Chapitre 13 - Réunions au sommet - Partie 2

227 47 32

« Quels sont les risques de tomber dans un piège ? demanda Karles

— Je ne sais pas. »

Zerflighen remontait le couloir d'un pas rapide, Amalia à ses côtés. Ils devaient prendre un transfert mis en place par Perm et le Renseignement Sorcier. La tension palpable entre eux deux, justifiée par l'incongrue requête de la Présidente, n'arrangeait pas leur discussion. Parce que leur duo se montrait ouvertement hostile à l'Ordre, la présence de Fillip représentait plus de danger pour eux que pour les quatre autres dirigeants. Pour autant, il était impossible de ne pas se rendre au concile.

« Leuthar se permettait de nous convier tous les six, de son temps.

— Je sais. »

Bien sûr qu'elle le savait, même si elle n'occupait pas encore le poste de régente, à l'époque. Karles haussa les épaules et n'essaya plus d'engager la conversation. Quelques minutes plus tard, au moment d'activer le transfert, il sursauta au contact de la main de la sorcière. Elle venait de lui glisser un petit artefact au creux de la paume.

« Passez ça à votre doigt, Monsieur le Président. En cas de piège, ne vous souciez pas de moi, déclenchez ce sortilège et fuyez. »

Karles s'étonna et voulut protester. Pourquoi donc chercheraient-ils à s'en prendre à elle plus qu'à lui ?

« Je ne me soucierai pas de vous non plus. Si tout se va bien, je récupèrerai cet objet », ajouta la sorcière sans sourciller.

Il baissa les yeux pour découvrir une bague, épaisse d'une demi-phalange, sertie d'iris et d'or. D'où venait ce bijou ? L'homme pouvait compter sur elle ; si elle l'équipait ainsi, il serait efficace. Quel genre artefact pouvait bien leur garantir la fuite face au leader de l'Ordre ?

« Et gardez vos réflexions pour vous, Monsieur le Président. Fillip vous remerciera grandement si vous ne montez pas vos défenses un peu plus haut. »

Karles reçut la remarque comme une gifle et redressa vivement le regard. Il passa l'anneau à un doigt et le bijou s'adapta à sa taille. Il se constitua une défense mentale plus adéquate, jusqu'à obtenir l'approbation de sa collaboratrice.

« Tu m'appelleras Karles, tu me tutoieras, imposa-t-il.

— Très bien. Tu as peur de montrer un duo moins convaincant ? demanda-t-elle, étonnée.

— Non. Nous travaillons bien ensemble, je n'ai aucun doute à ce sujet, mais leurs duos se tutoient, les présidents se tutoient... Je tiens à ce que nous intervenions sur un pied d'égalité avec eux. »

Elfric haussa les épaules. Elle chargea son concentrateur, Zerflighen l'imita, puis ils activèrent le transfert.

L'arrivée chez Perm jeta un froid dans la pièce et stoppa nette une discussion entre la Présidente et Fillip. Le régent de Perm, qui portait haut ses couleurs avec une veste de tailleur grise, s'avança en premier et présenta sa poigne à Karles avec un sourire de circonstance particulièrement faux.

« Karles ! Ça faisait longtemps que nous n'avions pas eu à réunir un conseil des six, n'est-ce pas ? C'est la toute première fois pour ta nouvelle Régente ?

— La nouvelle Régente est ici, Aaron, et elle peut s'exprimer par elle même. »

Le ton glacial d'Amalia tira un rictus malveillant au magistre qui lâcha la main qu'il serrait pour ne pas la présenter à la sorcière. Il s'adressa à nouveau au Président en ajoutant :

« Eh bien ! J'espère qu'elle saura rester polie...

— Quant à moi, j'espère que vous saurez vous tenir, tous les deux », répliqua Zerflighen.

Les traitresLisez cette histoire GRATUITEMENT !