Chapitre 13 - Réunions au sommet - Partie 1

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Ce soir-là, Zerflighen prévoyait de passer une nouvelle nuit à travailler. L'attentat de Notre-Dame avait démultiplié ses interventions publiques et il peinait à terminer les tâches annexes sur lesquelles il s'était engagé. Seul dans son grand bureau, il commentait avec application le mnémotique que sa Régente lui avait laissé. Un énième rapport des agissements de l'Ordre sur la côte ouest de la Fédération. Elle exigeait de lui une réactivité exemplaire afin de présenter, dès le lendemain, des solutions aux troupes P.M.F. seinoises. Depuis sa prise de poste à ses côtés, elle ne lui cédait aucun répit.

L'équilibre entre un Magistre régent et son Président tenait à peu de choses, mais Karles aimait l'accord tacite qu'il avait avec Amalia Elfric. Leur duo fonctionnait bien et leur permettait d'engranger, peu à peu, plus d'influence. Assez, espéraient-ils, pour enrailler l'Ordre au sein du gouvernement. Mais, à cause de la nature même de l'organisation politique fédérale du pays, leurs avancées s'avéraient fastidieuses.

Dès l'origine de la Fédération, les clans avaient refusé de bâtir un système basé sur un représentant unique. À l'époque, trois Grandes Familles se disputaient la présidence et, afin d'éviter une scission dans l'unité naissante, ils avaient décidé de ne pas trancher et de laisser Mycroft, Müller et Moreau diriger ensemble. Le choix s'était avéré judicieux. La présence de trois personnalités permettait une balance juste et efficace entre différentes politiques. Chaque représentant, élu par les citoyens, nommait un Magistre Régent avec qui il organisait son magistère et ses ministères comme ils le souhaitaient. Dans l'idéal, les forces s'équilibraient et offraient de nombreuses possibilités de négociations.

L'ère actuelle n'était pas idéale.

Depuis la naissance de l'Ordre, deux des têtes fédérales s'affrontaient en permanence et Zerflighen avait le devoir de ne pas se contenter de rond de jambe. Il s'impliquait dans des décisions qui n'auraient pas dû lui revenir. Pour cette raison, après le départ à la retraite de son Magistre régent, il avait promu Amalia Elfric à ce poste. À l'époque, la menace de Leuthar aurait pu la dissuader d'accepter, mais il savait qu'elle brûlait de la même envie que lui de faire avancer leur société vers un monde plus sain.

Il ne s'étonna donc pas de voir un petit mémorigami en forme de chouette s'agiter aux couleurs de sa plus proche collaboratrice. Le petit animal de papier prenait une teinte rouge étoilée de bleu quand il était question d'information. Elfric, non contente de gérer d'une main de fer son nouveau territoire, dirigeait les Renseignements Sorciers depuis plusieurs années. Un atout des plus précieux.

D'un geste de la main, Karles Zerflighen activa l'artefact et lut le nuage de mot qui s'en éleva : Fillip est entré chez Perm..

Le Président sourit. Une bonne nouvelle, en soi. Si personne n'ignorait les liens entre sa collègue et Leuthar, ils n'avaient que des soupçons à propos de son positionnement vis-à-vis de l'Iskaarien. En jouant bien leurs cartes, ils pourraient manœuvrer pour la destituer de son poste. Après tout, Fillip n'avait pas encore l'envergure de Leuthar, même si ses dernières démonstrations de force restaient préoccupantes.

Karles observa un instant son bureau. Il se sentait bien dans ce cabinet surchargé de décorations classiques, de dorures et de bleu roi. Sa grand-mère, près d'un siècle avant lui, y avait également siégé. S'il voulait être réélu au prochain scrutin, il devait montrer la pertinence de ses choix politiques pour la Fédération.

« Garde quelqu'un sur l'affaire », répondit-il au mémorigami.

La chouette émit un petit hululement pour signifier la transmission de la communication.

S'il s'attendait à recevoir un pli d'Elfric dans la minute qui suivit, le messager qui se présenta directement devant son bureau s'avéra, lui, déroutant. Le majordome de Perm, plus habitué à délivrer des missives que des boissons, frappa sa porte. La présidente le conviait, avec sa Régente, pour une réunion secrète, chez elle, en compagnie du leader de l'Ordre.

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