[6] = GOD

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Ils parvinrent à leur repaire après quelques heures d'un trajet mouvementé, mais joyeux. Dust ne se lassait jamais de musique et possédait un inépuisable répertoire. Malheureusement pour Vidocq, son maître chantait faux. De fait, cette occasion démontra une fois de plus que la perception du temps se veut non linéaire et subjective.

Si l'entrée se situait à flanc de montagne, le reste de la Base s'étirait en un vaste réseau souterrain géré par une armée de drones autosuffisants. Il s'agissait d'un ancien complexe militaire que Dust s'était approprié des années auparavant, lorsqu'il avait quitté le Señor Papa Robot afin de se rendre sur Terre pour la première fois. À la lumière d'analyses satellites, Hooper avait désigné l'endroit comme le mieux situé en vue de développer leur projet de sauvetage du monde. Un intense nettoyage avait précédé l'installation finale, mais après quelques jours et le massacre de dizaines de goules, Dust et Vidocq avaient finalement pu commencer les opérations.

« Quand on y pense, lança Dust tandis que le buggy s'engouffrait à travers un tunnel secret, on vit quasiment comme des hobbits. Sauf qu'on est beaucoup plus intelligents et sexy.

— Et bien plus modestes, aussi, maître, ajouta laconiquement son serviteur.

— J'te l'fais pas dire, mon vieux. On est arrivés ! Youhou, la maison ! »

À ce cri, il coupa le moteur et bondit hors du véhicule. Vidocq déverrouilla la porte du côté passager d'une instruction à distance et le suivit. Autour d'eux s'étirait une vaste salle aux murs tapissés d'écrans, chargée d'un bric-à-brac de robots en construction, de véhicules démontés, d'armes expérimentales et de cookies. En effet, bien qu'il ne brillât pas particulièrement en la matière, Dust prenait beaucoup de plaisir à cuisiner. Il en attrapa quelques-uns, l'oeil avide et gourmand.

« Salut, les enfants ! lança Dust à des drones de passage. Papa est rentré. »

Les machines, de formes diverses et pourvues tantôt d'hélices, tantôt de réacteurs, tantôt de boucliers anti-gravité se tournèrent vers lui. Elles ne possédaient pas de capteur visuel à proprement parler puisqu'elles étaient entièrement dirigées par l'I.A. omnisciente conçue par Dust. Mais il les avait tout de même équipées d'yeux à des fins purement esthétiques.

Voilà pourquoi elles posèrent sur leur créateur un regard ahuri (le même qu'elles arboraient en permanence, en réalité), puis s'en furent sans demander leur reste.

« Haha ! s'esclaffa Dust. Vous retournez bosser, oui ? C'est bien. Je suis fier de vous, les gars ! Vous voulez un cookie ? Ils sont tout frais ! Attendez ! REVENEZ ! »

Il se lança à la poursuite des drones. En retour, ceux-ci pressèrent le rythme. Vidocq songea que vivre parmi des robots, furent-ils dotés d'yeux, dégradait sérieusement les capacités sociales de son maître. Il n'en laissa toutefois rien paraître.

Il suivit son maître d'un pas mou, non sans accorder quelques coups d'oeil alentour. Il passa près de l'unité de surveillance du Señor Papa Robot : une modélisation en temps réel affichait en l'état, l'activité et les ressources de la station orbitale. Plus loin, Vidocq aperçut un énorme ordinateur, entreposé dans une salle séparée du reste par une vitre blindée. De multiples ventilateurs et un système de refroidissement liquide tout en tuyaux conditionnaient l'air de la pièce.

« Maître Dust ? Que fait cette machine, ici ? »

Dust avait renoncé à sa poursuite, après avoir réalisé qu'il avait engouffré tous les cookies en cours de route. Le résultat de la gourmandise et de l'impulsivité, c'est qu'on se retrouvait bien souvent à avaler tout ce que le cerveau désignait comme plus ou moins comestible, parfois sans même s'en rendre compte.

Dust Ex Machina #1Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant