousse au loin, comme pour me rassurer.

— D'accord. C'est promis.

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Chers lecteurs et lectrices, j'espère que ce nouveau chapitre vous a plu. Si c'est le cas, n'hésitez pas à voter, commenter ou vous abonner  

Le pays des enfants parfaits ( En cours de réécriture)Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant