Chapitre 13 - Réunions au sommet - Partie 4

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« J'admire la volonté dont tu as fait preuve en provoquant ce synode », lâcha Pavel, de but en blanc.

Jestak et lui descendaient un sentier escarpé à flanc de montagne. Sochos, dans leur dos, n'apparaissait plus qu'en taches colorées découpées sur le brun du relief. Le Yasard avait tenu à raccompagner sa collègue jusqu'à la vallée. Il devait y mener une tournée d'inspection. La femme ne sut que répondre. Ils cheminèrent en silence, attentif aux pierres instables sur lesquels ils évoluaient. Le raccourci, peu praticable, ferait gagner plusieurs heures à la voyageuse.

Jestak avait longtemps cru qu'elle condamnerait sa fille en exposant le chantage de l'Ordre à ses pairs. Elle avait mis des semaines à se décider, à se raisonner. Protéger la vie de Faï ne valait pas le danger qu'elles représentaient pour la Congrégation.

Il en avait été jugé autrement. Tant que les sorciers la pensaient parfaitement soumise, ils ne chercheraient pas à s'en prendre à une autre famille, à menacer d'autres Yasards. Jestak avait pour consigne de poursuivre sa coopération, aussi longtemps que possible. Ce double jeu constituait un maigre sursis pour Faï et compliquait un peu plus la situation de sa mère, mais, au moins, elle n'était plus seule à l'assumer.

« Je suis soulagée que nos directives aient pu être validées en séance citoyenne », avoua-t-elle à Pavel.

Ils avaient atteint une zone à peu près plane. Elle décrocha une outre de ses paquetages et but des gorgées mesurées. De la tempête des derniers jours, il ne restait plus que quelques flaques éparses malmenées par le soleil déjà brûlant du milieu de la matinée. Pavel hocha la tête et se désaltéra à son tour.

« La communauté de Sochos est grande, réunir vingt-sept volontaires, même à l'improviste, ça se fait... Au moins, personne ne pourra te reprocher quoi que ce soit. »

Les Yasards, seuls, ne disposaient d'aucun pouvoir décisionnaire. Chaque arbitrage devait, au minimum, être soumis au vote du triple de leurs concitoyens et dégager une majorité absolue. Jestak avait passé trois jours à Sochos. La proposition de leur synode avait été entérinée la veille, lors d'une assemblée publique. Les débats s'étaient achevés par une quasi-unanimité. La Congrégation d'Égée, représentée par neuf Yasard et vingt-sept hommes et femmes, avait tranché : ils avaient plus à perdre en confondant les maîtres chanteurs qu'en les laissant croire à leur supériorité.

« Tu as bien le numéro direct d'Aléor ? demanda Pavel en réajustant son sac à doc.

— Oui, elle sera la première informée des visites des Vestes Grises.

— Pour ton fils, l'invitation tient toujours : tu peux nous l'envoyer, le temps que tout ça se tasse. Yanell et moi, on sera très heureux de l'accueillir, nos jumeaux ont le même âge. »

Jestak détourna le regard et porta son attention sur le sous-bois. Le lit de feuilles, encore humide des trombes d'eau nocturnes, sentait l'humus et la bonne terre. Elle repéra une pousse de prêle, se baissa, sortit un couteau et détacha la tige.

« Ton offre est très généreuse, mais je... commença-t-elle, les mains occupées à découper la plante. Je ne sais pas comment je tiendrai, sans Kyrrien.

— Je comprends », souffla Pavel, sans insister.

Il se remit en marche en silence. Jestak le suivit, faisant disparaître sa cueillette dans une besace pendue à sa ceinture. Le chemin, nettement plus praticable, passait sous l'ombrage de hautes cimes verdoyantes.

« Kyrrien est un gamin particulier, précisa-t-elle. Il a l'instinct. Si des sorciers sont dans les parages, il ne sort de sa cachette que lorsque le danger est écarté. Les Vestes Grises ne savent même pas qu'il existe.

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