2. Permis de vol (partie 2)

23 7 4


Il est déjà dix huit heures lorsque la séance prend fin. Je suis encore chamboulé·e d'avoir successivement ri aux éclats et versé des larmes de crocodile lorsqu'une fenêtre de dialogue s'ouvre soudainement dans le champ de mon camœil pour me signifier qu'un message de Morigan est en attente de lecture. Iel m'annonce que Leonis et Freyja ont répondu positivement à son invitation et qu'iels nous rejoindront à la Brunante. L'endroit ne m'est pas inconnu. Je sais d'avance que la fête sera longue. Un regard en direction de la sortie du théâtre m'apprend qu'une pluie diluvienne s'abat sur Yggdras-Îles. Je descends d'un étage et embarque à bord d'une capsule transurbaine dans laquelle je commence à somnoler. Le silence me saisit lorsque je rentre chez moi. La pluie s'écrase sans bruit sur les vitres thermo-régulées. Je m'affale sur mon lit et le sommeil referme ses bras réconfortants sur le monde.

*

Le dernier quart de la journée est entamé lorsque je reprends consicence. Je saute de mon lit dans un sursaut. Pourquoi cette I.A. de malheur n'a-t-iel pas programmé d'alarme ? Je vais être terriblement en retard, les autres vont me détester ! Ma comvaco s'est légèrement détériorée pendant ma sieste. Entre ça et ma course de ce matin, je n'ai pas d'autre choix que de passer à la douche.

Je suis sous l'eau lorsque la sonnette de l'entrée carillonne. On dirait que quelqu'un·e s'amuse à reproduire une mélodie. Il me faut un moment pour reconnaître la Marche Impériale, un morceau tiré de la bande originale d'un vieux film rétro-futuriste que mapa m'avait obligé·e à regarder.

« Mêtis ? Tu me préviendrais, si quelqu'un·e m'attendait sur le palier, n'est-ce pas ? demandé-je.

- Tu as réclamé à plusieurs reprises au cours de la journée que je te laisse de l'autonomie, rétorque-t-iel.

- Pincez-moi, je rêve ! Tu boudes ? Une I.A. qui boude, j'aurais tout vu...

- Je ne suis pas programmé·e pour mimer les émotions de votre espèce, ce que tu suggères est impossible. Les I.A. ne possèdent pas de conscience, seulement la sentience.

- Connecte mon camœil à la caméra du couloir, ordonné-je.

- Je regrette, il n'existe aucun protocole autorisé pour cette commande. Tu ne disposes pas des droits requis.

- Pourquoi donc ? Je pouvais le faire dans mon précédent immeuble, protesté-je.

- Ce gratmosphère de rang quatre propose à ses occupant·es certaines prestations de haut standing comme la protection de la vie privée.

- J'ai tout de même le droit de savoir qui se trouve derrière ma porte, non ? m'indigné-je.

- Je lance une reconnaissance faciale... »

J'achève ma toilette en revêtant une nouvelle combinaison vaporisée.

« Il s'agit de @Freyja_Khean, m'indique Mêtis. Cet individu dispose d'un indice de savoir-être en société faible et représente une menace civile de classe E. Désires-tu lui ouvrir ? »

J'hésite un instant. Pas à cause de la pseudo menace que Freyja est censé·e constituer mais parce que je ne sais pas comment l'accueillir. Mêtis s'aperçoit rapidement de mon désarroi et me fait sa première suggestion utile de la journée :

« Un welcomeonBot est en libre accès dans le gratmosphère. »

Mapa aurait probablement désaprouvé. Iel disait toujours qu'un·e bon·ne hôte devait recevoir iel-même ses invité·es. Je décline la proposition de mon I.A. domestique et me dirige vers la porte. J'inspire profondément, le temps de me composer un visage accueillant, avant de déverrouiller l'entrée. Le sourire de Freyja fait presque disparaître ses petits yeux verts en amendes.

AlcyoneLisez cette histoire GRATUITEMENT !