21 : Poids des erreurs

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Le crépuscule tombait sur la clairière. Godwin était parti chasser, et Theodore et Eldrid se retrouvaient seuls devant le feu de camp.

Les flammes traçaient un ballet hypnotique devant elle, cependant la thraell y était aveugle. Ces dernières heures, elle avait repensé sans cesse à l'affrontement qui avait opposé Godwin et les brigands. Aux quelques paroles qu'il avait échangées avec Theodore. Godwin qui n'hésitait pas à pourfendre quiconque se dressait sur sa route. Quiconque mettait en danger ce à quoi il tenait. « Parfois, les ennemis ne sont pas ceux du camp adverse ». C'étaient les propres mots du soldat saxon.

Des mots qui avaient résonné en elle, fortement.

— Theodore... Ne penses-tu pas que... la guerre, tout cela...

Elle prit une profonde inspiration tandis que le jeune homme fronçait les sourcils.

— Si tu as perdu tes parents... c'est de la faute de gens comme Godwin, qui ont poussés les hommes du Nord à les attaquer il y a quelques années. Tu ne crois pas ?

Il secoua la tête.

— Vous vous trompez. Le jour où j'ai rencontré le seigneur Godwin, mon village était en train d'être attaqué par les barbares.

— Des barbares venus se venger du mal que...

— Je ne dis pas le contraire.

— Mais alors...

— On m'a demandé d'aller prévenir le seigneur Godwin pour qu'il vienne avec des renforts, car les forces saxonnes présentes dans mon village étaient insuffisantes face à l'ennemi. Je n'ai pas été assez rapide.

Il leva vers elle un regard affligé qui lui serra le cœur.

— Si mes parents sont morts, si mon village a été brûlé et pillé, c'est de ma faute.

— Theodore...

Elle aurait voulu lui dire qu'il n'était en rien coupable, mais cela serait revenu à avouer que les barbares l'étaient.

— Lorsque je serai en âge de combattre, je vengerai les miens. J'essaierai de réparer mes fautes. Je tuerai des ennemis, et d'autres viendront pour venger ceux qui seront tombés. Vous comprenez ? Tous ceux qui sont impliqués dans cette guerre sont coupables. Qu'ils soient soldats ou non, quel que soit leur camp. Alors, cessez de haïr Godwin. Peut-être qu'au fond, il tente simplement de réparer ses propres erreurs. Même s'il ne fait que les aggraver.

Eldrid en resta sans voix, essayant de faire concilier le visage enfantin qu'elle avait devant les yeux et les paroles qu'elle venait d'entendre.

Les mots de Theodore se mêlèrent à la scène à laquelle elle avait assisté quelques heures plus tôt.

Puis, dans un fulgurant éclat de lucidité, elle comprit.

Elle avait toujours rejeté la faute de la mort d'Erling Bjarnason et des autres hommes du Nord, sur Godwin. Elle s'était fourvoyée, ou alors elle avait refoulé au fond d'elle-même l'évidence : c'était elle. C'était elle qui avait tué le Konungr et les hommes qui l'accompagnaient en Est-Anglie. Elle n'avait pas été assez rapide pour les prévenir. On lui avait donné une mission, une seule. Et elle avait échoué.

Eldrid se leva lentement. Elle avait envie de pleurer. Non. Elle pleurait déjà : elle sentait le goût salé des perles liquides sur ses lèvres. La jeune femme s'éloigna du feu de camp, passant devant le regard médusé de Theodore, puis à côté de Godwin qui émergeait des profondeurs de la forêt, un couple de volatiles à la main. Le soldat ne l'intercepta pas comme elle s'y serait attendue.

Thraell 2 : Jusqu'à ce que sonne GjallarhornLisez cette histoire GRATUITEMENT !