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Je n'ai aucun problème à assumer mon homosexualité. Depuis petit, je suis gay, mes parents le savent, mes ami.e.s aussi, je n'en ai jamais eu honte, ni peur. L'homosexualité est assez répandue dans mon entourage, la sexualité de chacun.e doit être assumée et normale. Lorsqu'elle se pratique entre êtres-vivants consentants.

C'est d'ailleurs en cours de sciences et vie de la terre, avec pour sujet la sexualité, que j'ai rencontré mes deux meilleur.e.s ami.e.s de l'époque : Boris et Pauline. La question de la génitalité et du plaisir est survenue, j'ai alors appris que ces personnes s'adonnaient à plusieurs pratiques des plus intimes.

Nous chuchotions tou.te.s les trois pour en savoir plus sur la vie de chacun.e. Le voyeurisme commence.

Boris a partagé plusieurs expériences sexuelles avec nous, c'est comme ça que l'on a appris qu'il était bisexuel. Pauline, hétérosexuelle, a elle aussi raconté ses sauvages ébats, et moi, je leur ai dévoilé ma première expérience dans ce domaine. Entre deux gloussements, la professeure a du nous mettre une heure de retenue.

Nous nous sommes tus et collés à chaque pause ainsi qu'à tous les cours qui ont suivis.

Pauline est extravagante, n'a peur de rien, ne pense qu'à s'amuser, est beaucoup plus intelligente que ce qu'elle ne voudrait laisser croire. Elle est très stratégique, très subtile, très douce et parvient toujours à ses fins. Elle sait démontrer par A + B ta faute, quelque soit ton rang social ou hiérarchique. Elle sait également reconnaître ses torts. Elle est parfaite.

Boris est très intelligent, il ne pense qu'à s'amuser, mais lui, tire des conclusions après chaque partie de rigolade. Il a un esprit généreusement scientifique, mais il n'est pas excellent scolairement parlant. Il est capable de faire telle ou telle chose, mais n'est pas capable de le faire dans les temps impartis. Il fait ce qu'il veut, quand il veut. Une fois, un professeur lui a fait remarquer sa fainéantise, il a répondu qu'il n'était pas à sa disposition et qu'il ne montrait ses capacités qu'à celleux qui le méritait. Ce fut sa seule altercation. Le corps enseignant et les élèves ont vite compris qu'il était gentil et respectueux la plupart du temps mais ne mâchait pas ses mots lorsque l'on était méchant.

Moi, je suis posé, j'ai une intelligence différente de celle de Boris. Je suis plus dans la retenue et l'observation tandis qu'il est plus du genre à mettre les mains dans le cambouis pour être spectateur mais aussi acteur. Je ne suis pas non plus comme Pauline, j'ai peur de plusieurs choses, je suis rationnel, et surtout, je ne cherche pas à manipuler les gens, je le fait qu'en cas extrême et exceptionnel. C'est d'ailleurs ce qui m'a valu le surnom de « Renard ». Extravagant dans certains moments, je me contiens souvent et ne suis pas assez vicieux pour avoir l'intelligence de mon amie féminine.

Tous les gens ne sont malheureusement pas comme Boris et Pauline, certaines personnes de mon collège sont encore froissées à l'idée de savoir qu'un homo est sur « leur territoire ».

Cela m'a affecté environ deux semaines, le temps de m'adapter à ces personnes à l'esprit étriqué, ensuite, j'ai relativisé.

Mes ami.e.s m'ont grandement aidé, mes parents n'étaient pas au courant de ces histoires de gamin.e.s frustré.e.s. J'avais assez de souci avec eux concernant ma sexualité : ils ont toujours cru que j'étais homosexuel à tendance bisexuelle, si je n'étais pas en couple pendant plus de six mois, ils étaient inquiets, me mitraillaient de questions, avaient honte, peur et pensaient que leur fils était asexuel.

Bien sûr, aux dîners entre ami.e.s, quand les quadragénaires ont des conversations, il est rare que celles-ci ne tournent pas autour de leurs enfants. Alors à la question "Arthur, il est amoureux ?" ils ne savent pas quoi répondre, ils sont extrêmement gênés, confus et dans l'embarras.

Pour eux et leurs ami.e.s, tout repose sur l'apparence, sur ce que l'on va dire de nous, d'eux... Je n'ai pas choisi d'être jugé tout le temps, d'être au centre de leurs pensées malsaines et superficielles. Plutôt que de se remettre en question, de remettre en question leurs fréquentations, ils embêtent leur propre fils.

Je me réveille un matin, monte dans un écobus qui fait la tournée des lotissements et prétend nous emmener dans ma nouvelle école. J'ai quinze ans, il est temps d'aller au lycée. Je ne suis pas dépaysé, il y a des personnes de mon ancien collège dans ce lycée : il y a notamment Pauline et Boris, mes deux meilleur.e.s ami.e.s. J'étais copain avec d'autres personnes bien sûr, mais Pauline et Boris valent vraiment la peine que je m'attarde sur elleux.

La plupart des professeur.e.s ne sont pas très pédagogues et notre trio ne rate pas une occasion de montrer aux adultes que le respect va dans les deux sens, que tout doit être échange et courtoisie, qu'ils ne sont en rien supérieurs à nous et que si l'on veut faire quelque chose, on le fera. Il y a bien sûr des exceptions, Mme Beauregard par exemple : est respectueuse, bienveillante, essaie de faire ressortir le meilleur de nos personnalités, elle échange avec tou.te.s les élèves, chacun.e de nous est important.e à ses yeux, c'est une très bonne personne, cette dame est un amour.

Je suis plutôt bon en leçons de français, Mme Beauregard demande souvent à me voir en fin de cours, cinq petites minutes pour que l'on converse sur mes rédactions. La conversation dévie généralement et les sujets s'agrandissent, le débat se complexifie à chaque fois, je sais quelle est sa façon de penser, elle sait quelle est la mienne. On essaie d'argumenter sur différentes choses, de convaincre et persuader l'autre mais que l'on y arrive ou pas, le respect et la bienveillance envers la personne restent les mêmes.

Pauline et Boris ont de l'influence sur moi, ce que n'a pas toujours la professeure, mais beaucoup moins qu'au collège. J'ai appris à assumer ma personne, ma personnalité, qui j'étais et qui je voulais être.

Les professeur.e.s nous parlent de plus en plus du baccalauréat. En classe, quand on est tou.te.s les trois assis.e.s dans la même pièce, pour certaines matières : Boris, Pauline et moi sommes généralement très assidu.e.s mais les bruits alentours, les commentaires des professeur.e.s, l'environnement général parasitent notre réflexion.

Héliosexuel [TERMINÉE]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !