DEUXIÈME CHAPITRE, ou juste un truc d'avant le début

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AVANT L'ÉCOLE, il y a l'été

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AVANT L'ÉCOLE, il y a l'été. Et l'été, les grandes vacances, les jours vides, c'est le gouffre de ton existence. C'est le moment où tu sens ton âme s'écouler le long de tes doigts pour ne laisser qu'une carapace vide. C'est comme le chômage.

On pense qu'on est productif, qu'on s'en sort, qu'on va bien finir par aller quelque part alors qu'en vérité, on passe nos journées à regarder couler les gouttes de sueur qui perlent sur le front de notre chien.

Les filles, elles, ont toujours su comment occuper leurs vacances. Albertine collectionnaient les suçons dans le cou (je lui ai souvent dit qu'elle risquait l'hémorragie interne et donc, la mort), Alvina collectionnait les sorties avec ses copines, et Aline collectionnait les bleus sur les genoux. On ne les revoyait qu'au soir, souvent crevées, avec l'immense envie d'aller retrouver leur lit.

Souvent, elles s'excitaient autour du dîner familial, pour raconter leurs journées. Elles piaillaient, et la paix de la soirée était souvent remplacée par des cris d'harpies. Par moment, il y avait un blanc, et on me demandait ce que moi, j'avais fais de mes heures d'été.

— Bwaaah, faut pas demander à Alphonse ce qu'il fait, on sait tous qu'il passe son temps à compter les heures ! avait lâché Albertine un soir.

Elle avait raison. Mais ça m'a mis en colère.

— Ah, mais je ne compte pas que les heures. J'ai pris l'habitude de compter le nombre de marques mauves sur ton cou, aussi. Il y en a quoi, deux de plus que hier soir ?

J'avais lâché une bombe atomique. Albertine s'était raidie, tentant tant bien que mal de regrouper ses cheveux blonds sous son menton. Maman avait levé de gros yeux vers sa grande fille, tandis que Aline pouffait dans son coin. Alvine, elle, fut la première à dire :

— M'man, pourquoi Albertine elle a utilisé la machine de monstre et compagnie sur son cou ?


*


Aussi loin que je puisse me souvenir, les mois de juillet et d'août ne sont rien d'autre qu'une descente longue et douloureuse vers le fin fond des enfers. Et comment on sait qu'on est arrivé à destination ? Quand ta maman s'y mêle. Elle a décidé, du jour au lendemain, que je ne pouvais tout simplement pas rester allongé sur mon lit à observer les merles dans l'arbre d'en face.

— C'est pas saint de vivre comme ça Alphonse. Il faut que tu sortes, que tu vois des gens, que tu essayes de goûter un peu plus à la vie, enfin.

Ma maman voulait m'empoisonner avec le fléau de l'humanité. Mon monde n'était déjà pas assez triste et misérable, elle voulait absolument y rajouter une poignée d'abrutis pour rendre le tout un peu plus invivable. Elle s'en serait tenu à cette phrase, je ne lui en aurait pas voulu. J'aurais surement soufflé et fais semblant d'appeler Jian, mais c'est la phrase qu'elle a prononcé juste après qui m'a mis collé la rage.

Les abeilles n'ont pas d'oreillesLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant